| Environnement

Une alliance jeunesse-climat se précise

Le petit salon tapissé du ministère de l’Environnement, à Brazzaville, résonne d’un mot-clé : jeunesse. Le 18 septembre, la ministre Arlette Soudan-Nonault y recevait Mariavittoria Ballotta, toute nouvelle représentante de l’Unicef, pour ouvrir un chantier commun autour du climat.

Dans un pays où les inondations récurrentes et l’érosion menacent déjà quartiers populaires et plaines agricoles, la conversation prend une portée urgente. Les deux femmes s’accordent : faire entrer les enfants dans l’arène des négociations climatiques n’est plus un luxe mais une nécessité.

Brazzaville trace la route vers COP30

« C’est prioritaire », insiste Mariavittoria Ballotta. Selon elle, impliquer la jeunesse congolaise revient à protéger les écoles, les dispensaires et les familles que les crues du fleuve perturbent chaque année. Un plaidoyer accueillie favorablement par la ministre, qui voit là un levier diplomatique.

Le Congo prépare déjà sa feuille de route pour la COP30, prévue à Belém en 2025. L’objectif affiché : faire siéger de jeunes délégués aux côtés du gouvernement, afin d’incarner sur la scène internationale les communautés riveraines du bassin du Congo.

Des données pour peser dans le débat

Pour que cette ambition dépasse l’effet d’annonce, Unicef propose un chantier de données. Il s’agit de cartographier, district par district, la vulnérabilité des enfants face aux canicules, aux déplacements de populations et aux maladies hydriques, puis de proposer un investissement proportionné aux risques.

Au ministère, les statisticiens saluent la démarche. Ils disposent déjà d’indicateurs sur la malnutrition ou la couverture vaccinale ; il manque encore des séries climatiques fines. Le partage de ces informations pourrait guider le prochain Plan national de développement et orienter les bailleurs vers les zones critiques.

La voix des écoles et des hôpitaux

Sur le terrain, les effets du réchauffement ne se lisent plus seulement dans les rapports scientifiques. À Ngamakosso, des enseignants décrivent des classes fermées plusieurs jours après les pluies torrentielles. À Mindouli, les agents de santé voient remonter le paludisme avec la stagnation des eaux.

« Quand l’infrastructure cède, la scolarité s’arrête », rappelle Blandine, directrice d’école, rencontrée lors d’un atelier préparatoire. Donner un micro à ces voix locales, puis acheminer leurs images jusqu’aux salles de presse de la COP30, voilà le défi logistique désormais sur la table.

Objectif délégation verte COP30

Dans cette perspective, un concours national « Je filme ma planète » devrait être lancé avant la fin de l’année scolaire. Les lauréats, accompagnés par des mentors du Fonds d’entretien routier et de la start-up congolaise WenzeGreen, intégreront le programme officiel de la délégation congolaise.

Outre le plaidoyer, les organisateurs misent sur l’apprentissage. Ateliers de podcast, modélisation 3D de mangroves et simulations de négociation permettront aux participants de maîtriser le jargon climatique avant d’embarquer pour Belém. Les sessions seront co-financées par l’Union européenne et des entreprises locales de télécommunication.

Comment y aller

Les jeunes de 15 à 24 ans peuvent déposer leur dossier à la direction départementale de l’Environnement ou via la plateforme numérique konkou.cg. Les critères portent sur la motivation, la créativité et un passeport valide jusqu’à fin 2025.

À savoir

Le Congo a déjà porté un message similaire lors de la COP27, soutenant une Initiative africaine pour l’adaptation centrée sur la jeunesse. La feuille de route 2024-2026 prévoit de doubler les clubs environnementaux dans les collèges et de créer un label d’écoles résilientes.

Le ministère de l’Enseignement technique travaille par ailleurs à un nouveau programme de formation aux métiers verts, en partenariat avec l’Agence nationale de l’emploi. Photovoltaïque, gestion des déchets organiques et génie végétal devraient figurer dans le cursus dès la rentrée prochaine.

Impact & solutions

Plus qu’un symbole, la participation des jeunes pourrait accélérer la mise en œuvre locale des engagements de l’Accord de Paris. Des études montrent qu’une classe informée réduit de 10 % la consommation d’eau potable du foyer, simplement par effet de diffusion comportementale.

Sur le front économique, le cabinet BFG Consulting estime que le « dividende climat jeunesse » pourrait générer trois mille emplois verts dans le pays d’ici cinq ans, notamment dans la maintenance solaire et la restauration des berges urbaines menacées par l’érosion.

La route reste longue, mais l’alliance entre la diplomatie congolaise, l’expertise onusienne et l’énergie des adolescents ouvre une perspective concrète. Si le pari réussit, la délégation de Belém pourrait bien emmener dans ses bagages un vent d’espoir made in Congo.

Comments are closed.