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Assainissement urbain: une urgence partagée

Du marché central aux ruelles sableuses, Sibiti connaît l’odeur persistante des tas d’ordures et l’inquiétude des eaux croupissantes. Située à 350 kilomètres de Brazzaville, la capitale de la Lékoumou illustre les nouveaux défis environnementaux que traversent les villes intermédiaires du Congo.

Face à cette réalité, le gouvernement congolais a choisi d’agir vite. Le 30 août, le ministre de l’Assainissement urbain, Juste Désiré Mondélé, a lancé à Sibiti le Trimestre de l’assainissement, une campagne intensive programmée de septembre à novembre pour rompre avec l’habituelle gestion ponctuelle des déchets.

Un trimestre pour une ville propre

Cette opération repose sur un calendrier hebdomadaire strict. Marchés, écoles, caniveaux et bâtiments publics seront nettoyés chaque semaine, tandis que le premier samedi de chaque mois deviendra une journée citoyenne. L’objectif affiché est d’installer, en trois mois, des routines solides et une conscience collective renouvelée.

Pour le ministre, la démarche prolonge les recommandations adoptées lors du premier forum national sur l’assainissement urbain. «Notre ambition est d’offrir un cadre de vie digne, facteur d’attractivité et de santé publique», a-t-il déclaré, appelant les autorités locales à prendre le relais au-delà de la campagne.

Défis structurels de l’assainissement à Sibiti

Sibiti, dont la population frôle les cinquante mille habitants, subit une croissance démographique plus rapide que ses infrastructures. L’absence d’un service régulier de collecte, le manque de points d’apport volontaire et la topographie favorisant la stagnation des eaux accentuent le risque d’épidémies d’origine hydrique ou vectorielle.

Le préfet Jean Christophe Tchikaya voit dans l’initiative «une réponse structurelle à un problème ancien». Ses services techniques ont répertorié plus de cent dépôts sauvages dans le périmètre urbain. Leur résorption pourrait libérer dix hectares d’espaces publics, précieux pour les marchés fermiers et les loisirs.

Mobilisation communautaire et jeunes volontaires

La participation populaire est déterminante. Chefs de quartiers, églises, groupements de femmes et associations de jeunes créent des brigades de salubrité. Équipées et formées, elles trieront les déchets, cureront les caniveaux et tiendront un registre quotidien des actions.

Afin de motiver les plus jeunes, les écoles primaires organiseront des concours de cours d’écologie, tandis que des radios communautaires diffuseront de petits programmes en langue locale pour expliquer les gestes basiques. Les clubs sportifs, très suivis le week-end, serviront également de relais de sensibilisation.

Convergence des ministères et dons logistiques

La logistique reste la clef. La veille du lancement, la ministre des Affaires sociales, Marie Cécile Mboukou Kimbatsa, a remis à son collègue un lot de brouettes, pelles, gants et râteaux offert par la Fondation Congo Assistance, présidée par Antoinette Sassou N’Guesso.

Selon la Fondation, ce partenariat illustre «la convergence entre solidarité et écologie dans une même approche de développement humain». Les équipements seront stockés dans un hangar public puis prêtés aux communautés, une manière, dit-on, de responsabiliser les usagers tout en assurant une rotation continue des matériels.

Impact attendu sur la santé publique

Les bénéfices vont au-delà de l’esthétique. Les médecins rappellent que l’épidémie de choléra de 2019 s’était nourrie des flaques et latrines improvisées. Supprimer ces foyers pourrait réduire de 30 % les consultations pour diarrhées aiguës.

Le projet encourage aussi le compostage des biodéchets de marché. Les agriculteurs périurbains visent 400 tonnes de compost par an, limitant l’achat d’engrais importés et fermant localement le cycle de matière organique pour une fertilité durable.

Une route pour relier assainissement et économie

L’assainissement n’arrive pas seul. À quelques kilomètres, Juste Désiré Mondélé a symboliquement levé la première pelletée de terre sur la route Komono-Mbila, longue de 25 kilomètres. Mieux desservir les villages facilitera l’évacuation des déchets tout en stimulant les échanges alimentaires vers Sibiti.

Les économistes locaux estiment que la réduction des temps de trajet pourrait baisser de 15 % le coût du manioc en ville, un gain de pouvoir d’achat pour les ménages. Ce lien entre infrastructure et assainissement rappelle qu’une politique environnementale efficace s’inscrit dans une vision territoriale globale.

Perspectives durables pour la Lékoumou

À terme, les autorités prévoient d’institutionnaliser un comité local de veille chargé de poursuivre les opérations et d’évaluer trimestriellement les avancées. Les indicateurs incluront la densité des dépôts sauvages, la qualité de l’eau et le taux de participation des ménages aux journées citoyennes.

Le Trimestre de l’assainissement sera ensuite présenté comme projet pilote auprès d’autres préfectures. Selon le ministère, une extension graduelle pourrait couvrir six départements d’ici à deux ans. Chaque extension intégrera un diagnostic participatif afin d’adapter les outils aux réalités socioculturelles propres à chaque territoire.

Les chercheurs de l’université Marien-Ngouabi suivront les impacts sociaux et environnementaux. Ils espèrent produire des données inédites sur la corrélation entre propreté urbaine, cohésion communautaire et création d’emplois informels, thèmes encore peu documentés dans la littérature scientifique d’Afrique centrale.

D’ores et déjà, plusieurs habitants expriment un nouvel optimisme. «Nous sommes prêts à balayer nos rues si l’État nous fournit des outils», confie Clarisse, vendeuse de légumes. La dynamique participative, si elle se confirme, pourrait faire de Sibiti un laboratoire régional d’écologie citoyenne.

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