Brazzaville, laboratoire d’une économie verte
Autour des cartes, des ordinateurs et d’un écran géant, soixante experts cogitent à Brazzaville. Ils affûtent un logiciel qui chiffrera bientôt, au franc près, la valeur de chaque hectare de forêt préservé.
L’atelier du 15-16 septembre 2025 marque la dernière ligne droite avant le déploiement national des paiements pour services environnementaux, ou PSE, mécanisme porté par l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale.
Un outil de planification adapté aux réalités congolaises
Le logiciel compile images satellites, inventaires forestiers et données socio-économiques pour générer des cartes d’incitation. Chaque pixel traduit une combinaison d’enjeux : pression démographique, risques de déforestation et coûts logistiques.
Les équipes locales ont remplacé plusieurs hypothèses régionales par des paramètres maison, issus notamment du projet de renforcement en bois-énergie durable PROREP. Résultat : l’algorithme parle désormais lingala et téké autant que SQL.
Un partenariat stratégique avec CAFI et la COP30 en ligne de mire
CAFI finance le calibrage et, surtout, garantit que chaque dollar mobilisé s’aligne sur l’Accord de Paris. « Nous voulons un outil exemplaire pour toute l’Afrique centrale », confie un conseiller du fonds, sourire aux lèvres.
Augustin Ngolielé, représentant la Primature, rappelle la feuille de route : présentation d’un pilote à la COP30 de Belém, puis montée en puissance sur l’ensemble des douze départements. « La maîtrise de l’outil assurera sa réussite », insiste-t-il.
Des retombées concrètes pour les communautés forestières
Carine Saturnine Milandou, du Centre national d’inventaire, voit déjà l’impact : « Les villages pourront diversifier les cultures, améliorer les toitures, scolariser les enfants, tout en laissant respirer la forêt ».
Chaque bénéficiaire signera un contrat simple : protéger une parcelle, adopter l’agroforesterie ou planter des essences locales. En échange, un virement trimestriel sécurise le revenu et désamorce la tentation de l’abattage illégal.
Des gardes forestiers formés par l’Économie forestière suivront les engagements via une application mobile hors-ligne. Les alertes de coupe seront croisées avec les images satellite fournies par le programme European Copernicus.
Comment y aller
Le pilote couvrira d’abord le corridor Sangha-Likouala, accessible par la route nationale 2 depuis Brazzaville ou par avion jusqu’à Ouésso. Les visiteurs doivent prévoir un permis délivré par la préfecture et respecter les couloirs de biodiversité.
À savoir
Le Congo dispose déjà d’un Cadastre forestier numérique et d’une stratégie REDD+ saluée par la Banque mondiale. Le PSE vient compléter ces instruments sans les remplacer, afin d’embrasser aussi les parcelles communautaires hors concessions industrielles.
Le montant des incitations variera entre 40 000 et 80 000 FCFA par hectare et par an selon la fragilité écologique. Une enveloppe pilote de trois milliards de francs est sécurisée, couverte à 60 % par CAFI.
Impact & solutions
À horizon 2030, le ministère de l’Environnement table sur un gain de 15 millions de tonnes de CO2 évitées et la création de 8 000 emplois verts. Les crédits carbone générés seront partagés avec les communautés, via un fonds dédié.
Des ateliers de formation enseigneront la culture de cacao sous canopée, la pisciculture en étang et la production de miel sans fumée. Ainsi, la valeur de la forêt grandit sans qu’un seul tronc ne tombe.
Le secteur privé suit de près ces perspectives. Deux banques locales planchent déjà sur des microcrédits verts adossés aux contrats PSE, tandis qu’une entreprise de télécom compte offrir le mobile banking sans frais aux bénéficiaires isolés.
Vers un modèle exportable
En harmonisant ses paramètres avec ceux du Gabon et du Cameroun, le Congo prépare un corridor climatique transfrontalier. L’ambition est de présenter un portefeuille commun de projets lors du Sommet Afrique-France 2026.
Pour les photographes et les voyageurs, ces initiatives annoncent des histoires nouvelles : villages solaires, forêts intactes, cultures en mosaïque et pistes cyclables longeant les clairières. Le PSE offre un récit d’avenir plutôt qu’un inventaire de pertes.
Il reste, bien sûr, à transformer l’essai. Mais la dynamique enclenchée à Brazzaville prouve qu’un autre modèle forestier est possible, conciliant prospérité et canopée, modernité et sagesse des peuples riverains.





