À Brazzaville, deux cours d’eau longtemps maltraités sortent de l’ombre. Depuis mai 2026, la rivière Tsiemé et le ruisseau Mikalou entrent dans une phase concrète d’assainissement, portée par le Projet de drainage des eaux pluviales de la capitale congolaise.
Le chantier s’appuie sur une convention de crédit signée le 21 juillet 2015 avec l’Agence française de développement, pour un montant de 62 millions d’euros, soit environ 40 milliards 331 millions de francs CFA. Une enveloppe lourde pour des écosystèmes urbains fragiles.
Un fil d’eau de quatre kilomètres rendu à la ville
Sur la Tsiemé, les travaux couvrent un tronçon de 4 013 mètres. Le tracé court depuis l’embouchure sur le fleuve Congo jusqu’au pont de la Tsiemé, vers le quartier Texaco-la-Tsiemé, en passant près de l’Hôpital de référence de Talangaï.
L’entreprise S.G.E.C Congo a remporté l’attribution de ce segment. Le long de ce ruban d’eau, le défi est double : évacuer les crues et redonner à la rivière un lit lisible, débarrassé des engorgements qui l’asphyxient saison après saison.
Car ces collecteurs naturels ne sont pas de simples canaux. Ils dessinent le réseau hydrographique d’une ville posée sur des bassins versants sensibles, où chaque obstruction se paie en débordements et en quartiers noyés sous les pluies.
Des familles déplacées, un volet humain assumé
Tout aménagement de cette ampleur déplace des vies. Une opération d’expropriation préalable a concerné 804 ménages installés sur l’emprise des travaux. Les indemnisations versées dépassent, selon le projet, 3,5 milliards de francs CFA.
Le dispositif ne s’arrête pas au chèque. Parmi les ménages touchés, 236 familles identifiées comme vulnérables ont bénéficié d’une formation aux activités génératrices de revenus. Une manière d’amortir le choc du départ et d’éviter une précarité durable.
Ce volet social mérite d’être souligné. Trop souvent, les grands chantiers d’infrastructure réduisent les riverains à de simples obstacles. Ici, l’accompagnement des plus fragiles tente, au moins sur le papier, de réconcilier urbanisme et dignité.
Mikalou, le ruisseau pris de vitesse
À l’autre bout du dispositif, le ruisseau Mikalou réclame, lui, de la rapidité. Au Terminus Mikalou, à la frontière des arrondissements 4 Ouenzé, 6 Talangaï et 9 Djiri, la société Vicenta mène les opérations sur le terrain.
Le calendrier est tendu. Des ouvriers décrivent « des travaux d’urgence qu’il faut pouvoir achever en un mois minimum », contraintes climatiques obligent. La saison des pluies n’attend pas, et chaque jour gagné réduit le risque de voir l’eau reprendre ses droits.
Cette course contre la météo en dit long sur la nature du chantier. Assainir un ruisseau urbain, c’est composer avec un climat équatorial exigeant, où les averses transforment vite un lit encombré en menace pour les habitations voisines.
Le soulagement des riverains, et leurs doutes
Sur les berges, l’ambiance est d’abord au soulagement. Les riverains expriment leur satisfaction, espérant tourner la page des inondations saisonnières qui rythment, chaque année, la vie des quartiers traversés par les deux collecteurs.
Mais l’enthousiasme reste prudent. Certains habitants s’interrogent sur la durabilité des aménagements une fois les engins partis. Leur crainte : que des dépotoirs sauvages réapparaissent et compromettent, à terme, des investissements aussi coûteux.
L’inquiétude est légitime. Un canal curé n’est protégé que par les gestes quotidiens de ceux qui le bordent. Sans collecte des déchets ni vigilance collective, les sédiments et les ordures finissent toujours par reconquérir le moindre espace libre.
Un test grandeur nature pour la ville durable
L’assainissement de la Tsiemé et du Mikalou dépasse la simple question technique. Il pose, en filigrane, celle d’une capitale capable de cohabiter avec son eau plutôt que de la subir, entre prévention des crues et respect des milieux naturels.
La réussite ne se mesurera pas à la fin des travaux, mais dans les années qui suivront. Si les collecteurs restent dégagés et entretenus, Brazzaville aura prouvé qu’un drainage bien pensé protège à la fois les habitants et les écosystèmes urbains.
À l’inverse, un relâchement renverrait riverains et pouvoirs publics à la case départ. Entre l’ambition affichée et la vigilance attendue des habitants, le sort de ces deux cours d’eau se jouera, surtout, dans la durée.

