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Une cartographie dominée par les deux métropoles

Les conclusions du cabinet international Target, installé au Congo depuis 2011, dressent une photographie saisissante : sur 122 points de vente de carburant, 95 se situent à Brazzaville et Pointe-Noire. La capitale politique aligne 53 stations, dont 96 % fonctionnent quotidiennement, tandis que la capitale économique en compte 42, principalement réparties dans les arrondissements de Lumumba, Loandjili, Mongo-Pokou et Ngoyo. À elles seules, ces deux villes abritent plus de 75 % de l’offre nationale, confirmant leur rôle de nœuds logistiques incontournables du pays.

Poids démographique et logiques de marché

La concentration urbaine s’explique d’abord par la démographie : plus de la moitié de la population congolaise réside dans les deux agglomérations littorales, générant un flux de véhicules privés et de transports collectifs qui sécurise la rentabilité des installations. S’ajoute une activité industrielle dense — raffinage, pêche hauturière, BTP — qui conforte la demande en carburants liquides. « Les opérateurs suivent la densité des déplacements comme l’aiguille suit le nord », observe un cadre de la Fédération des distributeurs pétroliers, soulignant qu’une station coûte jusqu’à 500 millions de francs CFA avant d’atteindre son seuil de rentabilité.

Territoires enclavés : une équité encore à bâtir

À l’opposé, la Bouenza, la Lékoumou, le Pool ou la Cuvette-Ouest ne comptent chacune qu’entre un et trois points de distribution. Dans les départements septentrionaux — Sangha, Likouala, Plateaux — la densité tombe sous le seuil de 0,5 station pour 10 000 km². Cette rareté accroît les coûts de transport pour les ménages et fragilise les activités agricoles de subsistance. Conscient des enjeux, le ministère des Hydrocarbures a inscrit dans la feuille de route 2022-2026 un dispositif d’incitation fiscale destiné aux investisseurs œuvrant au-delà du corridor Brazzaville-Pointe-Noire. Le directeur général des Hydrocarbures rappelle que « l’accès à l’énergie constitue un vecteur de cohésion nationale et de sécurité », tout en soulignant la nécessité d’articuler l’initiative privée avec les impératifs d’aménagement du territoire.

Diversification des services : une montée en gamme progressive

L’étude de Target révèle que 80 % des stations offrent désormais des boutiques de proximité, reflet d’une demande citadine en produits d’appoint. Les services de lavage automobile concernent 36 % des points de vente, tandis que 29 % disposent d’un atelier de mécanique légère. Les options dites premium, telles que la distribution de gaz domestique (23 %) ou l’installation de distributeurs automatiques de billets (9 %), restent encore embryonnaires. À Pointe-Noire, les pourcentages grimpent légèrement, signe qu’un marché plus solvable encourage l’intégration de services à forte valeur ajoutée. Cette diversification répond à la stratégie gouvernementale de promotion des « stations-service intégrées », afin de soutenir l’emploi local tout en améliorant le maillage socio-économique.

Un oligopole prudent mais innovant

Le marché reste dominé par quatre acteurs — TotalEnergies, Puma Energy, SNPC Distribution et X-Oil Congo — qui se partagent à eux seuls 85 % de la distribution. Cette structure oligopolistique garantit une certaine stabilité de l’approvisionnement, tout en limitant la marge de manœuvre pour de nouveaux entrants. Pour stimuler l’innovation, la Commission nationale de régulation des hydrocarbures envisage toutefois d’élargir l’accès aux licences dans les zones sous-équipées, accompagné d’un fonds de garantie destiné aux PME. Dans un entretien accordé à notre rédaction, un responsable de SNPC Distribution assure que « l’ouverture du marché dans le nord se fera de façon maîtrisée, afin de préserver la qualité et la sécurité des approvisionnements ».

Perspectives d’aménagement et transition énergétique

La construction de nouvelles stations reste modeste : 2 % à Brazzaville et 5 % à Pointe-Noire sont actuellement en chantier. Pourtant, les projections de l’Agence congolaise pour la Transition énergétique tablent sur une croissance annuelle de 4 % de la demande en carburant jusqu’en 2030, avant une inflexion progressive liée à l’électrification des transports. Certains opérateurs testent déjà des bornes de recharge rapides dans leurs futures stations, initiative encouragée par les autorités qui entendent positionner le Congo sur la trajectoire bas-carbone africaine. Au confluent des nécessités économiques et des ambitions climatiques, le déploiement d’un réseau énergétique équilibré demeure ainsi un chantier stratégique pour la décennie à venir.

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