Un trafic stoppé net à Nkayi
Le 28 octobre, une patrouille mixte de gendarmes et d’agents de l’Économie forestière a intercepté un quadragénaire congolais à la gare routière de Nkayi, département de la Bouenza. Dans son sac, un bébé chimpanzé serré contre une couverture.
Pris en flagrant délit de détention, circulation et tentative de vente d’une espèce intégralement protégée, le suspect a été conduit au poste de Madingou avant d’être présenté, le 6 novembre, au Tribunal de grande instance où il a reconnu les faits.
Le cadre légal congolais, rempart décisif
L’affaire s’appuie sur l’arrêté 6075 du 9 avril 2011 et la loi 37/2008, piliers de la politique congolaise de protection de la faune. Ces textes interdisent strictement la détention et le commerce des grands primates sans autorisation scientifique.
Selon Me Éric Massamba, avocat spécialisé en droit environnemental, « juger ces crimes au pénal envoie un message clair : le Congo valorise son patrimoine vivant autant que ses ressources minières ». Le parquet requiert jusqu’à cinq ans de prison et cinq millions de francs.
En 2015, la République du Congo a également ratifié l’Accord de Malabo sur les crimes environnementaux, renforçant sa coopération judiciaire avec les pays voisins. Les magistrats disposent ainsi de guides de procédure unifiés pour poursuivre les organisations transfrontalières.
Un sanctuaire pour renaître
Confisqué, le bébé chimpanzé a été transféré au sanctuaire de Tchimpounga, géré par l’Institut Jane Goodall dans le Kouilou. Là, vétérinaires et soigneurs lui administrent lait enrichi, vitamines et rééducation motrice pour oublier deux mois de captivité traumatisante.
La structure héberge déjà plus de 150 pensionnaires saisis sur les marchés de viande de brousse. « Notre objectif reste la réintroduction en forêt », explique Clémence Makosso, responsable soins, qui prépare de petites forêts-écoles pour sociabiliser les orphelins.
Des caméras piétonnes documentent son évolution pour un futur relâcher programmé.
Les voix de la protection
Le Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune (PALF) a fourni un appui technique crucial, facilitant la filature et l’identification du suspect. L’ONG collabore depuis 15 ans avec les forces de l’ordre pour renforcer les capacités d’enquête.
Le colonel Albert Ngoma, commandant régional de gendarmerie, se félicite de « l’excellente synergie entre État, société civile et populations ». Pour lui, la sensibilisation villageoise doit compléter la répression afin d’attaquer la racine sociale du trafic.
Les défis d’un marché encore lucratif
Le braconnage de primates survit grâce à la demande urbaine de viande de brousse et d’animaux de compagnie exotiques. Un chimpanzé capturé implique souvent l’abattage de la mère, rendant l’impact écologique bien plus lourd que la simple disparition d’un individu.
Les forêts du Pool et de la Bouenza perdent aussi des hectares sous la pression agricole. Routes forestières et scieries improvisées offrent aux trafiquants un réseau d’évacuation rapide, nourrissant un commerce régional estimé à plusieurs milliards de francs par an.
Comment y aller
Nkayi est accessible par la route nationale 1 depuis Brazzaville, soit huit heures de trajet en voiture ou cinq heures de train vers la gare modernisée. Les voyageurs responsables peuvent ensuite rejoindre Madingou en taxi-brousse et visiter, sur autorisation, le tribunal historique.
À savoir
Le chimpanzé d’Afrique centrale figure sur la Liste rouge de l’UICN et dans l’Annexe I de la CITES. Posséder même un bébé mort entraîne des poursuites. Signaler un cas se fait gratuitement au 148, numéro vert du ministère de l’Environnement.
Impact & solutions
Le verdict attendu le 20 novembre pourrait créer un précédent régional. Une condamnation exemplaire consoliderait la confiance des bailleurs dans les programmes anti-braconnage et encouragerait les communautés à orienter leurs projets vers l’agroforesterie, alternative durable aux revenus issus du trafic.
Chaque lecteur peut agir : privilégier le tourisme respectueux, s’informer avant tout achat artisanal et partager les campagnes d’éducation environnementale. Dans la vaste mosaïque du bassin du Congo, la survie des primates dépend aussi de ces gestes du quotidien.





