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Brazzaville mise sur le numérique vert

Les écrans clignotent dans la salle du ministère de l’Économie forestière, à Brazzaville, ce 5 décembre 2025. Au centre, Rosalie Matondo presse un bouton symbolique et libère une nuée de données : c’est le lancement du module de fiscalité du SIVL.

À ses côtés, Christian Yoka scrute les courbes de recettes promises, tandis que Nilson Torben, représentant de l’Union européenne, sourit, convaincu que la forêt congolaise vient d’entrer dans l’ère du contrôle en temps réel.

Derrière la mise en scène, un objectif politique clair émerge : sécuriser chaque franc issu du bois, moteur économique crucial, tout en renforçant la crédibilité climatique d’un pays couvert à 65 % de forêts.

Un partenariat UE-Congo qui se consolide

Le SIVL trouve ses racines dans l’Accord de partenariat volontaire signé en 2010 avec Bruxelles, pierre angulaire du plan FLEGT. Quinze ans plus tard, la promesse se matérialise sous forme de code, d’algorithmes et de data centers hébergés au Congo.

« La légalité n’est plus une option mais une obligation techniquement et juridiquement contrôlée », rappelle Nilson Torben. Son propos résonne dans l’amphithéâtre et souligne la confiance d’un bailleur désireux de valoriser les exportations certifiées.

Pour le gouvernement, cet appui confirme une vision de diplomatie verte où la forêt devient un atout stratégique, à la fois puits de carbone et gisement de devises, géré sous le sceau de la transparence.

Dans les coulisses du SIVL

Concrètement, le système comporte dix-sept modules répartis en trois familles : fiscalité, traçabilité et légalité. La brique fiscale, mise à l’honneur, recueille les déclarations des sociétés, calcule les droits et alerte en cas d’anomalie.

Grâce à l’interconnexion avec les directions générales des Finances, chaque facture passe de la scierie aux guichets virtuels sans quitter le territoire. Les serveurs de Brazzaville et de Pointe-Noire hébergent les données, évitant la dépendance à des clouds étrangers.

Le directeur des systèmes d’information, Kena Elenga Ngaporo, décrit « un moteur capable de suivre chaque lot, du marquage sur tronc jusqu’au conteneur sur le quai ». Les ingénieurs mentionnent chaînes de blocs internes et double authentification.

Cette architecture vise la sécurité juridique. Chaque taxe validée déclenche un reçu numérique infalsifiable, condition nécessaire pour obtenir le certificat de légalité exigé par les douanes européennes.

Transparence fiscale, un atout pour la forêt

Historiquement, les taxes forestières représentaient jusqu’à 4 % des recettes de l’État, mais les fuites restaient élevées. Le SIVL ambitionne de faire sauter ce plafond en rendant visible chaque franc dû.

Christian Yoka voit dans la digitalisation « un levier de modernisation de l’administration publique ». Les inspecteurs peuvent désormais corréler, en quelques clics, volumes coupés, taxes payées et permis délivrés, réduisant ainsi le risque de déclarations sous-évaluées.

À terme, le ministère souhaite intégrer les redevances parafiscales, les pénalités et même les paiements carbone liés aux projets REDD+, pour dresser un tableau complet de la valeur de la forêt.

Ce que cela change pour les communautés

Dans le district de Tsiaki, l’association Mbati espère que la hausse des recettes se traduira par davantage de pistes rurales et de dispensaires. « Nous voulons voir ces chiffres se concrétiser sur le terrain », confie son coordonnateur, Jean-Grégoire Soukou.

Le nouveau système offre aussi un outil de plaidoyer : les collectivités pourront suivre en ligne les montants dus au titre de la taxe d’abattage communal, facilitant le dialogue avec les sociétés forestières.

Côté entreprises, la simplification bureaucratique réduit les délais et les coûts cachés. Plusieurs opérateurs saluent un cadre plus prévisible, condition essentielle pour investir dans des usines de transformation locale créatrices d’emplois.

Impact & solutions

En couplant fiscalité et traçabilité, le SIVL assèche les circuits illégaux, limite la déforestation non déclarée et renforce l’image du bois congolais sur les marchés internationaux.

Pour maintenir l’élan, les partenaires planchent déjà sur des formations destinées aux contrôleurs et sur une extension du système aux produits non ligneux, de la gomme arabique au rotin.

À savoir

Le Congo est le premier pays d’Afrique centrale à héberger intégralement son dispositif FLEGT dans des data centers publics, garantissant la souveraineté des flux de données.

Les entreprises disposent d’un délai transitoire de six mois pour migrer vers la plateforme avant l’entrée en vigueur des sanctions prévues par le code forestier révisé.

Comment y aller

Les visiteurs souhaitant photographier la logistique fluviale peuvent rejoindre Brazzaville par vol direct depuis Paris ou Addis-Abeba, puis louer un véhicule pour les forêts périphériques de la Likouala.

La saison sèche, de juin à octobre, garantit des pistes praticables et une lumière rasante idéale pour les reportages au cœur des concessions certifiées.

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