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Au fil des palétuviers, un refuge vital

À quelques encablures de Pointe-Noire, la pirogue s’engouffre dans un labyrinthe vert. Les palétuviers rouges étirent leurs racines comme des échasses, capturant le limon pour bâtir un sanctuaire où spasmes d’ailes et cliquetis de crabes rythment la marée.

Selon l’Institut national de recherche forestière, ces mangroves abritent plus de 120 espèces d’oiseaux, dont le martin-pêcheur à collier qui trouve ici un garde-manger inépuisable. Les villageois de Loango évoquent un « poumon bleu » dont l’ombre tempère la canicule côtière.

Des racines contre la montée des eaux

Entre 1990 et 2010, près de 30 % des mangroves congolaises avaient disparu sous la pression du charbon de bois et des coupes portuaires. Le recul des palétuviers laissait la houle grignoter les berges, menaçant cultures et cases en raphia.

Depuis 2015, le projet national Mangroves & Climat, soutenu par le Fonds vert, finance des dizaines de pépinières communautaires. « Un hectare restauré piège jusqu’à cinq fois plus de carbone qu’une forêt terrestre », rappelle la biologiste Nadège Louzolo (Programme régional Mangroves 2023).

Sciences locales et savoirs traditionnels

Chaque marée haute, Paul Mavoungou, 62 ans, sillonne les racines pour greffer des propagules. « Mon père m’a appris quelles pousses tolèrent le sel et comment espacer les plans pour laisser passer le lamantin », sourit-il. Les chercheurs du campus de Kintélé valident aujourd’hui ces gestes ancestraux.

Les autorités départementales ont reconnu les éco-comités villageois comme relais officiels. Cette co-gestion calme de nombreux conflits d’usage, du ramassage de palourdes à l’installation de parcs à poissons.

Mangroves congo : un laboratoire climatique

Les premières mesures montrent une baisse de deux degrés dans les eaux bordant les replants, baisse suffisante pour le retour des juvéniles de barracuda. Les chercheurs testent aussi des drones pour cartographier les zones propices au reboisement et anticiper l’élévation du niveau marin.

« Les mangroves offrent un bouclier naturel que le béton ne peut égaler », insiste le géographe Jean-Baptiste Milemba, qui plaide pour les intégrer dans les plans d’urbanisme littoral.

Économie locale et filière huître durable

Au marché de Songolo, les paniers d’huîtres arborent désormais un label vert. Les ostréicultrices, formées à la récolte sur table flottante, réduisent la pression sur les palétuviers. Leur revenu a bondi de 40 % en trois ans, selon la Coopérative Nkéni.

Le tourisme doux suit. Balades en kayak, observatoires d’oiseaux et lodges sur pilotis attirent une clientèle de voyageurs responsables, générant de nouvelles opportunités pour la jeunesse côtière.

Comment y aller

Depuis Pointe-Noire, une piste récemment réhabilitée conduit au village de Loango en 90 minutes. Des pirogues à moteur solaire, gérées par l’Association des guides lagunaires, proposent des sorties à marée haute. La meilleure saison s’étend de mai à septembre, période de pluies modérées.

À savoir

Un droit d’accès écologique de 3 000 FCFA finance la pépinière communautaire. Les visiteurs doivent utiliser des crèmes solaires sans oxybenzone pour protéger les larves de poissons. Les drones de loisir sont interdits sans autorisation préfectorale afin de préserver la quiétude des oiseaux nicheurs.

Impact & solutions

Le plan national vise 3 000 hectares restaurés d’ici 2030, équivalant au stockage annuel de plus de 1,5 million de tonnes de CO₂. Les équipes locales expérimentent des briquettes de coco pour remplacer le bois de mangrove dans les fours traditionnels, réduisant la coupe illégale.

Les écoles primaires riveraines ont intégré un module « labos bleus » où chaque classe élève ses propagules avant de les replanter. « La mangrove, c’est notre salle de classe grandeur nature », s’enthousiasme l’enseignante Dorothée Ibata.

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