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Alerte au marché de Nkayi

Le 28 octobre 2025, l’agitation gagne le marché central de Nkayi. Un homme discret tient une petite caisse percée de trous. À l’intérieur, un chimpanzé de six mois, yeux exorbités, cou sanglé. La tentative de vente tourne court.

Prévenus par un simple coup de téléphone anonyme, les gendarmes quadrillent rapidement les abords du quai ferroviaire. Ils saisissent l’animal et interpellent le quadragénaire, encore surpris que la loi protège un si petit être.

La traque des protecteurs de la faune

L’opération résulte d’une coordination fine entre la région de Gendarmerie de la Bouenza, la direction départementale de l’Économie forestière et le Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage, plus connu sous l’acronyme PALF.

« Chaque sauvetage est une victoire collective », souligne Étienne Pandzou, inspecteur des Eaux et Forêts, qui rappelle que l’alerte citoyenne reste un chaînon essentiel dans la lutte contre les filières de trafic.

Un primate miraculé de la forêt de Kindamba

Le suspect avoue avoir capturé le petit dans la forêt de Kindamba, à près de 150 kilomètres, après que des chasseurs eurent abattu la mère pour la viande de brousse.

Deux mois de route, logé pêle-mêle dans des sacs de farine et ballotté en bus, ont laissé des traces : maigreur, plaies aux poignets, déshydratation avancée.

Pour le primatologue Rodrigue Mabiala, ces traumatismes précoces compromettent l’apprentissage social : « À six mois, un chimpanzé devrait encore s’agripper à sa mère, pas à la grille d’une cage improvisée. »

Les risques judiciaires pour les trafiquants

Le Code congolais de la faune est clair : la détention d’une espèce intégralement protégée peut valoir jusqu’à cinq ans de prison et cinq millions de francs CFA d’amende.

Le prévenu comparaîtra devant le tribunal de grande instance de Madingou dans les prochaines semaines, première étape d’un signal fort contre la criminalité faunique, jugée prioritaire par les autorités judiciaires.

Sanctuaire de Tchimpounga : havre de guérison

Le bébé a déjà rejoint le sanctuaire du Jane Goodall Institute à Tchimpounga, sur la côte atlantique. Le trajet en avion sanitaire a été financé par un fonds d’urgence dédié aux primates orphelins.

Au centre, la vétérinaire Moïra Massamba l’hydrate, traite les blessures et initie une période de quarantaine de 90 jours pour prévenir toute zoonose.

Si la réhabilitation réussit, il rejoindra un groupe de juvéniles de son âge sur une île-forêt où l’équipe pratique un sevrage progressif avant la réintroduction.

Pressions sur les grands primates du Congo

Le bassin du Congo abrite la moitié des chimpanzés d’Afrique centrale, mais les populations déclinent de 80 % dans certaines zones, selon une étude de l’Université Marien-Ngouabi publiée l’an dernier.

La déforestation pour le bois d’œuvre et les cultures de rente, combinée à la chasse commerciale, reste le moteur principal de cette érosion silencieuse.

Les autorités forestières renforcent désormais les patrouilles mixtes et multiplient les campagnes de sensibilisation dans les écoles rurales, tentant de couper l’herbe sous le pied aux réseaux de braconniers.

Science et culture : le langage du chimpanzé

Avec plus de trente vocalisations répertoriées, le chimpanzé communique des informations sur la nourriture, le danger ou l’humeur, un vocabulaire que les chercheurs comparent à un « dialogue codé ».

Cette proximité cognitive fascine les communautés locales, qui intègrent le primate dans des contes initiatiques rappelant l’obligation morale de protéger la forêt-mère.

Comment y aller

Depuis Pointe-Noire, des excursions d’une journée permettent de visiter les îles sanctuaires de Tchimpounga en compagnie des soigneurs, exclusivement sur réservation et hors période de quarantaine des orphelins.

À savoir

Le sanctuaire limite la présence des visiteurs à trois heures afin de ne pas stresser les animaux, et interdit tout contact direct.

Un pourcentage des frais d’entrée est reversé aux villages riverains pour financer des dispensaires et des puits, renforçant l’acceptation locale du programme.

Impact & solutions

Chaque saisie freine la demande et rappelle que la faune n’est pas une marchandise. Toutefois, seule une approche combinant répression, alternatives économiques et éducation peut briser durablement le cercle du trafic.

Le Congo travaille déjà avec ses voisins pour harmoniser les sanctions et suivre électroniquement les saisies, un pas prometteur vers une frontière plus hermétique aux contrebandiers.

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