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Privée de carburant depuis plusieurs jours, la capitale congolaise voit sa mobilité se gripper. Derrière les files d’attente, c’est la dépendance d’une ville aux flux pétroliers qui se révèle, et la question des transports qui resurgit.

Une capitale immobilisée au rythme des stations vides

Depuis plusieurs jours, Brazzaville avance au ralenti. Dans de nombreux quartiers, les mêmes scènes se répètent : bidons alignés devant les stations, motocyclistes en quête d’essence et automobilistes lassés par la rareté du produit.

Aux heures de pointe, les transports en commun se font introuvables. Les arrêts de bus se transforment en zones d’attente interminable, où la patience des usagers s’épuise au fil des minutes perdues.

Près de la mairie de Mfilou, dans le 7e arrondissement, Fiacre Nkombo mesure l’ampleur du blocage. « C’est une situation vraiment difficile. On peut avoir de quoi payer le transport, mais il n’est pas facile de trouver un bus, ni même un taxi », confie cet usager.

Quand les déplacements deviennent une bataille quotidienne

La pénurie frappe d’abord ceux qui font tourner la ville. Chauffeurs de taxi et conducteurs de bus voient leur activité suspendue, faute de pouvoir remplir leur réservoir. Leur immobilité paralyse, en cascade, des milliers de trajets.

Devant une station du centre-ville, un chauffeur de taxi décrit un véritable calvaire. « Cela fait trois jours que je cherche du carburant. C’est une vraie bataille », souffle-t-il, résumant l’épreuve partagée par toute une profession.

Dans les rares stations qui conservent quelques litres, l’affluence dégénère vite. Les forces de l’ordre peinent à contenir la pression. Des policiers ont été déployés pour maintenir l’ordre et prévenir les débordements aux abords des pompes.

Des barges venues de Kinshasa pour desserrer l’étau

Pour limiter l’asphyxie, les autorités se sont tournées vers l’autre rive du fleuve. Selon une source proche de la Société Commune de Logistique (SCLOG), quelques barges de carburant ont été acheminées depuis Kinshasa, en République démocratique du Congo.

Ce recours souligne le rôle du fleuve Congo comme axe logistique vital entre les deux capitales les plus proches du monde. Le cours d’eau, souvent évoqué pour sa biodiversité, redevient ici une route d’approvisionnement de première nécessité.

Dans un communiqué officiel, le gouvernement de la République du Congo a attribué la crise à une baisse des stocks, au niveau national comme international. Il y voit la conséquence directe des tensions qui secouent actuellement le Moyen-Orient.

Le marché parallèle des « Kadhafis » prospère

Faute de produit dans le circuit officiel, beaucoup d’automobilistes se rabattent sur les vendeurs informels, surnommés « Kadhafis ». Profitant de la demande, ces revendeurs imposent des tarifs très supérieurs aux prix réglementés.

Un bidon de 25 litres se négocie à plus de 25 000 francs CFA, contre environ 20 000 francs CFA en station. L’écart pèse sur des ménages déjà fragilisés, et alimente une économie de la débrouille en marge des règles.

Ce marché gris révèle aussi un risque environnemental discret. La manipulation de carburant en pleine rue, dans des contenants improvisés, multiplie les fuites et les expositions, loin des normes de stockage des stations agréées.

Une fragilité urbaine qui appelle d’autres modèles

Au-delà de l’urgence, l’épisode met en lumière la dépendance de Brazzaville à un approvisionnement unique. Une ville dont la mobilité repose presque entièrement sur le moteur thermique reste exposée au moindre soubresaut des marchés pétroliers.

La crise interroge sur la résilience des transports congolais. Diversifier les sources d’énergie, renforcer les transports collectifs ou repenser les mobilités douces deviennent des pistes sérieuses pour amortir de futurs chocs.

Pour l’heure, les autorités tentent de rassurer sur un retour progressif à la normale. Mais les Brazzavillois continuent de subir une crise énergétique qui fragilise leur quotidien et rappelle combien la ville respire au rythme du carburant.

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