La ville portuaire se transforme en laboratoire bleu
Sous les palmiers de la côte atlantique, Pointe-Noire a vécu trois jours d’effervescence créative du 17 au 19 octobre 2025. Coders, designers et biologistes ont planché sans relâche pour imaginer des applications capables de défendre la vie marine locale.
Le 1er Hackathon des océans du Congo, initié par l’ONG Renatura Congo avec l’appui de l’ambassade de France, a relié la capitale économique à un concours mondial orchestré par le Campus de la Mer à Brest. L’enjeu : montrer que la tech congolaise a son mot à dire dans la sauvegarde planétaire.
Jeunesse congolaise en mode innovation numérique
Durant quarante-huit heures, une cinquantaine d’étudiants et jeunes pros ont alterné ateliers, sessions de prototypage et pitchs. Capteurs low-cost pour suivre les populations de tortues, plateforme d’alerte sur les pollutions pétrolières, ou encore jeux éducatifs en ligne : la créativité a fusé.
« Nous voulions prouver qu’il n’y a pas de petites idées face à la mer », confie Grace Koussou, participante et étudiante en informatique. Chaque équipe disposait de mentors pour tester le réalisme technique et la durabilité économique de ses propositions.
Congo Terminal, partenaire et juge engagé
Dans le jury, les industriels du littoral ont apporté leur regard terrain. Congo Terminal, concessionnaire du port à conteneurs, était représenté par Raïssa Dekambi, cheffe Qualité, Compliance et RSE. Sa mission : départager des projets qui conjuguaient performance technologique et bénéfice environnemental.
« Soutenir la jeunesse, c’est investir dans des solutions concrètes pour nos océans », relève-t-elle. La présence de l’entreprise a aussi rappelé qu’un terminal peut devenir un allié des écosystèmes, lorsqu’il mise sur la prévention des rejets et la sensibilisation citoyenne.
Des lauréats aux ambitions nationales
Le dimanche soir, le jury a distingué trois équipes. Le premier prix est revenu à un dispositif de géolocalisation des filets fantômes, véritable fléau pour les pêcheries artisanales. Les gagnants iront défendre leur prototype lors de la finale internationale à Brest.
Les secondes places ont salué une application participative de suivi des tortues marines et un système de modélisation 3D des récifs côtiers pour guider les autorités dans l’implantation d’aires marines protégées.
Un partenariat qui fait ses preuves depuis 2016
L’implication de Congo Terminal n’est pas ponctuelle. Depuis neuf ans, l’entreprise finance avec Renatura des ateliers dans les écoles de Pointe-Noire. Plus de 350 000 élèves ont déjà été sensibilisés à la fragilité des tortues luth et olivâtres qui nichent sur les plages.
Les animateurs se déplacent en triporteur solaire, distribuent des livrets coloriés et invitent les classes au relâcher d’alevins. Cette pédagogie, saluée par les enseignants, ancre la notion de responsabilité environnementale dès le primaire.
La technologie au service des plages et des ports
Au-delà du concours, plusieurs solutions testées devraient être pilotées sur le littoral congolais. Les capteurs basés sur le réseau LoRa prévoient d’envoyer en temps réel les données de turbidité et de salinité directement aux pêcheurs via SMS, même sans connexion haut débit.
Congo Terminal envisage d’intégrer certains modules dans son programme de monitoring portuaire. Objectif : réduire l’impact des opérations de dragage et anticiper les épisodes de marée rouge qui perturbent l’activité halieutique.
Des retombées socio-économiques attendues
En créant un pôle d’innovation maritime, Pointe-Noire attire désormais start-ups et investisseurs régionaux. Les lauréats bénéficieront d’un incubateur offert par FABLAB et YAMIFY, avec accès à des imprimantes 3D et à des micro-crédits destinés à la phase pilote.
Cette dynamique évoque la stratégie nationale du Congo-Brazzaville, qui mise sur la croissance bleue pour diversifier l’économie et créer des emplois qualifiés sans compromettre la richesse biologique du golfe de Guinée.
Comment y aller
Pointe-Noire est reliée à Brazzaville par vols quotidiens et par le train CFCO. Le site du hackathon, la médiathèque de la mer, se situe à 10 minutes du centre-ville en taxi. De nombreux hôtels proposent des tarifs spéciaux lors des événements tech.
À savoir
Les candidatures pour la prochaine édition ouvriront en avril 2026. La maîtrise de Python ou de JavaScript n’est pas obligatoire ; un intérêt pour la protection marine et un esprit d’équipe suffisent. Les sessions sont bilingues français-anglais.
Impact & solutions
Les experts estiment qu’un filet fantôme retiré épargne jusqu’à 30 kg de poissons et deux tortues par an. Une fois industrialisé, le projet lauréat pourrait sauver des milliers de spécimens dans le golfe de Guinée, tout en réduisant les risques pour la navigation.
Vers une culture océanique partagée
Au-delà des inventions, le Hackathon des océans a créé une communauté soudée, prête à défendre le même horizon salé. Son message est clair : la sauvegarde de l’Atlantique n’est pas un luxe technique, mais un devoir collectif, porté par la jeunesse et soutenu par les entreprises responsables.




