| Environnement

Brazzaville-Reims : une eau qui relie deux rives

Deux rives, deux continents, un même horizon bleu. Reims et Brazzaville, jumelées depuis 1961, viennent de valider un nouveau volet de leur partenariat : 180 000 euros pour renforcer l’accès à l’eau potable dans plusieurs quartiers populaires de la capitale congolaise.

L’annonce, passée presque inaperçue au Congo, a déclenché en France une passe d’armes inattendue. L’eurodéputée Anne-Sophie Frigout, élue du Rassemblement national, dénonce un « cadeau fait à l’étranger » alors que, selon elle, « tant de Français manquent d’eau potable ».

Contexte d’une coopération historique

Le jumelage Reims-Brazzaville trouve ses racines dans la décolonisation. Au lendemain de l’indépendance, les édiles champenois ont proposé des échanges culturels, bientôt complétés par des projets sanitaires autour du fleuve Congo, artère vitale d’Afrique centrale.

Soixante-trois ans plus tard, la relation ne se limite plus aux visites protocolaires. Des ingénieurs, des photographes et des associations de quartier circulent entre les deux villes, documentant la qualité de l’eau, la gestion des déchets et l’adaptation au changement climatique.

Défi de l’eau à Brazzaville

À Brazzaville, la régie publique puise chaque jour dans le fleuve, mais le réseau demeure vieillissant. Selon la société nationale de distribution, 40 % de l’eau produite se perd par fuites ; dans certains arrondissements, une pompe alimente cinq quartiers.

Le projet soutenu par Reims financera notamment la réhabilitation de deux forages, l’installation de compteurs intelligents et la formation de comités de gestion communautaire. L’objectif affiché est d’offrir un robinet sécurisé à 15 000 riverains supplémentaires d’ici deux ans.

La loi Oudin-Santini en action

En France, la loi Oudin-Santini autorise depuis 2005 les collectivités à consacrer jusqu’à 1 % de leur budget eau-assainissement à la solidarité internationale. Sur les 100 millions d’euros prévus cette année par Reims, le don au Congo représente moins de deux-dixièmes pour mille.

« Un euro dédié à l’eau en Champagne peut sauver des vies ailleurs sans priver nos administrés », argumente le maire Arnaud Robinet, rappelant que la ville finance parallèlement la rénovation de canalisations locales et la lutte contre les sécheresses périurbaines.

Polémique en France, enjeux sur le terrain

Pour Anne-Sophie Frigout, élue RN, la priorité budgétaire devrait rester « aux Rémois d’abord ». Son message, relayé sur X, a rencontré un écho parmi certains usagers outrés par les factures d’eau en hausse depuis l’été.

Sur le terrain brazzavillois, l’incompréhension domine. « Nous ne demandons pas la charité, mais un partenariat technique », souligne Safouane Mbemba, ingénieur hydraulicien. Il rappelle que la ville contribue elle-même au projet via le transport des tuyaux et la main-d’œuvre locale.

Dans un contexte de croissance démographique rapide, chaque retard dans les travaux creuse la fracture sanitaire. Les associations locales estiment que les maladies hydriques pèsent encore 15 % des consultations pédiatriques, malgré les progrès enregistrés depuis la dernière phase de jumelage en 2018.

Comment y aller

Brazzaville est desservie quotidiennement par vols directs depuis Paris, Addis-Abeba ou Pointe-Noire. Le visa d’entrée s’obtient en cinq jours ouvrés auprès de l’ambassade. Une vaccination anti-fièvre jaune à jour et un test de potabilité de terrain pour les équipes techniques sont recommandés.

À savoir

Le climat équatorial impose deux saisons de pluie, mars-mai et octobre-décembre, favorables au forage mais compliquant la logistique. Les techniciens étrangers doivent se déclarer auprès du ministère de l’Énergie et de l’Hydraulique, interlocuteur unique pour l’importation de matériel spécialisé.

Impact & solutions

Selon l’Agence française de développement, chaque euro investi dans l’eau potable génère huit euros de retombées sanitaires et économiques. Dans les marchés de Bacongo, la baisse des cas de choléra après la modernisation du forage Moukondo en 2019 en offre déjà un aperçu.

Le nouveau financement financera également des panneaux solaires pour alimenter les pompes, réduisant la dépendance au diesel et les émissions de CO₂. La phase de suivi inclut une cartographie participative visant à répliquer le modèle dans d’autres villes du bassin du Congo.

Perspectives régionales

Kinshasa, Libreville et Bangui observent avec intérêt le protocole Brazzaville-Reims. La Commission du Bassin du Congo envisage déjà de mutualiser les diagnostics hydrogéologiques afin d’attirer d’autres jumelages francophones. Le succès du projet pourrait ainsi servir de laboratoire à l’intégration hydraulique d’Afrique centrale.

Comments are closed.