Brazzaville anticipe la saison des pluies
Les premières gouttes n’ont pas encore roulé sur les toits de Brazzaville, pourtant la ville bruisse de l’activité des engins de pompage. Le 29 août, le ministre de l’Assainissement urbain Juste Désiré Mondélé a donné le signal d’une opération spéciale de curage des collecteurs.
Cette vaste campagne, menée avec l’ONG Salubrité sans frontières et l’entreprise Albayrak, cible les bassins stratégiques Zanga dia ba Ngombe, Maduku Tsekele et Mfoa. Objectif déclaré : libérer les conduits d’eaux pluviales avant la saison des pluies et éviter les scènes récurrentes d’inondations urbaines dévastatrices passées.
Dans une ville où la topographie en cuvette renvoie naturellement l’eau vers les quartiers densément peuplés, chaque sac plastique abandonné peut devenir un barrage. Le ministre rappelle ainsi que « la salubrité est l’affaire de tous » et engage les riverains à participer activement à l’opération collective et civique.
Une urgence environnementale récurrente
Brazzaville enregistre régulièrement des pluies courtes mais intenses, capables de déverser plus de 100 millimètres d’eau en quelques heures, selon la direction générale de la météorologie. Faute de réseaux suffisamment entretenus, ces épisodes provoquent souvent la submersion des artères et la détérioration rapide des chaussées urbaines.
Les inondations récurrentes entraînent un coût économique élevé : pertes de marchandises, interruption des transports et mobilisation d’équipes d’urgence. À long terme, elles accentuent l’érosion des sols et fragilisent les fondations des habitations précaires, aggravant la vulnérabilité sociale des quartiers populaires bordant les collecteurs à Brazzaville.
Le lancement anticipé du curage répond ainsi aux recommandations de plusieurs rapports universitaires, dont celui de l’Institut national de recherche en sciences exactes, appelant à une maintenance préventive plutôt que curative. La démarche s’inscrit aussi dans les grandes orientations du Plan national de développement durable.
Le dispositif opérationnel inédit
Sur le terrain, pelleteuses, bennes et groupes électropompes s’activent dès l’aube. Albayrak, concessionnaire du service de propreté de la capitale, mobilise près de 300 agents, tandis que l’ONG fournit des équipes de sensibilisation. Chaque bassin est vidé, dragé et cartographié pour assurer un suivi géotechnique précis.
Pour vérifier l’efficacité, un drone muni de capteurs optiques survole les canaux avant et après intervention. Les images sont géoréférencées, alimentant une base de données partagée avec la municipalité. L’outil aide à prioriser les futures campagnes et à quantifier l’apport réel des sédiments retirés annuellement.
Le budget de l’opération, non communiqué en détail, provient d’un redéploiement des crédits d’entretien routier et d’un appui logistique du ministère des Finances. L’État entend démontrer qu’une gestion intégrée de la voirie et de l’assainissement permet des économies d’échelle substantielles sans grever la dette publique existante.
Sensibilisation et répression citoyenne
Le ministre insiste : la réussite dépendra du comportement des riverains. Plusieurs panneaux rouges interdisent désormais le dépôt d’ordures dans les collecteurs. Sur téléphone, les habitants sont invités à filmer les contrevenants, vidéos servant de preuve pour engager des travaux d’intérêt général contre les auteurs récalcitrants.
Une cellule mixte police-chefs de quartiers doit traiter les signalements. Concrètement, la personne prise en flagrant délit passe d’abord par le commissariat pour un module d’hygiène urbaine, puis rejoint les équipes de nettoyage durant plusieurs jours. Selon le commandant Louemba, « la pédagogie précède la sanction ».
Cette approche participative rejoint les conclusions d’une étude de l’Université Marien-Ngouabi montrant qu’une implication communautaire augmente de 60 % la longévité des équipements d’assainissement. En misant sur la dénonciation responsable plutôt que sur la seule amende, la capitale espère instaurer une norme sociale durable et inclusive localement.
Impact sanitaire et climatique
Au-delà des flaques, l’eau stagnante constitue un incubateur à moustiques anophèles, vecteurs du paludisme, première cause de consultation à Brazzaville. Le curage régulier réduit donc la surface de reproduction et complète la stratégie nationale de distribution de moustiquaires imprégnées, selon la direction départementale de la santé.
Les collecteurs saturés favorisent aussi le choléra, maladie hydrique réapparaissant périodiquement dans les grands marchés. Or, l’Organisation mondiale de la santé souligne que chaque dollar investi dans l’assainissement urbain génère un bénéfice sanitaire de quatre dollars grâce à la baisse des consultations et des arrêts-maladie annuels.
À l’échelle climatique, le drainage efficace limite les glissements de terrain qui arrachent parfois la couverture végétale périphérique, absorbant moins de carbone. En renforçant la résilience de la capitale, l’opération spéciale contribue ainsi indirectement aux engagements d’atténuation inscrits dans la contribution déterminée au niveau national.
Pour Steve Francis Angouelet, président de Salubrité sans frontières, « nous devons comprendre que jeter un sac sur la voie publique, c’est exposer notre propre famille au risque sanitaire ». Le militant plaide pour l’extension du programme aux autres villes, citant Pointe-Noire et Dolisie, confrontées aux mêmes défis urbains.
L’étape suivante consiste à mettre en ligne un tableau de bord public affichant en temps réel l’état des collecteurs. Le ministère espère ainsi stimuler la transparence, attirer les initiatives privées de recyclage et mesurer l’effet sur les indicateurs de santé et de mobilité urbaine.





