Brazzaville fête la main verte
Sous un ciel voilé de saison sèche, le Jardin des droits de l’homme s’est transformé en pépinière géante. Entre allées fleuries, stands colorés et parfums de miel, la 9ᵉ Foire aux Plants a été officiellement lancée le 23 octobre.
Anatole Collinet Makosso, debout devant les bandes d’élèves venus en uniforme, a rappelé l’évidence écologique : « Les arbres et nous sommes des frères ». Dans la clameur discrète des arrosoirs, le Premier ministre a invité chacun à planter « par devoir citoyen ».
214 000 jeunes arbres pour la planète
Cette édition aligne 214 405 plants issus de 21 espèces. Des avocatiers robustes côtoient des safoutiers parfumés, des tecks se dressent près des marulas, et les flamboyants promettent des avenues éclatantes. Les variétés médicinales, très prisées, partent vite.
Chaque plant porte un numéro et une histoire : des semences récoltées à Mpouya, des boutures soignées à Ollombo, des greffes expérimentales testées par le Programme national d’afforestation et de reboisement. La traçabilité devient un argument autant qu’un gage de science.
Une foire, trois villes, mille idées
Brazzaville n’est qu’un point d’entrée. Pointe-Noire et Ollombo accueillent aussi l’événement, reliés par des navettes scolaires et des plateformes virtuelles où les horticulteurs ruraux exposent leurs lots. Trente-cinq exposants participent à cette caravane verte jusqu’au 30 novembre 2025.
Derrière les étals, des apiculteurs vendent un miel clair issu des forêts de Tsiaki, tandis que des artisanes tressent des nattes en raphia réinventées en sacs design. Les visiteurs découvrent des biofertilisants liquides produits à base de résidus de manioc, preuve qu’aucun déchet n’est inutile.
Mettre la nature au cœur des écoles
Des visites guidées sont réservées aux élèves et étudiants. Carnets à la main, les enfants apprennent à compter les cernes d’un tronc ou à mesurer l’humidité du sol. “Nous voulons former des ambassadeurs de la restauration des écosystèmes”, explique un technicien du Pronar.
Le message se veut ludique : un jeu grandeur nature simule la capture de carbone par un manguier. Les gagnants repartent avec un plant à confier à la cour de leur école. L’idée est d’ancrer le geste de planter dans la routine pédagogique.
La filière verte, un pari économique
Depuis sa création en 2017, la foire a écoulé plus de 205 000 plants et généré 242 millions de francs CFA de chiffre d’affaires. La ministre de l’Économie forestière, Rosalie Matondo, y voit « une preuve que les métiers verts peuvent créer de la valeur locale durable ».
Les chantiers de reboisement attirent désormais des jeunes diplômés en agronomie, désireux d’entreprendre. Des coopératives se forment pour produire des plants de cacao résilients ou des eucalyptus destinés aux briqueteries, réduisant la pression sur les forêts naturelles.
Des conférences pour agir sans attendre
Pendant un mois, le site héberge des débats sur la restauration des mangroves ou l’usage du drone en sylviculture. Les chercheurs croisent les autorités locales pour harmoniser cartes, données et savoir-faire traditionnels.
Une session a décortiqué la Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes. Les intervenants ont rappelé que le Congo s’est engagé à restaurer trois millions d’hectares d’ici 2030. Les plants exposés constituent la première marche visible de cet objectif national.
Comment y aller
Le Jardin des droits de l’homme se situe au cœur du Plateau des 15 ans, accessible en bus municipal depuis la place de la Gare. Les sites de Pointe-Noire et d’Ollombo sont desservis par la RN1 et un système de covoiturage mis en place par les scouts environnementaux.
L’entrée est gratuite, mais l’acquisition d’un plant inclut une fiche technique et un conseil personnalisé. Des points d’eau et de tri sélectif ont été installés pour que la visite reste sobre en carbone.
À savoir
Les horaires s’étendent de 9 h à 18 h tous les jours. Les exposants acceptent le paiement mobile afin de faciliter l’écoulement des plants en milieu urbain. Une garantie de reprise de trois mois est offerte pour les essences locales.
Les stages pratiques proposés aux clubs écologiques des lycées sont limités à trente participants par session, réservation indispensable. Les animaux domestiques sont interdits pour protéger les jeunes semis.
Impact & solutions
Chaque arbre planté vise à compenser environ vingt kilogrammes de CO₂ par an selon les forestiers. Les organisateurs ont prévu un suivi photographique : les citoyens envoient l’évolution de leur plant via une application dédiée, créant une carte vivante du reboisement.
Des biofertilisants présentent une alternative aux engrais chimiques, réduisant les émissions de protoxyde d’azote. Les huiles essentielles promues servent de biopesticides, diminuant l’usage d’intrants dangereux. L’association de ces innovations dessine une économie circulaire adaptée au contexte congolais.





