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À quelques jours d’une investiture présidentielle, les forêts du Congo-Brazzaville s’invitent dans le débat public. La société civile refuse que les massifs du bassin restent une promesse diplomatique. Elle réclame des actes, vérifiables, au plus près du terrain.

Une investiture sous le regard des défenseurs de la forêt

Le 16 avril, Denis Sassou Nguesso prêtera serment à Brazzaville pour un cinquième mandat consécutif. Un nouveau gouvernement est attendu dans la foulée. Plusieurs organisations citoyennes saisissent ce moment charnière pour placer la gouvernance forestière en tête des priorités.

Leur message est limpide. Les forêts ne sauraient demeurer un argument de tribune internationale. Elles exigent une traduction administrative, budgétaire et juridique, visible jusque dans les villages riverains des concessions.

Des engagements internationaux à concrétiser

Le Congo s’est inscrit dans plusieurs cadres mondiaux de gestion durable. On y trouve les Contributions déterminées au niveau national, le mécanisme REDD+, l’Initiative pour la forêt d’Afrique centrale et l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives.

Ces engagements sont salués par Nina Cynthia Kiyindou Yombo, directrice exécutive de l’Observatoire congolais des droits humains. La responsable insiste néanmoins sur un point décisif : l’application effective, à l’échelle nationale, de signatures contractées au niveau diplomatique.

« Il est urgent d’harmoniser le cadre juridique et de mettre en œuvre des actions concrètes », plaide-t-elle, citant la lutte contre la déforestation et l’exploitation illégale. Pour elle, l’intention politique doit devenir une mécanique opérationnelle, dotée de moyens.

Le bassin du Congo, un enjeu qui dépasse les frontières

Deuxième massif tropical de la planète, la forêt du bassin du Congo régule le climat régional et abrite une biodiversité dense. Elle nourrit aussi des communautés entières, du fleuve aux clairières intérieures, par la pêche, la chasse et la cueillette.

Préserver ces écosystèmes ne relève donc pas du seul symbole environnemental. C’est une question de souveraineté, de sécurité alimentaire et de mémoire culturelle, intimement liée à l’identité des territoires congolais et de leurs habitants.

Toute défaillance dans la régulation pèse loin. Une exploitation mal contrôlée fragilise les sols, perturbe les cours d’eau et affaiblit la résilience des populations face aux aléas. La gouvernance forestière devient alors un test grandeur nature.

Des réformes engagées, des textes d’application attendus

Christian Mounzeo, de la Rencontre pour la paix et les droits humains, reconnaît des avancées sous le précédent quinquennat. Il cite la révision du code forestier, un code de transparence dans la gestion des finances publiques et la loi sur le registre des bénéficiaires effectifs.

Le responsable associatif refuse pourtant de s’en satisfaire. Selon lui, ces réformes resteront incomplètes tant qu’elles ne seront pas accompagnées de textes d’application. Sans décrets ni procédures, le droit demeure une coquille élégante mais inopérante sur le terrain.

Cette nuance résume l’attente générale. La société civile ne conteste pas le cap affiché. Elle réclame l’ingénierie réglementaire capable de transformer des principes en obligations concrètes pour les opérateurs forestiers.

Transparence et protection des lanceurs d’alerte

Les organisations portent un autre chantier, jugé décisif pour la crédibilité du dispositif. Elles plaident pour l’adoption d’une loi sur l’accès à l’information, condition d’un contrôle citoyen réel sur la ressource forestière nationale.

À cette demande s’ajoute un cadre de protection des défenseurs des droits humains et des lanceurs d’alerte. Sans garanties, ceux qui documentent les abus s’exposent, et la chaîne de vigilance qui sécurise les forêts s’affaiblit dangereusement.

Pour ces acteurs, transparence et redevabilité forment un même socle. Donner accès aux données, protéger les vigies, c’est permettre à la société de vérifier elle-même que les promesses prennent racine dans la réalité quotidienne.

Un test pour le prochain quinquennat

Le rendez-vous est désormais posé. Le futur gouvernement héritera d’un cadre déjà riche en engagements, mais inégalement traduit en actes. Sa marge ne tient plus aux annonces, plutôt à la rigueur de leur mise en œuvre.

Les défenseurs de l’environnement observeront les premiers mois avec attention. Décrets publiés, moyens alloués, données ouvertes : autant d’indicateurs concrets qui diront si la forêt congolaise reste un trésor invoqué ou devient un patrimoine réellement gouverné.

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