| Climat

À Brazzaville, une page se tourne pour deux communes congolaises. Le 28 juillet, l’État a récupéré les fruits d’un programme pensé pour aider ses villes à encaisser les chocs climatiques et démographiques. Un transfert discret, mais lourd de sens pour l’avenir des territoires.

Derrière l’expression « villes résilientes » se cache une idée simple. Il s’agit d’aider les collectivités à absorber les crises, climatiques comme sociales, sans s’effondrer. Pour la République du Congo, où l’eau et le béton se disputent l’espace, l’enjeu est très concret.

Deux communes pilotes contre les chocs climatiques

Depuis 2022, Nkayi et Owando servaient de laboratoires. Financé par l’Union européenne à hauteur de 32 millions d’euros, soit près de 21 milliards de FCFA, le Programme villes résilientes y a été déployé par le cabinet IBF, via le 11e Fonds européen de développement.

Le choix de ces deux collectivités n’a rien d’anodin. Inondations, érosion des sols, déchets qui s’accumulent, poussée démographique : ces communes concentrent des pressions qui menacent aujourd’hui la plupart des agglomérations du bassin. Renforcer leurs capacités, c’était traiter le problème à la racine.

Trois années durant, l’assistance technique a donc travaillé au plus près du terrain. L’objectif n’était pas de bâtir à la hâte, mais d’outiller durablement les mairies, souvent démunies face à l’ampleur des défis urbains qui les attendent.

Des outils pour planifier une ville durable

Que reste-t-il, concrètement, une fois l’assistance technique achevée ? Beaucoup de documents, mais des documents stratégiques. Les institutions ont reçu des guides de planification urbaine, des schémas directeurs d’assainissement et des stratégies municipales taillées pour chaque territoire.

S’y ajoutent des manuels de gestion et des études sur la fiscalité locale. Autant d’instruments qui donnent aux communes les moyens d’anticiper, plutôt que de subir. Car une ville résiliente se dessine d’abord sur des cartes et dans des budgets, bien avant les premiers travaux.

L’assainissement, nerf de l’adaptation urbaine

La résilience ne se limite pas au papier. Un accord doit mobiliser deux millions d’euros supplémentaires pour achever le reprofilage du drain dit d’Impfondo, à Owando. Un ouvrage modeste en apparence, mais décisif pour évacuer les eaux et contenir les crues.

Dans des villes où chaque saison des pluies met à l’épreuve les quartiers bas, ce type d’infrastructure fait souvent la différence. Là où le drainage suit, l’inondation recule ; là où il manque, la ville paie cher le moindre orage.

De l’outil à l’usage, le vrai défi des territoires

Le ministre de l’Économie, du Plan, de la Statistique et de la Prospective, Ludovic Ngatsé, a présidé cette clôture. Il a tenu à rappeler que l’essentiel restait à venir, une fois les équipes techniques reparties et les documents remis.

« Les effets souhaités ne se réaliseront pas par une simple mise à disposition des outils produits, mais plutôt dans leur utilisation », a-t-il prévenu. Une lucidité bienvenue : trop de plans dorment dans les tiroirs, faute d’appropriation locale et de volonté politique.

Brazzaville et Pointe-Noire, prochaines étapes

L’aventure ne s’arrête pas là. L’Union européenne prépare déjà un programme « Villes résilientes 2 », qui visera cette fois Brazzaville et Pointe-Noire. Les deux grandes métropoles congolaises, elles aussi exposées aux caprices de l’eau et à une urbanisation galopante.

En misant sur ses villes, le Congo parie sur un développement plus sobre et mieux préparé. De Nkayi à Pointe-Noire, une même conviction s’impose peu à peu : face au climat, la meilleure défense reste une ville pensée pour durer.

Comments are closed.