Mise à l’eau historique de la drague
Sur la côte atlantique du Congo, la mise à l’eau d’une drague CSD par Congo Terminal et son partenaire CRBC marque un tournant technique dans l’extension du Quai Môle Est, pierre angulaire du futur dispositif portuaire de Pointe-Noire.
L’opération, réalisée le 20 août 2025, ouvre la voie aux travaux d’enrochement destinés à protéger le nouveau terre-plein, indispensable à la création d’aires de stockage et de quais supplémentaires pour les navires de dernière génération.
Aziz Anguilet, ingénieur projet, souligne que cette étape technique répond « aux standards internationaux en matière de solidité et de performance environnementale », prérequis pour maintenir la compétitivité régionale du port tout en respectant les engagements climatiques du pays.
Un chantier d’envergure régionale
Le Quai Môle Est constitue depuis 2019 le principal front d’aménagement de Congo Terminal, filiale du groupe Bolloré Ports, concessionnaire du terminal à conteneurs depuis 2009 dans le cadre d’un partenariat public-privé avec l’État congolais.
Selon les projections officielles, l’extension devrait porter la capacité annuelle de 1,3 à 2 millions d’EVP, hausse jugée cruciale pour accompagner la diversification économique engagée par le Plan national de développement, priorisant désormais l’industrie et la transformation locale.
La profondeur prévue à 16,5 mètres permettra l’accueil d’unités de 15 000 conteneurs, répondant au gigantisme croissant des armateurs et positionnant Pointe-Noire comme unique escale de hub possible entre Walvis Bay et Abidjan.
Enjeux logistiques et économiques
Dans un contexte de fragmentation des chaînes d’approvisionnement, les acteurs logistiques voient dans le projet un moyen de stabiliser les flux maritimes d’Afrique centrale, réduisant les ruptures de charge et les coûts de transbordement pour le Gabon, la RDC et le Cameroun.
Le gouvernement congolais, via le ministère de l’Économie maritime, anticipe un accroissement des recettes de fret de 25 % et la création d’environ 1 200 emplois directs, dont 60 % pourraient bénéficier à des techniciens formés localement.
Pour les bailleurs internationaux, cette dynamique confirme la solvabilité du corridor Pointe-Noire-Brazzaville-Bangui, soutenu par la Banque africaine de développement, qui finance l’amélioration concomitante de la RN1 afin d’assurer la fluidité entre le port et l’hinterland.
Un partenariat sino-congolais renforcé
La présence de CRBC illustre la montée en puissance des investissements chinois dans les infrastructures congolaises, estimés à 2,6 milliards de dollars sur la dernière décennie, principalement orientés vers les transports et l’énergie.
Pour le professeur Léonard Makosso, analyste à l’Université Marien-Ngouabi, « la collaboration portuaire traduit un glissement d’une logique de financement vers une logique de co-construction technologique, avec un transfert de compétences plus structuré que lors des projets routiers antérieurs ».
Du côté de la direction de Congo Terminal, on confirme que plus de 300 salariés suivront un cursus combinant formation embarquée sur la drague CSD et modules de management portuaire dispensés par l’École africaine de la marine marchande.
Normes environnementales et sociales
Le dragage mobilisera un système de recirculation des sédiments limitant la turbidité, tandis qu’un rideau flottant protègera les herbiers marins recensés lors de l’étude d’impact validée par l’Agence congolaise de l’environnement.
Un comité de suivi multipartite, associant autorités portuaires, pêcheurs et ONG locales, reçoit des données en temps réel sur la qualité de l’eau, pratique encore rare dans la région et qui pourrait servir de modèle aux futurs projets côtiers.
Sur le plan social, un fonds de développement communautaire doté de 5 millions de dollars financera l’amélioration des débarcadères artisanaux voisins et l’équipement de deux écoles primaires, répondant aux recommandations de la Banque mondiale en matière de retombées locales.
Perspectives régionales et diplomatiques
En consolidant sa façade maritime, Brazzaville renforce sa diplomatie économique vis-à-vis de ses voisins enclavés, notamment la Centrafrique et le Tchad, qui cherchent des corridors alternatifs à Douala ou Lagos pour sécuriser leurs exportations de coton et de bois.
À l’horizon 2030, les autorités prévoient de raccorder le terminal à la future Zone économique spéciale de Pointe-Noire, créant une synergie logistique susceptible d’attirer des industries de transformation et de soutenir l’agenda continental de libre-échange.
Le montage financier combine un emprunt souverain de 180 millions d’euros garanti par la China Exim Bank et un apport de fonds propres de Bolloré Africa Logistics, configuration hybride saluée par la revue The Africa Report pour sa « discipline budgétaire innovante ».
Pour le Centre d’études stratégiques de l’Afrique, ce schéma limite le risque d’endettement public tout en sécurisant les actifs stratégiques, une approche susceptible d’influencer la négociation d’autres concessions portuaires sur le continent.
Les ambassadeurs de l’Union européenne ont visité le site en juillet 2025 ; selon l’un d’eux, « la modernisation du Môle Est peut devenir un chaînon essentiel de la politique Global Gateway, visant à offrir des voies commerciales durables et interconnectées ».
La drague à l’eau, les regards se tournent désormais vers la phase de pavage et d’érection des grues, ultime séquence avant l’ouverture commerciale annoncée pour 2027, étape qui scellera la nouvelle stature maritime du Congo.





