Brazzaville, des rues qui respirent
En saison des pluies, l’eau dévale les collines de Brazzaville et stagne dans les artères sablonneuses de Moungali, transformant trottoirs et ruelles en mares impraticables. Derrière cette image familière se cache un problème sanitaire grave, que citoyens et autorités cherchent à résoudre depuis des années.
Le 28 octobre 2025, un ruban a été coupé sur l’Avenue Saint-Esprit. Sous les applaudissements, les habitants ont découvert un caniveau couvert flambant neuf, long de quarante-six mètres. L’ouvrage relie désormais l’avenue à la Rue Louomo, jouxtant le CEG de la Paix.
Un chantier porté par Global développement
Financé et construit par la société Global développement, connue pour son eau de source Globaline, ce canal enterré matérialise la politique de responsabilité sociétale défendue par son président-directeur général, Augustin Zodji. L’entreprise, basée à Ngoyo, souhaitait offrir plus qu’une simple boisson aux Brazzavillois.
Le directeur général adjoint, Michel Roger Bounda, le rappelle : « Nous nous étions engagés en mai 2025 à soulager la Rue Louomo. Aujourd’hui, la promesse est tenue. » Au total, trois mois de travaux ont été nécessaires, mobilisant une douzaine d’ouvriers et des matériaux locaux.
Selon les ingénieurs, le caniveau est dimensionné pour écouler un débit de pluie de trente litres par seconde. La dalle supérieure, armée de fer recyclé, supporte le passage des motos-taxis et des piétons. En surface, la rue paraît libre, tandis que l’eau s’échappe en silence.
Bénéfices sanitaires immédiats
L’administrateure-maire de Moungali, Sylvie Makosso, voit déjà les résultats. « Moins de flaques, c’est moins de moustiques », explique-t-elle, en évoquant la baisse espérée du paludisme. Les abords du CEG, naguère boueux, restent désormais praticables, même après une averse tropicale.
Des médecins du district sanitaire confirment le lien entre stagnation hydrique et maladies à vecteurs. Chaque centimètre d’eau retenue favorise le développement de larves. En enterrant l’écoulement, l’ouvrage réduit ces gîtes larvaires sans recourir à des insecticides coûteux ou polluants.
Une réponse aux défis climatiques urbains
Brazzaville reçoit plus de mille trois cents millimètres de pluie par an. Les épisodes orageux se concentrent sur quelques semaines, saturant les sols argileux. Le réseau d’égouts public, conçu dans les années 1960, peine à suivre. Des initiatives privées comme celle-ci viennent donc soulager le système.
Les urbanistes rappellent qu’un caniveau couvert diminue aussi l’érosion des trottoirs. Sans ruissellement incontrôlé, les pavés restent en place et les racines d’arbres ne se déchaussent pas. À long terme, la municipalité économise sur les maintenances et alloue ses ressources à d’autres priorités.
Voix des habitants
À la sortie des classes, Charlotte, vendeuse de beignets, sourit : « Avant, mes pieds pataugeaient. Maintenant, je pose ma table sans crainte. » Son mari livre de l’eau Globaline dans le quartier, preuve qu’économie locale et geste sociétal peuvent s’épauler.
Plus loin, un jeune motard observe les nouvelles dalles. Il apprécie la surface plane qui évite les éclaboussures sur ses passagers. Résultat inattendu, dit-il, le temps de trajet vers le centre commercial s’en trouve réduit, car les taxis ne zigzaguent plus autour des nids-de-poule.
Collaboration publique-privée exemplaire
La Mairie de Moungali a fourni l’appui administratif, tandis que Global développement a assumé la conception et le financement. « Ce modèle gagnant-gagnant montre qu’une entreprise peut agir vite là où la puissance publique manque de budget », souligne le géographe Dieudonné Mokoko, consultant urbain.
Le succès du chantier relance le débat sur la fiscalité incitative. Certains édiles envisagent désormais d’accorder des exonérations temporaires aux sociétés qui investiront dans les drains, les aires de jeux ou l’éclairage solaire, à condition qu’elles respectent des normes transparentes.
Impact & solutions
Global développement ambitionne d’étendre le programme à dix quartiers, en formant de jeunes maçons aux techniques de coffrage durable. L’entreprise souhaite également installer des capteurs de niveau d’eau pour transmettre en temps réel les données à la mairie et mieux planifier les entretiens.
À l’échelle du bassin du Congo, ces micro-infrastructures s’additionnent. Chaque drain couvert limite les rejets d’eaux sales dans le fleuve, préservant la biodiversité aquatique. Le geste peut sembler modeste, mais il trace une voie : celle d’un développement urbain aligné sur la santé de l’écosystème.
À savoir
Le coût total du projet s’élève à cinquante-quatre millions de francs CFA, suivant le devis validé par la Mairie. Les plaques préfabriquées ont été coulées dans l’usine de Pointe-Noire et transportées par rail, réduisant l’empreinte carbone par rapport à un acheminement routier.
Le ministère de la Construction a délivré une attestation de conformité hydraulique, assortie d’une garantie décennale. En cas d’obstruction, le couvercle amovible permettra un curage manuel, évitant l’usage de produits chimiques corrosifs pour le béton.
Comment y aller
Le nouveau caniveau est visible à l’angle de la Rue Louomo et de l’Avenue Saint-Esprit, à quinze minutes du centre-ville de Brazzaville. Les bus 31 et 45 s’y arrêtent. Les amateurs de photo urbaine y trouveront des façades colorées et une atmosphère de quartier animée.





