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Une ambition alignée sur la stratégie nationale

Le programme MTN Skill Academy, lancé en février 2025, s’inscrit dans la dynamique de diversification économique promue par Brazzaville. L’objectif affiché est clair : former et certifier 10 000 jeunes Congolais aux compétences numériques émergentes avant la fin de l’année, catalysant ainsi l’employabilité locale.

La fondation de l’opérateur télécom se positionne comme un partenaire de l’État, en complément des initiatives publiques telles que le Plan national de développement numérique. Cette synergie incarne un modèle de gouvernance collaborative salué par plusieurs observateurs, dont le sociologue économique Pierre Malonga.

La cadence des certifications impressionne

En six mois, 7 000 apprenants ont reçu une attestation reconnue internationalement, soit 70 % de la cible. Les chiffres, vérifiés par le cabinet d’audit PwC, dépassent les prévisions initiales et traduisent un taux de rétention des apprenants supérieur à 85 %, rare dans les programmes en ligne.

Pour expliquer cette adhésion, la directrice exécutive Vanessa Tsouma invoque une pédagogie par projet, la mise à disposition de mentors et un catalogue de 500 disciplines hébergé sur Coursera. « Nous captons les attentes générationnelles : flexibilité, certification rapide et lien direct avec les recruteurs », analyse-t-elle.

Selon le ministère de l’Enseignement technique, 32 % des certifiés proviennent des zones périurbaines, signe que la fracture territoriale se réduit. L’institution constate aussi que 41 % des diplômés sont des jeunes femmes, un indice encourageant dans un secteur historiquement masculin, essentiel pour la cohésion sociale et économique.

Partenariats public-privé et capital social

Au-delà des cours, MTN Skill Academy s’appuie sur un réseau d’une dizaine d’entreprises, parmi lesquelles NSIA, MWDDB ou Fonea, qui accueillent des stagiaires et co-construisent des cas pratiques. Ce maillage renforce le capital social des apprenants, paramètre central de leur insertion professionnelle.

Le professeur Edouard Ngamountsika, responsable de l’espace AUF Congo où se tiennent certaines sessions, voit dans ces alliances un « instrument de mobilité intersectorielle ». Selon lui, l’action conjointe des firmes et du secteur académique stimule l’innovation endogène, nécessaire à l’émergence d’un écosystème numérique durable.

La remise récente de dix-neuf ordinateurs portables aux meilleurs élèves matérialise ce soutien. L’équipement, financé à parts égales par la fondation et les partenaires, constitue un capital technique initial, souvent absent chez les primo-entrepreneurs. Cette dotation favorise l’auto-emploi et réduit la dépendance au secteur informel.

Histoires individuelles révélatrices

Les trajectoires de Gloire Mounzeo et Don Mahonick Nanitelamio illustrent la portée sociétale du dispositif. La première, issue d’un village agro-pastoral, ambitionne de digitaliser sa chaîne de valeur. Le second a parcouru chaque jour vingt kilomètres pour suivre les cours, démontrant la motivation suscitée.

« Je peux maintenant concevoir un site sans passer par un intermédiaire coûteux », confie Mounzeo. Son projet rejoint l’objectif gouvernemental de modernisation des filières agricoles, présenté lors des Assises nationales du numérique. Le cas confirme l’articulation entre micro-initiatives et vision macroéconomique.

Nanitelamio, pour sa part, souligne la simplicité d’inscription et la valorisation du mérite. L’algorithme de sélection final, basé sur le nombre de certificats obtenus et l’engagement, assure une équité perçue. Cette dimension procédurale nourrit la confiance, composante clé de la cohésion civique.

Un modèle d’inclusion numérique

Le Congo s’aligne ainsi sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui place le numérique au cœur de l’intégration régionale. Les données du cabinet Deloitte estiment qu’un accroissement de 10 % de la compétence digitale pourrait ajouter 1,7 point de croissance au PIB national.

Pour les sociologues, l’inclusion numérique ne se réduit pas à l’accès aux technologies : elle englobe la capacité d’usage et l’appropriation symbolique. En offrant des certifications reconnues, MTN Skill Academy transforme le capital culturel des jeunes en capital économique, réduisant potentiellement l’exode de compétences.

Enjeux macroéconomiques et perspectives

L’Agence de régulation des postes et communications électroniques observe déjà une hausse de 12 % des créations d’auto-entreprises dans les services numériques depuis mars 2025. Cette dynamique s’inscrit dans la stratégie gouvernementale de substitution aux importations de services, visant à contenir la sortie de devises.

Renforcer les infrastructures reste néanmoins crucial. Le déploiement de la fibre optique sur l’axe Pointe-Noire-Ouesso, prévu pour 2026, devrait accroître la bande passante nationale de 40 %. Les analystes prédisent un effet catalyseur sur les cohortes suivantes de la Skill Academy, accentuant l’attractivité territoriale.

À terme, la combinaison de la formation, du soutien matériel et de l’extension réseau pourrait positionner le Congo comme hub sous-régional des services numériques. Les 3 000 certifications restantes, attendues d’ici décembre, seront scrutées par les bailleurs internationaux, signe tangible de la vitalité de l’économie congolaise.

Le ministre en charge de l’Économie numérique, Léon Juste Ibombo, a d’ores et déjà annoncé l’intention d’intégrer le module Skill Academy au futur passeport numérique national. À ses yeux, la certification deviendra un identifiant de compétence, adossé aux dossiers administratifs et susceptible de fluidifier la mobilité professionnelle.

Au-delà des indicateurs, le projet ouvre un espace d’optimisme mesuré : celui d’une génération qui se projette dans l’économie de la connaissance tout en restant ancrée au pays. Pour les décideurs, cette énergie représente un actif immatériel stratégique.

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