Sur le campus, un chantier stratégique pour les bio-ressources
Sur le campus central de l’Université Marien-Ngouabi, la silhouette blanche du futur Centre multiservice de la valorisation des bio-ressources attire déjà les regards. Autour, des étudiants photographient chaque nouvelle dalle de béton, conscients d’assister à la naissance d’un outil rare en Afrique centrale.
Imaginé comme un pont entre la recherche et le monde agricole, le bâtiment s’étend derrière l’École normale supérieure et polytechnique, dans un secteur tranquille où les manguiers laissent filtrer le chant des tisserins. Les ouvriers posent encore les vitrages des laboratoires.
Une alliance Congo-France au service de l’innovation verte
Financé dans le cadre du contrat de désendettement et de développement signé avec la France, le projet reçoit l’appui de l’Agence française de développement. « Un marathon où chaque kilomètre compte », rappelle Antoine Chevalier, directeur de l’AFD, déterminé à franchir la ligne d’arrivée aux côtés des partenaires congolais.
La ministre de l’Enseignement supérieur, Delphine Edith Emmanuel, voit dans cette coopération « la preuve que modernisation universitaire et souveraineté alimentaire peuvent avancer ensemble ». Son ministère pilote le chantier avec l’objectif d’ouvrir les portes du centre d’ici la mi-année prochaine, malgré les contraintes techniques encore à résoudre.
Ce que le centre changera pour les agriculteurs
Derrière ses murs climatisés se trouvera un plateau technique capable de transformer, stabiliser et conditionner les fruits, tubercules ou céréales produits localement. De petites unités pilotes permettront aux coopératives de tester des recettes, d’allonger la durée de conservation et de réduire les pertes post-récolte.
Les chambres froides, déjà installées, accueilleront mangues, gombos ou feuilles de manioc avant leur passage en laboratoire de contrôle qualité. Pour Norbert Mabiala, maraîcher de Djiri, « disposer d’un tel espace proche de Brazzaville évitera d’envoyer nos échantillons à l’étranger et fera baisser les coûts ».
Formation, recherche et entrepreneuriat sous un même toit
Le CMVB n’est pas seulement une usine pilote. Le lieu accueillera des chercheurs en microbiologie, des étudiants en sciences alimentaires et des start-ups agro-écologiques. Ces publics partageront une bibliothèque numérique et une halle d’expérimentation où seront mesurés pH, activité de l’eau et valeur nutritionnelle.
« Nous voulons former des techniciens capables d’innover sans dénaturer le patrimoine culinaire congolais », insiste le professeur Parisse Akouango, président de l’université. Des modules courts sur l’emballage compostable ou la fermentation contrôlée renforceront les curricula existants et ouvriront des débouchés vers l’emploi vert.
Un espace de coworking, doté d’imprimantes 3D et de postes de conception assistée, facilitera la mise au point d’accessoires adaptés aux petites unités rurales : presses manuelles, séchoirs solaires, étuveuses à faible consommation. Les lauréats des concours étudiants pourront y prototyper avant de passer à la production.
Ultimes défis avant l’ouverture annoncée
Si la structure bétonnée est achevée, plusieurs lots restent en attente. Des contrôleurs automatiques de température doivent encore être calibrés, tandis que le matériel d’analyse physico-chimique débarquera prochainement au port autonome de Pointe-Noire. Les tests d’étanchéité des conduites de vapeur sont programmés pour décembre.
« Il y a des laboratoires à finaliser, du matériel en phase d’installation », concède la ministre. Elle souligne toutefois la mobilisation des équipes, saluant une progression « allègre » depuis sa précédente visite. L’échéance est désormais fixée au milieu de l’année prochaine, sauf imprévu logistique.
Comment y aller
Le chantier se situe à dix minutes du centre-ville de Brazzaville, sur l’avenue de l’Université, accessible en taxi ou bus urbain. L’entrée visiteurs se fera, une fois le centre ouvert, par le portail principal de l’École polytechnique, avec badge obligatoire et contrôle de sécurité.
À savoir
Les produits issus des pilotes ne seront pas mis directement sur le marché. Ils serviront à des essais de durée de vie et de formulation. Des conventions-cadres permettront aux entreprises locales d’obtenir une licence d’exploitation si les procédés respectent les normes nationales et les cahiers de charge environnementaux.
Le financement global atteint neuf milliards de francs CFA, incluant l’achat des équipements scientifiques, la formation des techniciens et la maintenance sur cinq ans. Une partie du budget couvre la compensation carbone des travaux, via un programme de reboisement dans la périphérie nord de la capitale.
Impact & solutions
Au-delà du campus, le CMVB pourrait réduire de 20 % les pertes alimentaires dans la zone sud du pays, selon une projection de l’Institut national de la statistique. Cette baisse traduirait une économie annuelle de quatorze milliards de francs CFA pour les producteurs et distributeurs.
Le centre veut également promouvoir des solutions sobres : emballages biodégradables à base de fibre de bananier, fermentation dirigée réduisant l’usage de sel, et formation d’auditeurs internes en qualité. Ces initiatives s’inscrivent dans la stratégie gouvernementale de croissance verte, tout en créant des emplois qualifiés pour la jeunesse.





