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Une initiative sanitaire à la croisée de la solidarité et de la prévention

Les célébrations de l’indépendance revêtent, au Congo-Brazzaville, une dimension qui dépasse le strict cérémonial patriotique. En témoigne la campagne Lipanda ya Mboka – littéralement « L’émancipation du pays » –, portée par l’Organisation non gouvernementale « Œil droit, œil gauche » (Odg). Du 6 au 31 août, la capitale se transforme en laboratoire de santé publique où se conjuguent esprit civique et mobilisation sanitaire. « Nous voulons que chaque Congolais voie son avenir avec plus de netteté », résume avec conviction Abdel Salanguia, secrétaire de l’Ong, dans un entretien accordé à nos confrères locaux.

Derrière la formule, l’enjeu est palpable : alors que l’Organisation mondiale de la Santé estime qu’en Afrique subsaharienne près d’un tiers des déficiences visuelles pourraient être évitées par un dépistage précoce, l’accès aux consultations spécialisées demeure trop souvent entravé par la barrière financière. La campagne répond à cette fragilité structurelle en proposant des examens gratuits et des montures à prix symboliques, alignés sur le pouvoir d’achat moyen brazzavillois.

Des tarifs préférentiels pour rompre le cercle de la renonciation aux soins

La mécanique économique de l’opération est simple, mais redoutablement efficace : des verres minéraux, organiques ou en polycarbonate sont proposés avec une remise pouvant atteindre 60 %, selon le degré de correction. « Nous avons négocié directement avec les fournisseurs afin de réduire les coûts sans sacrifier la qualité », confie une optométriste bénévole. Ce geste financier revêt une portée sociale non négligeable dans un contexte où, selon l’Institut national de la statistique, plus de 40 % de la population urbaine vit sous le seuil de pauvreté.

En réduisant la facture, Odg s’attaque à la renonciation aux soins – ce phénomène silencieux par lequel des citoyens repoussent, voire abandonnent, une prise en charge médicale jugée trop onéreuse. À Brazzaville, la prévalence de cette renonciation pour des motifs ophtalmologiques avoisinerait 25 %, d’après une enquête universitaire menée en 2022. Donner à voir, c’est enlever un filtre à la participation citoyenne : mieux lire, mieux travailler, mieux apprendre.

Le pari de la sensibilisation pendant les festivités nationales

Si la campagne choisit stratégiquement la période des fêtes d’indépendance, c’est qu’elle capitalise sur une visibilité accrue. Le déploiement de stands mobiles le long du boulevard Alfred-Raoul ainsi que dans les arrondissements périphériques densifie la couverture territoriale. Les équipes, composées d’ophtalmologistes, d’internes en médecine et de volontaires, expliquent le fonctionnement oculaire, distribuent des flyers en français et en lingala, et réalisent des dépistages rapides à l’aide de réfracteurs portatifs.

L’ambiance festive crée un climat d’écoute propice. Les autorités municipales, par la voix du directeur départemental de la Santé, saluent « une synergie exemplaire entre société civile et acteurs étatiques au service du bien-être collectif ». Le dispositif, adossé à un protocole sanitaire rigoureux, contribue également à prévenir la contagion de conjonctivites et autres affections saisonnières, rappelant que la santé visuelle relève autant de la prévention que du correctif.

Vers une pérennisation de l’offre visuelle inclusive

Au-delà de l’événementiel, Odg ambitionne de faire de Lipanda ya Mboka un programme récurrent. Des discussions sont en cours pour étendre le modèle à Pointe-Noire, Dolisie et Ouesso, avec l’appui technique du ministère de la Santé et de partenaires privés. « Nous réfléchissons à un fonds rotatif qui subventionnerait en permanence les montures pour les publics vulnérables », précise Abdel Salanguia.

Dans une perspective de développement humain, la démarche s’inscrit dans les objectifs 3 et 11 de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui promeuvent la santé pour tous et l’inclusion des villes durables. L’enjeu est de taille : une meilleure acuité visuelle améliore la productivité, réduit les échecs scolaires et renforce l’autonomie des personnes âgées. Autant de leviers susceptibles de dynamiser l’économie nationale tout en consolidant le sentiment d’unité, valeur cardinale du 15 août.

Alors que la clameur des fanfares patriotiques résonne encore sur les berges du fleuve Congo, la campagne s’impose déjà comme un cas d’école de solidarité concrète. En offrant « un regard neuf sur l’indépendance », Lipanda ya Mboka ouvre la voie à un futur où la vision, littérale et symbolique, devient un bien commun accessible à tous.

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