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Un enjeu démographique stratégique

L’identité légale demeure la clef d’accès aux droits sociaux, à l’éducation et à la citoyenneté. Or, en Afrique centrale, près d’un enfant sur trois ne figure toujours pas dans les registres. Ce déficit fragilise la planification publique et l’inclusion économique.

La Journée africaine de l’état civil, célébrée chaque 10 août, rappelle l’urgence statistique d’atteindre l’Objectif de développement durable 16.9, qui vise une identité pour tous avant 2030. La Francophonie a placé cet horizon au cœur de son agenda sociopolitique.

La dynamique régionale en Afrique centrale

Du Tchad au Cameroun, les campagnes d’enregistrement soutenues par l’OIF ont déjà permis de délivrer plus de 58 000 actes de naissance depuis 2019. Derrière ces chiffres, c’est une génération entière qui voit ses perspectives scolaires, sanitaires et professionnelles s’élargir.

Dans la région du Pool, en République du Congo, les autorités ont intégré cette dynamique en modernisant les centres d’état civil et en formant de nouveaux agents. « Nous voulons atteindre 100 % d’enfants enregistrés d’ici cinq ans », confie un cadre du ministère de l’Intérieur.

Brazzaville travaille également à dématérialiser les données pour éviter la perte de registres papier dans les zones sujettes aux inondations. Des serveurs sécurisés, installés avec l’appui de l’Organisation internationale de la francophonie, garantissent déjà la sauvegarde de 250 000 actes.

Le rôle moteur de la Francophonie

L’OIF conçoit l’état civil comme un instrument de cohésion, mais aussi de souveraineté. Un registre fiable facilite la tenue d’élections transparentes, le recouvrement fiscal et la prévention de la traite des personnes, rappelle un rapport de l’institution présenté à Kinshasa en juillet.

Le programme phare « État civil » s’articule autour d’un financement mixte: dotations de l’OIF, contributions étatiques et partenariats avec la Banque mondiale ou l’UNICEF. Cette approche mutualisée limite les doublons de projets et renforce la soutenabilité budgétaire pour les pays membres.

Selon une source diplomatique congolaise, « l’expertise partagée grâce à la langue française évite des solutions importées hors de prix ». La REPAC-OIF a favorisé la mise en réseau de directeurs d’état civil, permettant aux capitales d’échanger protocoles et innovations sans surcoût.

Congo-Brazzaville : un cas pilote

Depuis 2021, le Congo expérimente un système mobile d’enregistrement à bord de pirogues sanitaires sillonnant la Likouala. Équipés de tablettes et d’imprimantes solaires, les agents inscrivent les nouveau-nés dès la consultation prénatale, réduisant la distance entre l’administration et les foyers.

Les autorités congolaises projettent d’interconnecter ces unités flottantes à la base centrale de Brazzaville via satellite. Le ministre de la Santé souligne que cette innovation « illustre la volonté présidentielle de rapprocher le service public des populations riveraines tout en modernisant l’État ».

En parallèle, un décret de 2022 a simplifié les procédures d’obtention d’actes pour les adultes non déclarés, enjeu majeur pour l’accès à la carte d’électeur. Déjà 18 000 dossiers ont été régularisés, selon la direction générale de l’Administration du territoire.

Défis opérationnels et pistes d’action

Malgré ces avancées, les obstacles logistiques persistent. Les routes enclavées, le coût du papier sécurisé et la rétention communautaire d’informations freinent encore la couverture totale. Plusieurs ONG locales plaident pour un registre biométrique ouvert hors des heures administratives classiques.

Le financement doit aussi s’inscrire dans la durée. La Banque africaine de développement estime à 60 millions de dollars les besoins annuels pour moderniser l’ensemble des registres d’Afrique centrale. Les gouvernements explorent des partenariats public-privé afin de diversifier les sources de revenus.

La formation constitue un autre chantier. Sur 10 000 agents identifiés dans la sous-région, seuls 35 % maîtrisent les logiciels de gestion d’état civil. L’OIF a lancé un certificat en ligne, en partenariat avec l’École nationale d’administration du Congo, pour combler ce déficit.

Enfin, les législations doivent évoluer au rythme du numérique. Plusieurs pays, dont le Congo et le Gabon, examinent des projets de loi reconnaissant la signature électronique pour l’émission d’actes. Cette adaptation pourrait réduire les files d’attente et renforcer la confiance des investisseurs.

Perspectives régionales

La Francophonie ambitionne de porter le taux d’enregistrement des naissances à 90 % d’ici 2028 en Afrique centrale. Un comité de suivi, coprésidé par Brazzaville et Yaoundé, doit publier des indicateurs trimestriels afin de maintenir la dynamique et d’encourager l’émulation.

Au-delà de la technicité, l’acte de naissance demeure une promesse républicaine. En rendant cette promesse tangible, les États consolident le lien civique et renforcent la légitimité de leurs institutions. Une ambition partagée que souligne l’OIF: « Un enfant non enregistré reste invisible ».

La mise en place d’identifiants uniques, couplés à la carte biométrique de la Cemac, fait aussi l’objet de discussions avancées. Ce dispositif faciliterait la mobilité sous-régionale, le contrôle sanitaire aux frontières et l’intégration économique défendue par les chefs d’État.

À terme, l’enregistrement universel pourrait devenir un levier d’attractivité pour les investisseurs, soucieux de statistiques fiables et d’un État protecteur du capital humain congolais.

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