La traque des trafiquants de chimpanzés
Un mardi d’octobre, l’aube vient à peine de dissiper la brume sur Nkayi lorsque la gendarmerie boucle un quartier tranquille. Au terme d’une courte filature, un homme est arrêté avec un carton percé de trous. À l’intérieur, un minuscule chimpanzé apeuré.
L’opération résulte d’un renseignement transmis au Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage, le PALF. « Nous devions agir vite, le primate risquait d’être vendu hors du département », confie un agent sous couvert d’anonymat.
Nkayi, carrefour sous surveillance
Située sur l’axe ferroviaire qui relie Pointe-Noire à Brazzaville, Nkayi s’impose comme un nœud logistique pour divers trafics. Les autorités multiplient depuis trois ans les contrôles routiers et ferroviaires, ciblant désormais les colis vivants dissimulés parmi les marchandises agricoles.
Le suspect reconnaît avoir capturé le jeune chimpanzé près de Kindamba, dans le Pool, avant de le transporter par taxi-brousse jusqu’à Nkayi. Il comptait, selon les enquêteurs, rejoindre la frontière avec l’Angola où la demande pour les primates demeure élevée.
Le rôle décisif du sanctuaire de Tchimpounga
Aussitôt confisqué, le bébé chimpanzé est acheminé vers le sanctuaire de Tchimpounga, géré par l’Institut Jane Goodall dans le Kouilou. Là, vétérinaires et soigneurs lui administrent hydratation, lait maternisé et sérum contre les parasites.
« Les deux premières semaines sont critiques. Sans sa mère, le stress peut tuer », explique la vétérinaire Ornella Massamba. Le pensionnaire rejoindra ensuite un groupe d’orphelins dont certains ont déjà été reconditionnés, signe d’espoir pour une future réintroduction.
Une législation renforcée et appliquée
Depuis l’arrêté de 2011 protégeant intégralement le chimpanzé, la peine encourue atteint cinq ans d’emprisonnement et cinq millions de francs CFA d’amende. Les associations saluent la fermeté croissante des tribunaux qui, autrefois, infligeaient surtout des avertissements.
Le commandant de la compagnie de gendarmerie de Madingou assure que « la justice sera saisie sans délai ». Le procès devrait se tenir à Madingou, chef-lieu de la Bouenza, dans le mois. Pour PALF, chaque conviction crée un précédent dissuasif dans les villages forestiers.
Impact & solutions
Le trafic des grands singes menace non seulement l’espèce, classée en danger critique, mais aussi la santé humaine, les primates partageant plus de 98 % de notre ADN. La pandémie de COVID-19 a rappelé la porosité entre faune sauvage et virus émergents.
Pour enrayer le commerce illégal, le ministère de l’Économie forestière mise sur la sensibilisation des communautés riveraines, la formation des éco-garde et le renforcement des corridors de migration. Des programmes d’appui à l’agroforesterie offrent des alternatives économiques durables.
Comment y aller
Nkayi est accessible depuis Brazzaville par la route nationale 1 ou par le CFCO, un trajet de nuit pratique pour les voyageurs. L’entrée en ville laisse entrevoir l’immense sucrerie qui fait la renommée de la Bouenza avant d’atteindre les plaines boisées où patrouillent les gardes forestiers.
Le sanctuaire de Tchimpounga, quant à lui, se visite sous réservation préalable auprès de l’Institut Jane Goodall. Les visiteurs y accèdent depuis Pointe-Noire en empruntant la route côtière jusqu’à Ngombé, puis en pirogue motorisée sur le fleuve Kouilou.
À savoir
Photographier les pensionnaires du sanctuaire nécessite un objectif de 200 mm minimum afin de respecter la distance sanitaire imposée. Aucune nourriture ne peut être introduite. Les enfants de moins de sept ans ne sont pas admis pour éviter la transmission de maladies respiratoires.
La saison sèche, de juin à septembre, offre une visibilité idéale pour observer les chimpanzés réhabilités. Toutefois, même en saison des pluies, les sentiers demeurent praticables grâce aux passerelles aménagées, fruits d’une coopération entre ONG et communautés locales.




