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Érosion à Brazzaville : un front qui avance

Depuis trois saisons, une cicatrice rougeâtre fend le quartier Sadelmi, dans le 7e arrondissement de Brazzaville. Mètre après mètre, l’érosion grignote le sol sablonneux et entraîne dans sa pente des troncs, des tôles et des pans de clôture.

Le ravin mesure aujourd’hui plus de vingt mètres de profondeur. Chaque averse l’agrandit, charriant des torrents boueux vers la rivière Madoukou située en contrebas. Pour les géologues locaux, le phénomène résulte de sols très friables combinés à un réseau de drainage quasi inexistant.

Une salle de classe à deux pas du vide

L’école primaire publique d’Itsali, bâtie dans les années 1980, se retrouve désormais perchée sur la lèvre du précipice. Les fondations de deux salles sont déjà apparentes. Un portillon reste bloqué à cause des fissures qui tordent les piliers.

« Chaque coup de tonnerre fait trembler les murs », souffle Rosalie Ngouala, directrice de l’établissement. Ses 420 élèves poursuivent pourtant les cours, conscients que la prochaine pluie pourrait effacer leur tableau noir.

Voix de quartier : le stress des familles

Dans les façades lézardées, les habitants montent la garde. Eugénie Mialoundama, mère de trois écoliers, avoue dormir l’oreille tendue. « Nous n’avons pas les moyens pour les inscrire ailleurs », dit-elle, un seau à la main pour détourner l’eau de ruissellement.

Daniel Litomo, chef de famille, montre un muret reconstruit quatre fois. « À chaque pluie forte, nous creusons des tranchées pour freiner l’eau. C’est notre bouclier artisanal », explique-t-il avant d’aller aider un voisin à évacuer des gravats.

Autorités mobilisées et études en cours

Alerté par les équipes pédagogiques, le ministère chargé de l’Enseignement primaire a dépêché un technicien des travaux publics, accompagné du maire de Brazzaville. Leur mission : dresser un diagnostic géotechnique et chiffrer l’ouvrage de stabilisation.

Un projet d’aménagement de caniveaux bétonnés et de reboisement en rideau coupe-vent figure parmi les options étudiées. « Il faut agir vite, mais bien », glisse un ingénieur, insistant sur la nécessité d’impliquer associations locales et entreprises du secteur bâtiment.

Comment y aller

Le quartier Sadelmi se situe à quinze kilomètres du centre-ville de Brazzaville. Depuis le rond-point de Mfilou, empruntez la route de la Base militaire, puis bifurquez à gauche vers l’avenue du Marché jusqu’à l’école d’Itsali, signalée par un portail vert.

À savoir

La saison des pluies s’étend généralement de septembre à mai, avec un pic en novembre et mars. Les visiteurs doivent prévoir des chaussures adaptées au terrain boueux. Les prises de vues aériennes sont possibles moyennant autorisation municipale obtenue en quarante-huit heures.

Impact & solutions

Les géographes estiment qu’un hectare de sol a déjà disparu, accentuant le risque de pollution des nappes souterraines. Pour freiner l’érosion, les ONG recommandent des fascines de bambou, la plantation de vetiver et un bassin de retenue amont.

Les enseignants ont lancé une collecte de kilogrammes de ciment auprès des commerçants voisins. Une start-up brazzavilloise propose des briques de terre stabilisée, moins coûteuses, pour reconstruire temporairement les murs menacés.

À plus long terme, la municipalité étudie la création d’un périmètre de protection limitant les constructions en bord de ravin et encourage la récupération des eaux de pluie sur les toits afin de réduire le ruissellement en surface.

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