Un corridor énergétique vital
Entre l’Atlantique et le fleuve Congo, la ligne haute tension reliant Pointe-Noire à Brazzaville fonctionne comme une artère vitale. Ses 500 kilomètres transportent l’énergie qui éclaire les quartiers urbains, alimente les industries et maintient le pouls économique d’un pays continental.
Depuis plusieurs années, cette infrastructure héritée des décennies passées se heurte pourtant à des coupures récurrentes, à la corrosion du littoral et à un matériel dépassé. La situation fragilise la croissance, complique la vie quotidienne et freine la mise en place d’initiatives climato-responsables.
Une coopération public-privé longue durée
Pour inverser la tendance, l’État congolais et l’italien ENI ont scellé dès 2002 un partenariat qualifié de stratégique. Il associe capital public, expertise privée et financement mixte afin de moderniser, en plusieurs phases, le réseau national de transport d’électricité très haute tension.
La phase actuelle, lancée le 21 août 2025 à Loudima, s’attaque aux maillons critiques de la ligne 220 kV. Pylônes neufs, conducteurs renforcés et sous-stations numériques doivent accroître la capacité, réduire les pertes et offrir un pilotage en temps réel aux ingénieurs congolais.
Autour du ministre de l’Énergie, Émile Ouesso, plusieurs membres du gouvernement ont salué le démarrage des travaux, rappelant que l’accès universel à l’électricité figure parmi les priorités du Plan national de développement. Ils ont insisté sur la cohérence entre sécurité énergétique et ambition industrielle.
Devant eux, le directeur général d’ENI Congo, Andrea Barberi, a décrit l’ouvrage comme « un pont stratégique entre les besoins pressants d’aujourd’hui et les ambitions durables de demain ». Selon lui, un réseau robuste consolide la stabilité macro-économique autant qu’il prépare l’intégration sous-régionale.
Des bénéfices socio-économiques tangibles
Les premières réhabilitations menées entre 2008 et 2015 se sont déjà traduites par une baisse de 15 % des pertes techniques, selon la Société nationale d’électricité. À Pointe-Noire, plus de cent kilomètres de lignes souterraines ont également libéré l’espace urbain et sécurisé la distribution domestique.
En parallèle, la Centrale Électrique du Congo, détenue à 80 % par l’État, fournit désormais plus de 70 % de la production nationale avec un taux de fiabilité supérieur à 98 %. Cette performance a stabilisé les tarifs et réduit la dépendance aux générateurs diesel importés.
Les groupes agro-alimentaires de la Bouenza et les cimenteries de Kouilou rapportent des gains de productivité grâce à une tension plus stable. Leur compétitivité s’en trouve renforcée sur les marchés régionaux, confirmant le rôle pivot de l’énergie dans la diversification économique prônée par les autorités.
Dans les villages situés le long de la ligne, les raccordements récents ont permis l’installation d’ateliers de soudure, de moulins électriques et d’unités de froid pour le manioc. Les dynamiques sociales évoluent : les femmes gagnent du temps et les adolescents peuvent réviser après la tombée de la nuit.
Vers une transition énergétique inclusive
La modernisation s’accompagne d’un déploiement de fibre optique intégrée au câble. Cette dorsale numérique, encore discrète, ouvrira l’accès à la télésurveillance des postes, à la gestion de charge intelligente et à des services internet à haut débit pour les communautés riveraines.
Sur le plan environnemental, le recours accru au gaz naturel pour alimenter la CEC a déjà remplacé plusieurs centrales au fioul, réduisant les émissions de dioxyde de soufre. ENI évoque désormais la possibilité d’intégrer des parcs solaires afin de verdir davantage le mix électrique congolais.
À l’École polytechnique de Pointe-Noire, un programme de bourses financé par la compagnie forme chaque année cinquante ingénieurs aux technologies des postes numériques. Cette montée en compétences doit ancrer la maîtrise locale et limiter, à terme, le recours à des prestataires étrangers coûteux.
L’innovation repose aussi sur la digitalisation des centres de contrôle. Des algorithmes prédictifs, testés depuis six mois, détectent les échauffements anormaux et déclenchent des interventions ciblées avant la panne. Les responsables affirment que la mesure prolonge de 20 % la durée de vie des équipements sensibles.
Au-delà des frontières nationales, la réhabilitation du tronçon Pointe-Noire-Brazzaville constitue une brique du Corridor énergétique d’Afrique centrale. Elle facilitera les échanges avec le Cabinda, la RDC et le Gabon, participant ainsi à l’émergence d’un marché électrique intégré et résilient.
« En mettant en service un réseau plus propre, nous allumons aussi l’espoir de salles de classe éclairées et de centres de santé fiables », a insisté Andrea Barberi. Le discours, applaudi, souligne la dimension sociale d’un projet souvent perçu comme purement technique.
Les prochaines étapes porteront sur l’automatisation complète des six sous-stations majeures et la construction d’une seconde ligne de secours vers Madingou. Le calendrier prévoit une mise en service progressive avant 2028, assortie d’engagements fermes quant à la transparence des coûts et des délais.
À mesure que les pylônes s’élèvent, le projet rappelle qu’une transition énergétique réussie conjugue gouvernance stable, partenariats responsables et innovation locale. L’aventure congolaise d’ENI offre un exemple de coopération capable d’accompagner durablement la croissance tout en préparant l’essor des énergies de demain.





