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Arrestation à Impfondo : les faits

Le 25 août, les gendarmes de la Likouala ont surpris une Congolaise d’une quarantaine d’années transportant deux peaux de panthère, un sac d’écailles et plusieurs griffes de pangolin géant sur le port fluvial d’Impfondo, principal carrefour commercial du nord-est congolais.

Selon le colonel Yves Kiyiri, chef d’état-major régional, la mise en cause a immédiatement reconnu son implication et indiqué vouloir revendre les spécimens à un intermédiaire venu de la frontière voisine, avant de les acheminer vers les marchés urbains où la demande demeure lucrative.

Trafic faunique : une menace persistante

Bien que discrète, la ville d’Impfondo s’affirme depuis quelques années comme un nœud logistique pour les trafics d’espèces protégées, son réseau de fleuves reliant les réserves forestières au reste du bassin du Congo et facilitant le déplacement clandestin de produits animaliers recherchés.

Les enquêteurs évoquent un système structuré, articulé autour de collecteurs locaux, de passeurs fluviaux et d’acheteurs capables d’écouler peaux et écailles en Asie, où le pangolin reste prisé pour sa prétendue pharmacopée, malgré l’absence de preuves scientifiques.

Espèces protégées : un enjeu crucial

Le pangolin géant, classé à l’Annexe I de la CITES, est strictement protégé depuis 2016 au niveau international, tout comme la panthère qui figure à l’Annexe II, imposant des contrôles drastiques sur tout commerce et criminalisant la détention sans autorisation préalable.

Dans la législation congolaise, la loi 37-2008 sur la faune qualifie ces deux mammifères d’« intégralement protégés », signifiant que toute forme de chasse, de capture, de transport ou de vente est illicite, sauf dérogation scientifique dûment approuvée par l’administration forestière.

Cadre juridique et sanctions

En cas d’infraction, les peines varient de deux à cinq ans de prison et jusqu’à cinq millions de francs CFA d’amende, des dispositions que les magistrats du Tribunal de grande instance d’Impfondo appliquent désormais avec constance, comme l’attestent plusieurs verdicts récents.

Maître Joël Bemba, avocat spécialisé, observe que « la sévérité croissante reflète la volonté nationale de dissuader les réseaux et de préserver la biodiversité, pierre angulaire du développement durable et du tourisme écologique dans le nord du pays ».

Synergie des forces locales

L’opération du 25 août illustre la coopération entre la gendarmerie, la direction départementale de l’économie forestière et les autorités douanières fluviales, un trinôme qui mutualise renseignements, patrouilles et capacités de saisie pour couper les flux illégaux avant leur départ des rives.

Sur le terrain, les gendarmes effectuent des contrôles aléatoires de pirogues, tandis que les forestiers assurent l’identification des spécimens et la chaîne de preuves, condition indispensable pour que les dossiers tiennent devant un juge et ne s’effondrent pas en vice de procédure.

Le Projet d’appui renforce la surveillance

Le Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage, financé par des partenaires internationaux, fournit une assistance technique, notamment en matière de formation, de matériel d’enregistrement et de couverture judiciaire, permettant aux brigades locales d’augmenter la fréquence des interventions.

Son coordinateur, Marcel Okombi, souligne que « chaque arrestation retentit comme un signal : l’impunité recule et le coût du trafic grimpe, ce qui pousse certains intermédiaires à abandonner l’activité pour des filières légales, notamment l’agroforesterie ou l’élevage d’insectes ».

Antécédents judiciaires récents

Le 26 juin, le même tribunal avait condamné trois contrevenants pour des faits similaires : trois ans ferme pour le principal instigateur, deux ans pour ses complices, assortis d’une lourde amende collective et de dommages destinés à financer la réhabilitation d’habitats fauniques.

Les observateurs notent que la récurrence de dossiers à Impfondo n’est plus perçue comme un hasard, mais comme la preuve que la justice locale, longtemps jugée tolérante, entend désormais suivre la ligne définie par les autorités nationales et les engagements internationaux du Congo.

Prévenir par l’éducation

Au-delà de la répression, les ONG écologistes plaident pour un renforcement des programmes de sensibilisation dans les villages riverains, expliquant l’importance écologique du pangolin, grand consommateur de termites, et de la panthère, prédateur régulateur, afin de créer un sentiment d’appartenance plutôt qu’une valeur marchande.

Des sessions radios communautaires, des théâtres participatifs et des microprojets de maraîchage sont déjà mis en œuvre dans la Likouala; combinés aux opérations policières, ils constituent une stratégie mixte destinée à garantir que la richesse biologique du Congo profite durablement aux populations locales et à la planète.

Vers une économie alternative

Les autorités départementales encouragent désormais les coopératives féminines à se tourner vers le commerce légal de produits forestiers non ligneux, tels que le miel sauvage, la noix d’Elaeis et les plantes aromatiques, dont la demande augmente sur les marchés urbains et peut générer des revenus réguliers.

Un rapport conjoint de l’Université Marien-Ngouabi et du WWF estime qu’une filière responsable de chenilles comestibles, déjà pratiquée au Sud-Kouilou, pourrait être dupliquée dans la Likouala, offrant jusqu’à mille emplois saisonniers tout en réduisant la pression sur les mammifères protégés.

Ces initiatives, couplées à la rigueur judiciaire, pourraient transformer progressivement l’image d’Impfondo, de plaque tournante du trafic à vitrine d’une économie verte, reflet des ambitions climatiques nationales et de la feuille de route panafricaine sur la biodiversité.

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