Villages sous la lueur des torchères
À Tchicanou, bananiers et manguiers filtrent la chaleur du littoral. La nuit, une flamme orange perce la canopée : la torchère du champ gazier voisin. Elle éclaire faiblement les cases en planches, dernier souvenir d’une lumière qui n’a jamais vraiment appartenu aux habitants.
Florent Makosso, 68 ans, contemple cette lueur depuis son enfance. Sa télévision, rangée sur une étagère, reste éteinte faute de prises actives. « Tout est décor », lâche-t-il, résigné, tandis que le ronron d’un groupe électrogène privé résonne au loin.
Un paradoxe énergétique persistant
Le département de Pointe-Noire concentre la majorité des 344 000 barils quotidiens produits en 2021. La plus grande centrale électrique du pays, forte de 487 MW, y transforme le gaz associé. Pourtant, moins de 40 % des citadins et 10 % des ruraux disposent d’un branchement fiable.
Des pipelines serpentent derrière les maisons. Au-dessus, une ligne haute tension file vers les sites offshore. Entre ces deux infrastructures, Tchicanou et Bondi restent dans l’ombre, rappelant que l’abondance nationale ne garantit pas la distribution locale.
Des voix villageoises pour des nuits moins noires
« Nous respirons la fumée, pas l’électricité », soupire Flodem Tchicaya, inquiet des maladies respiratoires liées au torchage continu. Roger Dimina, cultivateur de 57 ans, juge « injuste » que les plateformes pétrolières soient alimentées en priorité, « alors que la base attend toujours ».
La Commission justice et paix, proche de l’Église catholique, relaie ces doléances dans sa campagne « Électricité pour tous ». Son coordonnateur adjoint, Brice Makosso, insiste sur la redevance superficielle versée par les compagnies : « Une partie pourrait financer les réseaux locaux ».
Au-delà des ONG, certains ingénieurs congolais proposent des micro-réseaux solaires hybrides pour raccorder rapidement les hameaux. Ces projets pilotes, moins coûteux que les extensions haute tension, réduiraient aussi le recours aux groupes polluants.
Cap sur 50 % d’accès : feuille de route ministérielle
Le ministre de l’Énergie et de l’Hydraulique, Émile Ouosso, vise 50 % d’accès national d’ici 2030. Le plan comprend le renforcement du corridor Ouest, la modernisation des postes de distribution et des partenariats public-privé pour accélérer l’électrification rurale.
Les excédents budgétaires annoncés en 2022, soit 700 milliards de FCFA, offrent des marges de manœuvre. Une enveloppe est prévue pour l’achat de transformateurs, la pose de compteurs prépayés et la formation de techniciens issus des localités concernées.
Dans les prochains mois, une mission technique doit cartographier les besoins de la ceinture de Pointe-Noire. Les habitants espèrent que cette étape traduira enfin, sur leurs murs, la promesse nationale de lumière.
Impact & solutions
La dépendance aux groupes électrogènes accroît les émissions de CO₂ et le coût de la vie. Un litre d’essence dépasse parfois le prix d’un repas, limitant l’accès au froid alimentaire et à l’information.
L’Agence congolaise de l’électrification rurale teste des lampadaires solaires le long de la Nationale 1. Parallèlement, la Banque africaine de développement étudie un prêt vert destiné à convertir les torchères en unités de récupération de gaz domestique.
En conjuguant modernisation du réseau national et solutions décentralisées, le Congo pourrait transformer son paradoxe énergétique en vitrine régionale d’inclusion et de réduction des brûlages.
Comment y aller
Depuis Pointe-Noire, la route nationale asphaltée met moins d’une heure pour rejoindre Tchicanou. Des bus de transport rural quittent la gare côtière chaque matin. En saison des pluies, un véhicule tout-terrain reste préférable pour accéder aux hameaux situés hors chaussée.
À savoir
Les visiteurs doivent demander l’autorisation du chef de village avant de photographier la torchère ou les pipelines. Prévoyez des lampes rechargeables ; l’absence de réseau limite la recharge mobile. Les soirées restent chaleureuses, animées par des concerts de tam-tam sous la voie lactée.

