Un soutien européen stratégique
Un soutien de 220 000 € — environ 144 millions CFA — vient d’être accordé par l’Union européenne à la Croix-Rouge congolaise pour lancer le Fonds d’urgence de secours en cas de catastrophes, officiellement activé à Brazzaville le 25 août 2025.
Devant les partenaires techniques réunis à l’hôtel Saint-François-de-Paul, Malik Loemba-Makosso, premier vice-président de l’organisation, a salué « une convergence de solidarité » destinée à sécuriser l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et aux soins pour au moins quinze mille personnes.
Choléra et environnement hydrique
Le choléra prospère dans les eaux stagnantes fréquemment rencontrées sur les berges du Congo-Oubangui. Les crues saisonnières, plus imprévisibles sous l’effet du changement climatique, lessivent les sols, déplacent les déchets et contaminent les puits des villages de Mossaka et Loukoléla.
Bien que la maladie ne soit pas endémique au Congo-Brazzaville, plus de cinq cents cas et trente-cinq décès ont été documentés depuis le printemps, avec un taux de létalité de 7,1 %, détaille le professeur Donatien Mounkassa, directeur de cabinet au ministère de la Santé.
La proximité géographique de la province angolaise de Cabinda et des quartiers populaires de Kinshasa entretient un continuum épidémiologique. Les trajets fluviaux quotidiens favorisent l’ensemencement bactérien sur l’île Mbamou, épicentre aujourd’hui en décrue mais révélateur de la vulnérabilité transfrontalière.
La logistique du Fonds d’urgence
Le Fonds d’urgence financera la distribution de pastilles de chlore, la réhabilitation de points d’eau et l’installation de latrines temporaires près des marchés ruraux. À Brazzaville, un centre d’appui analysera gratuitement les échantillons pour combler le déficit actuel en kits de prélèvement.
Selon Gabriel Goma Mahinga, secrétaire général de la Croix-Rouge congolaise, l’objectif opérationnel repose sur un maillage de soixante volontaires formés aux protocoles WASH, capables d’intervenir dans un rayon de quatre-vingt kilomètres autour de chaque foyer signalé.
Une partie de l’enveloppe européenne financera également des radios communautaires chargées de diffuser, dans les langues locales, des messages préventifs simples : faire bouillir l’eau, laver les légumes, consulter tôt. Cette stratégie de proximité a déjà réduit l’incidence dans deux districts pilotes.
Un comité de suivi, comprenant des représentants du Trésor public et de la délégation de l’Union européenne, publiera mensuellement les états d’avancement. Les dépenses seront vérifiées par un cabinet indépendant, gage de transparence et moyen de renforcer la confiance des bailleurs locaux.
Mobilisation communautaire et jeunesse
À Mossaka, la volontaire Sandrine Moutongo raconte avoir parcouru les ruelles inondées en pirogue pour distribuer des savons. « Les enfants comprenaient vite le lien entre mains propres et survie », souligne-t-elle, fière de l’engagement féminin qui façonne la résilience locale.
Le programme place les jeunes au cœur des actions. Des étudiants de l’université Marien-Ngouabi, encadrés par la Fédération internationale, testent une application mobile de cartographie participative qui remonte en temps réel les nouveaux cas suspectés et l’état des points d’eau.
La dimension psychologique est prise en compte. Des médiateurs issus de la diaspora retournent dans leur village d’origine pour désamorcer les rumeurs liant choléra et sorcellerie. Ils organisent des débats publics sous les palmiers, réconciliant savoirs traditionnels et discours biomédical.
Enjeux sanitaires régionaux partagés
À Kinshasa, les autorités de la RDC ont signalé des flambées concomitantes dans la province de l’Équateur. Conformément au Règlement sanitaire international, les deux capitales échangent désormais quotidiennement leurs données, limitant les doublons de surveillance et évitant les fermetures frontalières.
Le port de Pointe-Noire reste sous haute vigilance : les navires en provenance du golfe de Guinée doivent présenter un certificat de désinfection des citernes. Jusqu’ici, aucun cas importé n’y a été notifié, démontrant l’efficacité des points d’entrée renforcés.
Dans la province angolaise de Cabinda, Médecins sans frontières a installé un centre de traitement déployable. Le docteur Ana Mendes rappelle que « le choléra ignore les frontières, d’où la nécessité d’une mutualisation logistique entre les pays riverains du fleuve Congo ».
Perspectives pour la résilience
Au-delà de la crise, la Croix-Rouge souhaite transformer les infrastructures provisoires en solutions durables. Des forages équipés de pompes solaires remplaceront les puits ouverts. L’énergie renouvelable réduira les coûts, tout en sécurisant l’accès à l’eau lors des futures fluctuations climatiques.
Le ministère de l’Environnement envisage d’inscrire cet effort dans la Stratégie nationale d’adaptation, afin que la leçon apprise sur l’île Mbamou oriente des politiques publiques axées sur l’hydrologie et l’assainissement, essentielles à la santé et à la souveraineté alimentaire.
« Notre ambition est de faire reculer durablement les maladies hydriques », conclut Malik Loemba-Makosso. Si l’enveloppe européenne n’est que transitoire, l’investissement humain, lui, s’enracine. La pandémie révèle ainsi qu’entre solidarité internationale et expertise locale se dessine un modèle de santé écologique.

