Au pied des grands arbres de la réserve de la Patte d’Oie, un geste discret a marqué le mois de juillet à Brazzaville. Quatre-vingts jeunes plants ont pris racine, portés par une institution militaire qui fêtait, elle aussi, ses quatre-vingts ans.
Un anniversaire qui prend racine dans la forêt urbaine
Le 9 juillet 2026, l’École militaire préparatoire Général-Leclerc (EMPGL) a célébré son 80e anniversaire par une opération de reboisement. Le ministre de la Défense nationale, Raymond Zéphirin Mboulou, et le haut commandement ont conduit la plantation dans la réserve forestière de la Patte d’Oie (ADIAC Congo).
Planter quatre-vingts arbres pour quatre-vingts années d’existence : la symbolique n’échappe à personne. Chaque plant devient une bougie vivante, appelée à grandir bien après la cérémonie, dans l’une des rares réserves forestières logées au cœur de la capitale congolaise.
Le Moabi et le Longhi blanc, deux essences du bassin du Congo
Deux espèces locales ont été retenues : le Moabi (Baillonella toxisperma) et le Longhi blanc (Gambeya lacoutiana). Soixante Moabi et vingt Longhi blanc ont été mis en terre sur un quart d’hectare, à raison de quatre cents tiges à l’hectare (ADIAC Congo).
Le choix d’essences locales, plutôt qu’exotiques, traduit une attention au patrimoine forestier propre au bassin du Congo. Les équipes ont respecté un espacement de cinq mètres entre les lignes et sur les lignes, structurant ainsi la jeune parcelle.
Pour donner aux plants une meilleure chance de reprise, elles ont recouru à l’hydro-rétenteur et au compost organique. Ces deux techniques limitent le stress hydrique des arbres les plus fragiles durant leurs premiers mois en pleine terre.
Un « bouclier écologique » revendiqué à Brazzaville
Le colonel-major Camille Serge Oya, commandant de l’EMPGL, a rappelé le sens de la démarche. L’initiative répond, selon lui, à l’appel du chef de l’État de faire du Congo « un bouclier écologique mondial » (ADIAC Congo).
Derrière la formule, un pari concret : inscrire une mémoire militaire dans le vivant. La cérémonie relie le protocole des grands jours à un geste patient, celui d’un arbre qui met des années à s’élever au-dessus de la canopée voisine.
Quatre-vingts ans d’histoire au service de la nation
Fondée le 6 mars 1946, l’EMPGL est née de la planification d’après-guerre destinée à former de futurs militaires africains. D’abord baptisée « École des Enfants de Troupe Indigènes d’AEF-Cameroun », elle a traversé les périodes coloniale, des indépendances, puis nationale (ADIAC Congo).
En huit décennies, l’établissement a formé près de cinq mille élèves, devenus responsables civils et militaires au Congo et dans d’anciens territoires français d’Afrique. Elle accueille aujourd’hui des élèves de neuf nations, signe d’une vocation panafricaine affirmée.
Des portes ouvertes pour partager la mémoire
Le 10 juillet, une journée portes ouvertes a prolongé les festivités. Démonstrations militaires, présentations institutionnelles et visites guidées ont réuni anciens élèves, familles, associations venues d’Afrique, journalistes et invités autour du campus.
Une exposition de cent vingt photographies, réparties en huit séries thématiques, a retracé l’histoire de l’école et les parcours de ses anciens élèves (ADIAC Congo). Le récit visuel rejoignait ainsi le geste écologique posé la veille.
L’excellence et le patriotisme en débat
Le 11 juillet, l’association des Anciens enfants de troupe (AET) du Congo a organisé une conférence-débat sur le thème « 80 ans d’excellence, d’engagement et de loyauté au service de la nation » (ADIAC Congo).
Le général de brigade Charles Victoire Batandi, commandant des écoles des Forces armées congolaises, y a vu « un lieu de formation où se construisent le caractère, la rigueur et le sentiment patriotique ».
Rémy Ayayos Ikounga, président de l’AET, a souligné l’attachement de l’association aux traditions de l’institution. L’historien Armand Elenga a retracé ses origines, bâties sur trois fondements : l’armée, l’éducation et l’Afrique équatoriale française.
Reboiser la ville, un geste qui compte
Au-delà de la cérémonie, le choix de reboiser une réserve urbaine dit quelque chose du moment congolais. Le vert regagne discrètement du terrain là où on l’attend le moins, entre uniformes et discours officiels.
Quatre-vingts arbres ne feront pas une forêt. Mais ils rappellent, à hauteur de plant, que la biodiversité se cultive aussi en ville, et qu’un anniversaire peut se mesurer en racines autant qu’en années.

