Experts civils au cœur de la nouvelle CDN
Dans la moiteur d’un après-midi brazzavillois, le 24 octobre 2025, une trentaine d’experts associatifs se sont réunis autour d’un dossier épais : la Contribution déterminée au niveau national, version 2.0, que le ministère de l’Environnement soumet actuellement à révision.
Autour de la table, l’Observatoire congolais des droits de l’homme et la Rencontre pour la paix et les droits de l’homme ont animé les débats, multipliant les feuilles rouges et vertes pour signaler forces et faiblesses d’un texte censé guider la lutte climatique jusqu’en 2030.
La directrice exécutive de l’OCDH, Nina Cynthia Kiyindou Yombo, a rappelé l’enjeu : « Notre mot compte, car la société civile mesure au quotidien la réponse des communautés face aux inondations, aux feux de savane ou à l’érosion ».
Finance climat : le nerf de la guerre verte
Premier point soulevé par les organisations : l’argent. La précédente feuille de route, adoptée en 2020, prévoyait des projets d’atténuation et d’adaptation ambitieux, mais seuls 32 % des fonds nécessaires ont été mobilisés, retardant plantations et travaux d’endiguement.
Dans leur note adressée au ministère, les ONG proposent d’ancrer des mécanismes innovants, du paiement pour services écosystémiques à la mise aux enchères de crédits carbone issus des mangroves de la Cuvette, afin de soulager le budget national et attirer l’investissement privé.
L’économiste Clément Oboul, invité comme observateur, juge la piste crédible : « Le potentiel de captation carbone du bassin du Congo est supérieur à celui de l’Amazonie par hectare. Bien valorisé, il peut sécuriser l’action climatique tout en créant des emplois ruraux ».
Synergies locales, moteur d’action
Au-delà du financement, la rencontre a insisté sur la gouvernance partagée. Le modèle à quatre acteurs – secteur public, secteur privé, société civile, communautés locales – doit, selon les participants, passer d’un schéma consultatif à un partenariat contractuel décorant chaque projet.
Les chefs coutumiers de Loufoulakari, connectés par visioconférence, ont rappelé qu’ils patrouillent déjà les galeries forestières sans compensation. Un cadre clair de co-gestion, intégré à la CDN 2.0, reconnaîtrait ces missions et renforcerait la surveillance des coupes illégales.
Nina Cynthia Kiyindou Yombo conclut la session en invitant les associations « à joindre leurs voix plutôt qu’à les juxtaposer ». Une plateforme numérique partagée sera lancée d’ici décembre pour suivre, commune par commune, la mise en œuvre des engagements révisés.
Belém en ligne de mire pour la COP30
Le calendrier impose sa cadence. Du 10 au 21 novembre 2025, la COP30 se tiendra à Belém, Brésil. Brazzaville veut y présenter un document consolidé, preuve d’une ambition conforme à l’Accord de Paris et à ses priorités de développement.
Le directeur général du climat, Thomas Damba, présent en observateur, a salué l’apport des ONG. Il assure que 80 % des recommandations pourront être intégrées avant l’envoi officiel, notamment celles relatives à la transparence des flux financiers.
Soucieux d’illustrer cette collaboration, le ministère prévoit, dès mars, des visites de terrain conjointes dans la vallée de la Léfini. Les reporters de notre magazine y embarqueront pour documenter l’avancée des travaux de restauration des berges.
Comment y aller
Brazzaville est reliée quotidiennement à Pointe-Noire et Kinshasa par voie aérienne. Depuis le centre-ville, le siège de l’OCDH se rejoint en taxi en vingt minutes. Les sessions publiques d’examen de la CDN s’annoncent ouvertes sur simple inscription préalable.
À savoir
La CDN 2.0 décline quatre axes : énergie propre, agriculture résiliente, gestion durable des forêts et adaptation urbaine. Un outil interactif cartographiera les projets par localité, facilitant le suivi citoyen et la collecte de données pour les chercheurs.
Selon l’Agence congolaise de la transition écologique, les mesures proposées pourraient réduire de 21 % les émissions nationales d’ici 2030 par rapport au scénario inertiel, tout en créant près de 50 000 emplois verts.
Impact & solutions
Si les fonds affluent, la replantation de 100 000 hectares de forêts dégradées absorbera chaque année plus d’un million de tonnes de CO2. Le bénéfice social inclura aussi des programmes d’écotourisme et de formation, gage d’une meilleure appropriation locale.
En parallèle, un fonds spécial soutiendra les femmes entrepreneures dans la transformation de produits non ligneux, illustrant la vision inclusive que la société civile souhaite graver dans la nouvelle feuille de route.

