Renaissance du parc zoologique de Brazzaville
Fin octobre 2025, un grondement feutré a traversé la réserve forestière de la Patte d’Oie. Deux jeunes lions, mâle et femelle de huit mois, ont sauté hors de leurs caisses de transport et posé leurs pattes sur le sol congolais.
Leur arrivée marque le retour du roi des animaux dans la capitale après vingt-huit ans d’absence, conséquence des troubles de 1997 qui avaient décimé une partie du cheptel du parc et laissé les enclos vides.
Une logistique millimétrée de Johannesburg à la Patte d’Oie
Pour franchir les 3 600 kilomètres entre Johannesburg et Brazzaville, Africa Global Logistics a coordonné un pont aérien puis routier, mobilisant vétérinaires, douanes et équipes au sol afin de respecter strictement la Convention de Washington et les réglementations nationales.
Les félins ont voyagé dans des caisses renforcées, garnies de paille et dotées d’un système d’abreuvement, limitant le stress durant les quarante-huit heures de transit. À chaque escale, leur fréquence cardiaque était contrôlée avant la reprise de la route.
« Le succès de l’opération s’explique par une préparation de quatre mois et un dialogue constant avec les autorités sud-africaines et congolaises », souligne Audrey Mbemba, responsable du projet chez AGL, rencontrée sur le tarmac de Maya-Maya.
Le symbole d’un retour faunique attendu
Depuis 1952, le parc botanique et zoologique était la vitrine privilégiée de la biodiversité nationale. L’absence de lions avait laissé un vide symbolique, freinant la mission éducative du site auprès des écoliers de Brazzaville et des familles en quête de nature.
Le concessionnaire Chems Roc rappelle que « chaque espèce retrouvée est une page d’histoire qui se tourne vers l’avenir ». Selon lui, la présence du couple favorisera à terme un programme de reproduction in situ, en partenariat avec des vétérinaires européens.
La jeunesse, première bénéficiaire
Au-delà de l’aspect touristique, le retour des lions sert de levier pédagogique. Les enseignants de la capitale préparent déjà des visites thématiques sur la coexistence entre humains et faune sauvage, inscrites dans les nouveaux modules d’éducation à l’environnement.
Les deux félins serviront aussi de modèles vivants aux étudiants vétérinaires de l’Université Marien-Ngouabi, qui jusque-là n’avaient accès qu’à des archives vidéo pour étudier le comportement du Panthera leo.
Comment y aller
Zoolandia se trouve à dix minutes du centre-ville, dans la réserve classée de la Patte d’Oie. Les visiteurs peuvent se rendre en taxi collectif ou en bus n°13, puis marcher cinq cents mètres jusqu’à l’entrée ombragée du parc.
Le ticket d’accès coûte mille cinq cents francs CFA pour les adultes et cinq cents francs CFA pour les enfants, un tarif maintenu volontairement bas afin d’encourager les sorties familiales et scolaires.
À savoir
Les lions observent actuellement une période de quarantaine de trente jours, invisible au public. Ils seront progressivement présentés dans un enclos végétalisé de 2 000 mètres carrés, conçu pour stimuler leur instinct de chasse sans sacrifier la sécurité des visiteurs.
Durant les premiers mois, le parc diffusera des sensibilisations quotidiennes sur le rôle des grands prédateurs dans les savanes et les menaces qui pèsent sur eux, dont la perte d’habitat et le braconnage.
Impact & solutions
La réintroduction s’inscrit dans une stratégie nationale de valorisation des aires protégées, appuyée par des partenaires publics et privés. L’objectif est de doubler la fréquentation de Zoolandia d’ici 2028 tout en améliorant la qualité de vie des animaux hébergés.
AGL envisage déjà de reproduire l’opération avec deux espèces emblématiques supplémentaires, l’oryx et le lycaon, afin de créer un corridor de conservation urbain qui pourrait servir de laboratoire à ciel ouvert pour les chercheurs.
Sur le plan social, les cent employés du parc bénéficient de formations continues en médecine vétérinaire, accueil touristique et gestion durable des déchets, améliorant leurs perspectives d’emploi dans le secteur croissant de l’écotourisme.
« Ce projet montre que la croissance économique peut rimer avec préservation », se félicite Jonathan Ngouabi, économiste à l’Université Denis-Sassou-Nguesso, soulignant les retombées attendues pour les petits commerçants du quartier.
Regard vers l’horizon
Lorsque les deux jeunes lions rugiront pour la première fois devant le public, le son portera plus loin que les barrières d’acier : il rappellera que la biodiversité congolaise, même touchée, peut renaître avec une volonté partagée et des solutions logistiques modernes.





