À l’approche de la saison des feux, les pompiers bénévoles du Cap vérifient leur matériel. Au pied de la montagne de la Table, ils abordent une année que les prévisions annoncent marquée par El Niño, dans un paysage où le feu est à la fois menace et nécessité.
Au Cap, la saison des feux se prépare déjà
Le mois de novembre se profile, et avec lui l’ouverture de la saison des feux. Pour les pompiers bénévoles du Cap, en Afrique du Sud, c’est le moment d’inspecter le matériel avec soin, avant que les premières alertes ne tombent.
Fort de treize ans d’expérience, Rouvanne van den Berg ouvre l’arrière du véhicule et en détaille le contenu : « Avec cette pompe, on peut attaquer des incendies à proximité des routes. Nous avons aussi ces outils que nous emportons avec nous jusqu’à la ligne de feu ».
Derrière ces gestes de routine se dessine une réalité plus vaste. Au Cap, le feu n’a rien d’un accident lointain qui surgirait à l’écart des habitations : il fait partie du paysage, et chaque saison rappelle que la nature et la ville partagent la même montagne.
Montagne de la Table : la forêt aux portes de la ville
La géographie du Cap explique en grande partie cette vigilance. La ville s’est bâtie au pied de la montagne de la Table, si bien que la végétation sauvage s’étend jusqu’aux abords des zones habitées. Sur le terrain, la distance se compte en dizaines de mètres.
Thane Masureik l’explique sur place : « À partir de cette clôture, là-haut, à environ 50 mètres de nous, c’est le début de forêt. Et là en-bas, à une centaine de mètres, se trouve une grande autoroute et une zone résidentielle très peuplée ».
En quelques mots, tout est dit. Entre la lisière forestière d’un côté, l’autoroute et le quartier très peuplé de l’autre, l’espace est étroit. Un départ de feu sur les pentes n’y reste jamais une affaire sauvage : il peut concerner, très vite, ceux qui vivent en contrebas.
Incendie de 2021 : la bibliothèque de l’université du Cap dévastée
Les bénévoles n’ont pas besoin d’imaginer le pire : certains l’ont déjà affronté. En 2021, un grand incendie s’est déclaré non loin de cette base. Rouvanne van den Berg en garde un souvenir précis : « Il a dévasté la grande bibliothèque de l’université du Cap ».
Le pompier bénévole revient sur la violence du sinistre : « Des conditions météorologiques extrêmes ont contribué à son embrasement et à sa propagation très rapide. Nous avons passé la journée à le combattre, là-bas, puis je suis rentré chez moi ».
La suite tient du cauchemar personnel : « Le lendemain matin, vers 7h, le feu avait franchi la montagne jusqu’à atteindre mon propre jardin ! » Celui qui combattait les flammes la veille les retrouvait ainsi chez lui.
De cet épisode, il tire un constat limpide : « On combat des incendies dans des espaces naturels, mais ils peuvent immédiatement menacer les quartiers résidentiels qui entourent la montagne ». Toute la double mission de ces volontaires tient dans cette phrase.
El Niño et dérèglement climatique : une saison sous haute vigilance
Cette année, l’inquiétude monte d’un cran. Les services météorologiques prévoient que le phénomène El Niño devrait toucher fortement l’Afrique du Sud. Pour les équipes du Cap, cette perspective suffit à relever le niveau de vigilance, avant même les premières flammes.
Lee Kleynhans, en charge de la communication du groupe de pompiers bénévoles, ne cache pas ses craintes : « Bien sûr, je crains que la saison soit difficile. Et ce n’est pas seulement à cause d’El Niño : le dérèglement climatique a globalement changé la donne pour nous ».
Lee Kleynhans insiste aussi sur la part d’imprévu : « On ne sait jamais vraiment ce qui peut arriver au cours d’une saison. La réalité, c’est qu’il existe toujours un risque que les équipes soient fatiguées et se retrouvent débordées ».
Le propos dépasse le seul épisode climatique de l’année. Il rappelle que le danger ne tient pas uniquement à l’intensité des incendies, mais aussi à l’endurance des équipes. Un dispositif reposant sur des volontaires doit composer avec la fatigue autant qu’avec les flammes.
Le fynbos, une végétation qui a besoin du feu pour germer
C’est sans doute là le cœur du paradoxe du Cap. Pour se préparer au mieux, les bénévoles doivent aussi étudier la végétation très particulière de la zone. Une connaissance du terrain qui ne s’improvise pas.
Au sein du groupe, on souligne que la région abrite beaucoup de plantes fynbos : « C’est une végétation qui a naturellement besoin du feu afin de pouvoir germer ». Autrement dit, sans flammes, une partie de ce paysage ne pourrait pas se renouveler.
Ce constat change le regard sur la lutte contre les incendies. Le feu n’apparaît plus comme un simple ennemi à abattre, mais comme une composante du cycle de vie de ces plantes. L’enjeu consiste à comprendre le rythme de ce paysage pour protéger ceux qui y vivent.
Ce travail se mène en collaboration avec les autorités, dans le cadre des préparatifs de la saison. « Nous recueillons donc des données pour savoir quand une zone a brûlé pour la dernière fois et à quel moment elle pourrait être amenée à brûler de nouveau », explique-t-on.
350 bénévoles sur quatre bases, prêts pour les premiers feux
Au total, quelque 350 bénévoles, répartis sur quatre bases, composent le groupe. Les dernières semaines avant l’ouverture de la saison doivent leur permettre de parfaire leur entraînement, afin d’être prêts à intervenir dès les premiers départs de feu.
Leur engagement dessine une manière de vivre avec un écosystème exigeant. Au Cap, protéger les quartiers passe à la fois par la connaissance fine de la végétation, par la mémoire de l’incendie de 2021 et par une préparation patiente, menée avec les autorités.
Au-delà de l’Afrique du Sud, l’expérience du Cap parle à tous les territoires où la forêt côtoie la ville. Elle rappelle que la sécurité des habitants suppose aussi de connaître la végétation qui les entoure, y compris lorsque celle-ci a besoin du feu.





