Cris d’alerte de l’UICN
À Tachkent, la CITES a servi de caisse de résonance au premier rapport autonome de l’UICN sur l’éléphant de forêt d’Afrique. Le document brosse un tableau sombre : seulement 135 690 individus subsistent dans les forêts humides d’Afrique centrale.
Ce chiffre, légèrement supérieur aux devinettes passées, n’est pas un signe de reprise. Les scientifiques expliquent qu’une méthode génétique plus fine, appliquée à grande échelle, permet simplement de compter les pachydermes avec plus de précision.
Braconnage et fragmentation : double menace
La faucille des braconniers n’a pas baissé de rythme sous la canopée. L’ivoire se négocie encore cher et l’éléphant de forêt, plus petit et plus discret que son cousin de savane, reste une cible de choix pour les réseaux criminels.
Parallèlement, l’exploitation forestière, l’extraction minière et les chantiers routiers découpent les massifs en fragments isolés. Les éléphants, grands jardiniers de la forêt, perdent leurs couloirs de migration et se retrouvent coincés dans des poches de végétation rétrécie.
Derniers bastions au cœur du Bassin du Congo
Le rapport rappelle que 95 % de la population mondiale vit encore dans la région, avec un noyau robuste au Gabon et plusieurs poches réparties entre Cameroun, République du Congo, République démocratique du Congo et République centrafricaine.
Dans certaines concessions forestières certifiées et aires protégées gérées avec rigueur, les effectifs montrent une stabilité encourageante. Ces enclaves constituent aujourd’hui des lignes de front où écogardes, communautés locales et partenaires poursuivent une vigilance quotidienne.
Science et comptage high-tech
Les experts du Groupe de spécialistes de l’éléphant d’Afrique ont combiné analyses d’ADN, pièges photographiques et relevés aériens pour établir la première estimation robuste depuis la reconnaissance de l’espèce en 2021.
« Les chiffres plus élevés ne sont pas une victoire, ils reflètent simplement une meilleure loupe scientifique », insiste le Dr Thomas Breuer, coauteur du rapport et conseiller au WWF. Son avertissement est clair : la démographie reste en net déclin.
Coexistence homme-éléphant : le défi
La contraction des forêts pousse pachydermes et villages à partager des espaces toujours plus restreints. Pillages de champs, récoltes perdues et représailles alimentent une spirale de violence qui fragilise à la fois le revenu paysan et la sécurité de l’espèce.
Le WWF travaille avec les communautés pour tester des clôtures apicoles, des cultures répulsives et des alertes SMS en temps réel. Là où ces mesures sont adoptées, les incidents chutent et la tolérance renaît, preuve que la coexistence reste possible.
Dix ans pour agir
S’inspirant du Plan d’action africain pour l’éléphant, le WWF prépare une feuille de route décennale couvrant protection, restauration d’habitat, lutte contre le commerce illégal et diplomatie régionale. L’objectif est de consolider les bastions existants et de reconnecter les îlots génétiques.
Les auteurs insistent : sans un financement stable et des partenariats publics-privés solides, la trajectoire restera descendante. La mobilisation conjointe des États, des entreprises forestières responsables et des bailleurs internationaux apparaît comme la condition d’une issue positive.
Comment y aller
Les zones où l’éléphant de forêt est visible se situent principalement dans le bassin du Congo. Brazzaville, Libreville et Yaoundé offrent des liaisons aériennes régulières. Des opérateurs locaux proposent des circuits guidés vers les aires protégées accessibles au grand public.
À savoir
Observer l’espèce demande patience et discrétion. Les éléphants de forêt préfèrent l’ombre des clairières salines où ils viennent chercher des minéraux au crépuscule. Les visiteurs doivent se munir de vêtements sombres, limiter le bruit et suivre strictement les consignes des guides.
La meilleure saison s’étend de juin à février, lorsque les pluies sont moins intenses et les pistes praticables. Les permis d’entrée contribuent au financement des écogardes et alimentent des projets communautaires de développement durable.
Impact & solutions
Chaque éléphant de forêt disperse des milliers de graines, façonnant la diversité florale et le stockage de carbone. Protéger l’espèce revient donc à préserver un allié contre le changement climatique, un moteur de résilience pour des millions de personnes dépendantes de la forêt.
Les lecteurs peuvent soutenir la cause en privilégiant le bois certifié, en refusant les objets d’ivoire et en contribuant aux programmes de surveillance citoyenne. Chaque geste réduit la pression et rapproche la décennie d’action de ses objectifs.





