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Une marée verte citoyenne à Songolo

Dès l’aube, la houle portait l’écho des pas et des rires. Près de trois cents bénévoles se sont retrouvés sur la côte sauvage de Songolo, à Pointe-Noire, pour la onzième édition de l’opération Littoral sans plastique.

Sac en toile à la main, élèves, pêcheurs, photographes et artisans ont ratissé le sable, remontant jusqu’aux mangroves pour extirper bouteilles, sachets et bouchons.

Vanancia Moundzeo, cofondatrice de Gardiens des côtes, se réjouit: «Chaque sac rempli répare un peu l’océan et notre avenir.» À ses côtés, les chefs de quartier veillent à ce que les déchets soient triés, pesés puis acheminés vers le recyclage.

La mangrove, bouclier naturel et trésor

Nimbée d’une lumière turquoise, la mangrove de Songolo joue le rôle d’un bouclier vivant contre l’érosion et les tempêtes.

Les palétuviers, enracinés dans la vase, offrent refuge à des crabes violonistes, des juvéniles de mérou et plusieurs espèces d’oiseaux migrateurs. Selon l’Institut de recherche en sciences exactes et naturelles, un hectare de cette forêt bleue stocke jusqu’à quatre fois plus de carbone qu’une forêt tropicale terrestre.

Science citoyenne et esprit maker

L’ONG, dont la devise est «La science au service de l’eau et du vivant», s’appuie sur des capteurs bas-coût installés par des étudiants pour mesurer la turbidité et la salinité après chaque collecte.

Ces données viennent nourrir un tableau de bord partagé avec les autorités municipales afin d’orienter l’implantation de bacs de tri et les travaux de dépollution.

Karel Tchingoua Levrai, photojournaliste, documente chaque geste. Ses clichés, projetés sur la jetée au crépuscule, transforment les bénévoles en ambassadeurs. «Lorsque les habitants se voient à l’écran, la fierté devient moteur d’action», observe-t-il.

La jeunesse en première ligne

Le club STEM animé par Gardiens des côtes attire désormais lycéens et apprentis charpentiers navals. Entre deux sessions de nettoyage, ils conçoivent des presses manuelles pour compacter les déchets et des briques écologiques destinées à l’aménagement de sentiers.

Merveille, 16 ans, confie vouloir devenir ingénieure en environnement : «J’apprends ici que la mer n’est pas une poubelle, c’est un laboratoire vivant.» Son enthousiasme diffuse l’idée qu’un futur innovant et responsable peut émerger au cœur même des quartiers côtiers.

Comment y aller

Songolo se situe à quinze minutes de taxi collectif depuis le centre-ville de Pointe-Noire. Les collectes ont lieu le dernier samedi des mois impairs, dès sept heures. Les visiteurs sont priés de se munir de gants réutilisables et d’eau potable.

À savoir

Les plastiques ramassés sont acheminés vers l’usine locale Enviro-Cycle qui les transforme en pavés drainants pour les ruelles inondables. Un kilogramme de bouteilles rapporte trente-cinq francs CFA aux associations scolaires, finançant matériel de laboratoire et sorties nature.

Impact & solutions

Depuis sa création en 2020, l’opération a retiré cinquante-deux tonnes de déchets du littoral ponténégrin. Selon la préfecture maritime, la turbidité moyenne de l’eau a baissé de 12 %, améliorant la reproduction des sardinelles prisées par les pêcheurs artisanaux.

Gardiens des côtes prépare une plateforme mobile de signalement pour que touristes et riverains géolocalisent les décharges sauvages. L’objectif est de doubler la superficie nettoyée d’ici deux ans grâce à un financement participatif en cours de finalisation.

Appui institutionnel discret

Le ministère de l’Environnement, par le biais de son programme Côte Propre, fournit des gilets fluorescents et des pinces de préhension. «La société civile est la meilleure sentinelle de nos plages», souligne la directrice départementale, rappelant le rôle complémentaire des institutions.

Sur le terrain, les anciens pêcheurs transmettent aux plus jeunes l’art de reconnaître les herbiers sous-marins, indicateurs de bonne santé côtière. Cette passerelle intergénérationnelle renforce le tissu social et consolide la mémoire écologique du quartier.

Vers une cartographie high-tech du plastique

Les chercheurs de l’IRSEN envisagent d’associer drones et intelligence artificielle pour cartographier la dérive des macro-déchets jusqu’aux canyons sous-marins du plateau africain. Les résultats attendus permettront d’affiner la réglementation locale sur les emballages à usage unique.

Petits gestes, grand effet

En attendant, les habitants ont décidé de bannir les sachets d’eau jetables lors des matches de foot du dimanche. Des citernes filtrantes, financées par la diaspora, remplacent les sachets et distribuent gratuitement de l’eau fraîche le long du stade improvisé.

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