Jeunesse congolaise en ordre de bataille
Sous les bruits familiers de Poto-Poto, trente jeunes se penchent sur des notes techniques. Dans une salle prêtée par une ONG locale, ils décryptent l’Accord de Paris, article après article, guidés par trois formateurs revenus des dernières COP.
Espanich Motondo, président du Mouvement des jeunes écologistes congolais, insiste : « Nous ne voulons pas être de simples touristes à Belém. Notre délégation portera des propositions concrètes pour la forêt congolaise ». Autour de lui, les t-shirts verts côtoient des ordinateurs flambant neufs prêtés pour l’atelier.
Se former aux métiers du climat
Durant deux journées intenses, les participants découvrent la cartographie des nouveaux emplois liés au climat : négociateur international, analyste de marché carbone, certificateur de services écosystémiques, gestionnaire de projets REDD+.
Espoir Stine Lamy Somboko, fondatrice de l’association Mwasi Green, détaille les coulisses d’une session de négociation : « Chaque virgule compte ; un chiffre mal placé peut faire perdre des millions de dollars de financements à un pays. » Les regards se font graves, la motivation palpable.
Le pari de la finance verte
Le Congo possède plus de 22 millions d’hectares de forêts intactes. Sur le marché volontaire du carbone, cette réserve représente une valeur croissante. Les jeunes apprennent à traduire ces tonnes de CO₂ évitées en arguments financiers compréhensibles par les bailleurs internationaux.
Les exercices portent sur la rédaction de notes conceptuelles prêtes à être déposées auprès du Fonds vert pour le climat. « Il faut parler le langage des financiers », rappelle un expert du cabinet Ingénierie de formation et de conseil, partenaire de l’atelier.
Alliances locales et internationales
La formation répond à une recommandation issue de la récente Conférence locale des jeunes sur le climat, où 125 participants avaient signé une pétition en ce sens. Plusieurs signataires ont depuis obtenu leur accréditation pour Belém.
La coalition des associations mise sur la complémentarité : Mwasi Green s’occupe de la facilitation, le MJEC mobilise dans les quartiers, tandis que le cabinet conseille sur les volets juridiques. Ensemble, ils veulent crédibiliser la voix de la jeunesse congolaise dans les arènes multilatérales.
Comment y aller
La route vers Belém passera par un dernier bootcamp prévu à Oyo, suivi d’un voyage collectif via São Paulo. Les organisateurs recherchent un appui logistique pour réduire le coût des visas et des billets d’avion, estimé à 2 800 € par délégué.
À savoir
La COP30 est programmée du 10 au 21 novembre 2025 dans l’État brésilien du Pará. Belém, située aux portes de l’Amazonie, sera la première ville amazonienne à accueillir une COP, symbolisant l’importance des forêts tropicales dans la lutte climatique.
Impact & solutions
En renforçant les compétences de sa jeunesse, le Congo espère capter des financements indispensables à la diversification de son économie. Les organisateurs projettent deux nouvelles sessions d’ici fin 2024, gratuites et ouvertes à 100 jeunes supplémentaires.
À terme, ils envisagent la création d’un incubateur dédié aux start-up vertes, capables de transformer les feuilles de comptabilité carbone en emplois dans les provinces. « Former, négocier, investir : voilà notre triptyque pour un futur bas-carbone », résume Espanich Motondo avec un sourire confiant.





