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La tournée australe du ministre Gakosso

Dans le sillage d’une stratégie diplomatique méticuleusement calibrée, Jean-Claude Gakosso a posé, en l’espace de quarante-huit heures, ses valises successivement à Maputo puis à Gaborone. Au-delà des salutations protocolaires, ce périple avait pour unique boussole la défense de la candidature de Firmin Édouard Matoko à la direction générale de l’UNESCO. Les couloirs feutrés des chancelleries mozambicaines et botswanaises se sont ainsi mués en tribunes, où le chef de la diplomatie congolaise a décliné un message à la fois simple et ambitieux : voir émerger, en 2025, un Africain aguerri aux arcanes de l’organisation onusienne.

Un parcours onusien à la mesure des défis

Figure chevronnée du multilatéralisme, Firmin Édouard Matoko n’est pas un inconnu sous la coupole de l’UNESCO. Sous-directeur général en charge de la priorité Afrique depuis 2018, il a supervisé des programmes touchant à la formation des enseignants, à la gestion des patrimoines immatériels et à la diplomatie scientifique. « Il conjugue expérience technique et sensibilité politique », glisse un conseiller botswanais, rappelant que l’intéressé mena déjà, il y a une décennie, la réforme du programme “Routes de la liberté” consacré aux mémoires de l’esclavage.

Légitimer une gouvernance plus inclusive

En prônant une UNESCO qui “parle avec l’Afrique et non seulement de l’Afrique”, le diplomate congolais endosse les attentes d’un continent soucieux d’être sujet plutôt qu’objet du multilatéralisme. Les capitales d’Afrique australe, traditionnellement sensibles aux enjeux d’équité institutionnelle, ont accueilli le plaidoyer avec un intérêt manifeste. Plusieurs interlocuteurs se sont dits séduits par la perspective d’un pilotage capable d’articuler la diversité linguistique, les impératifs de développement et la diplomatie culturelle.

La mémoire des indépendances comme levier symbolique

À Maputo, la délégation congolaise s’est recueillie devant le mausolée de Samora Machel. Cet hommage n’avait rien d’anodin. Il rappelait la proximité historique entre Brazzaville et les mouvements de libération d’Afrique australe, tout en soulignant la continuité entre les luttes d’hier et l’exigence contemporaine de reconnaissance intellectuelle. Membre actif du chantier de l’Histoire générale de l’Afrique, Firmin Édouard Matoko inscrit sa démarche dans cette logique de réappropriation narrative.

Une campagne coordonnée depuis Brazzaville

De Gaborone à Port-Louis, puis vers Libreville, Abidjan ou Abuja, la feuille de route apparaît minutieusement territorialisée. Selon un conseiller de la présidence congolaise, chaque escale obéit à un schéma identique : entretien bilatéral au sommet de l’État, réunion technique avec les ministères en charge de l’éducation ou de la culture, et mobilisation de la diaspora congolaise lorsque celle-ci peut relayer le message. Ce séquençage, validé par le président Denis Sassou Nguesso, ambitionne de fédérer un vote africain cohérent sans toutefois froisser les équilibres géopolitiques déjà complexes au sein de l’UNESCO.

Le défi du consensus continental

Si les premiers signaux sont encourageants, l’équation demeure délicate. L’Union africaine appelle régulièrement à l’unité autour d’un candidat unique, mais les ambitions nationales peuvent réapparaître à la faveur d’arbitrages de dernière minute. Les diplomates congolais semblent pourtant confiants. « L’Afrique australe a montré la voie ; l’Afrique centrale suivra, et l’Ouest se ralliera », veut croire un haut fonctionnaire congolais, convaincu que la maturité politique du continent permet désormais d’éviter les candidatures concurrentes qui l’ont par le passé fragilisé.

Un multilatéralisme culturel en transition

Au-delà des jeux d’alliances, la campagne place la question de la réforme de l’UNESCO au centre des débats. Matoko défend un recentrage sur l’éducation de base, l’anticipation des risques climatiques et la diplomatie du patrimoine. Cette triade, estime-t-il, répond aux urgences globales tout en épousant les priorités africaines. Dans les couloirs de Gaborone, plusieurs observateurs soulignent que cette orientation trouve un écho favorable auprès de donateurs désireux de voir l’organisation renouer avec l’efficacité opérationnelle.

Soft power et rayonnement brazzavillois

Par-delà la seule élection, la démarche conforte la réputation de la diplomatie congolaise, souvent saluée pour sa capacité à bâtir des coalitions thématiques. Depuis deux décennies, Brazzaville a fait de la culture et de l’environnement le socle d’un soft power continental. La mobilisation actuelle, pilotée depuis le palais du peuple, se veut l’illustration tangible de cette doctrine : promouvoir des biens publics globaux, tout en projetant une image constructive du Congo-Brazzaville.

Vers une visibilité africaine accrue à l’UNESCO

Si Firmin Édouard Matoko accède à la direction générale, il deviendra le premier ressortissant d’Afrique centrale à occuper ce fauteuil, vingt-cinq ans après l’égyptienne Farouk Hosny, dont la candidature n’avait finalement pas abouti. Au-delà de la symbolique, les retombées pourraient être concrètes : amplification des fonds dédiés aux projets éducatifs africains, renforcement des programmes de sauvegarde du patrimoine et consolidation des chaires universitaires francophones. Autant de perspectives qui, selon la diplomatie congolaise, justifient l’effort actuel.

Une fenêtre d’opportunité stratégique

À l’heure où les organisations internationales cherchent à réinjecter de la confiance dans le multilatéralisme, la candidature Matoko apparaît comme une opportunité de conjuguer compétence technique et rééquilibrage géographique. Gaborone, Maputo puis Port-Louis auront été les premières pierres d’un édifice diplomatique appelé à se déployer sur l’ensemble du continent. Au terme de cette séquence, c’est peut-être une nouvelle grammaire de la diplomatie africaine qui se dessinera, où l’influence se conjugue à la capacité de proposer des biens publics globaux.

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