À Pointe-Noire, un festival a démontré que la mémoire d’un royaume pouvait se transmettre par les écrans autant que par les anciens. Le Festi Loango a ouvert une voie inédite entre tradition et technologie.
Pointe-Noire accueille la première édition du Festi Loango
Les 12 et 13 mai 2026, la Chambre de commerce de Pointe-Noire a abrité la première édition du Festival Loango. L’événement marque une étape pour la valorisation du patrimoine de la côte congolaise.
L’organisation revient à Wikimedia République du Congo. L’initiative s’est appuyée sur deux partenaires de terrain : l’association Viany Art Culture et Environnement et le Parc Conkouati-Douli, voisin du littoral.
Le choix de la ville océane n’a rien d’anodin. Pointe-Noire borde l’ancien territoire du Royaume de Loango, dont l’histoire irrigue encore la culture locale, les langues et les pratiques artisanales de la région.
Rituels et expositions ouvrent la célébration
La cérémonie d’ouverture a donné le ton. L’hymne national de Loango a résonné, accompagné de rituels traditionnels qui rappellent la profondeur historique de ce patrimoine immatériel toujours vivant.
Autour des invités, les vitrines racontaient un savoir-faire. Des tissus traditionnels, des bijoux, des objets d’art et des créations artisanales formaient une galerie sensible, témoin d’une identité transmise de génération en génération.
Ces expositions ne sont pas de simples décors. Elles ancrent le festival dans le réel, dans la matière travaillée par les mains, avant que les outils numériques n’entrent en scène pour prolonger ce récit.
L’IA et la 3D au service de la transmission
C’est là que le Festi Loango se distingue. L’événement a intégré des ateliers d’intelligence artificielle, de la modélisation 3D et des expériences de réalité virtuelle, pensés pour parler aux plus jeunes.
L’enjeu est clair : capter l’attention d’une génération née avec les écrans. La technologie devient un pont, non une rupture, entre les anciens dépositaires de la mémoire et ceux qui en hériteront demain.
Viviane Okouma Tchitchellé, qui a porté l’organisation, a résumé l’ambition. Il s’agissait de « permettre aux jeunes de découvrir l’histoire du Royaume de Loango, à travers des outils modernes » (propos recueillis lors du festival).
Modéliser un objet en trois dimensions, restituer un lieu en réalité virtuelle : ces gestes numériques offrent une seconde vie aux fragments d’un héritage que le temps et l’oubli pourraient effacer.
Un plaidoyer pour les langues vernaculaires
La dimension linguistique n’a pas été oubliée. Marraine de l’événement, la maire de Pointe-Noire Evelyne Tchitchellé Moe Poaty, reconnue comme Princesse Moe Poaty, a porté une demande forte devant l’assistance.
Elle a plaidé pour la création de centres d’apprentissage des langues vernaculaires à l’échelle nationale. Ces langues, vecteurs de mémoire, restent menacées par l’érosion des usages quotidiens dans tout le Congo.
Préserver une langue, c’est sauvegarder une manière de voir le monde. L’appel rejoint la philosophie du festival : conjuguer la transmission orale et les supports numériques pour ne rien perdre du patrimoine.
Quand patrimoine et innovation tracent une voie
Le Festi Loango propose un modèle observable ailleurs. Dans le bassin du Congo, où cultures et écosystèmes se répondent, les outils numériques deviennent des alliés précieux de la conservation et de la mémoire collective.
Ce premier rendez-vous reste une amorce. Mais il esquisse une réponse concrète à une question partagée par bien des communautés : comment transmettre, sans la figer, une identité héritée des siècles passés.
En mariant rituels, artisanat et intelligence artificielle, Pointe-Noire a montré que la modernité pouvait servir la tradition. Le Royaume de Loango, longtemps confiné aux récits, trouve désormais de nouveaux gardiens numériques.

