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À Brazzaville, le 2 avril 2026, une salle s’est remplie de fonctionnaires, d’artisans scieurs et de techniciens forestiers. Tous venaient écouter ce que cache un commerce que la ville consomme sans le voir vraiment.

L’occasion était la restitution finale d’une étude sur la chaîne de valeur du bois domestique en République du Congo (Congo-Brazzaville). Elle s’inscrit dans le projet ASP-MIB, financé par l’Union européenne et coordonné par l’ATIBT-Congo.

Une filière invisible qui irrigue les villes

Chaque planche posée sur un chantier de Pointe-Noire ou de Dolisie raconte un trajet discret. L’enquête a suivi ce fil dans cinq localités : Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Ouesso et Sibiti, du tronçon abattu jusqu’à l’étal urbain.

Les chiffres donnent une mesure rarement énoncée. Selon Catherine Vivien, cheffe de mission, 150 000 m³ de bois scié alimentent chaque année les centres urbains, pour plus de 250 000 m³ prélevés en forêt. L’écart en dit long sur les pertes en chemin.

Derrière ces volumes, des hommes et des femmes travaillent surtout dans l’informel. La plupart n’ont qu’un accès limité à la formation technique, faute de structures pour les accompagner. La filière existe, prospère même, mais reste largement hors des radars officiels.

Ce que l’État ne perçoit pas

L’informalité a un prix, et l’étude tente de le chiffrer. Elle évalue le manque à gagner public à environ un milliard de francs CFA en taxes d’abattage. Deux milliards supplémentaires échappent au fisc sous forme de cotisations sociales non versées.

Ces sommes ne sont pas qu’une ligne comptable. Elles représentent des écoles, des dispensaires, une protection sociale pour des artisans qui en sont aujourd’hui privés. La régularité fiscale, ici, dessine aussi une promesse de dignité professionnelle.

La forêt en première ligne

Au-delà des recettes, c’est l’écosystème forestier qui supporte la pression. L’exploitation artisanale, dispersée et peu encadrée, laisse une empreinte environnementale jugée importante par les auteurs de l’étude. Le bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète, en absorbe les conséquences.

Le constat n’invite pourtant pas au découragement. Mieux connaître les flux, c’est déjà pouvoir les orienter. Une filière cartographiée devient une filière gouvernable, capable de concilier besoins des villes et durée de vie des forêts.

Vers une formalisation patiente

Personne, lors de l’atelier, n’a plaidé pour une interdiction brutale. L’idée défendue est celle d’une formalisation progressive, qui sécurise les revenus des artisans tout en réintégrant la filière dans le cadre légal. Une transition pensée comme un accompagnement, non comme une sanction.

Le gouvernement a posé quelques jalons. Il s’engage à assurer une gestion durable des écosystèmes forestiers et à encourager des investissements responsables. La lutte contre l’exploitation illégale figure également parmi les priorités affichées.

La formation comme levier

Reste le maillon humain, souvent oublié des grandes déclarations. Renforcer la formation professionnelle des artisans et petits producteurs apparaît comme une condition concrète du changement. Un scieur mieux formé coupe moins, perd moins, valorise davantage chaque grume.

Cette montée en compétence pourrait transformer un secteur subi en filière choisie. Les instituts de formation présents à Brazzaville l’ont compris, eux qui ont participé à la restitution aux côtés des organisations artisanales.

Un signal pour le bassin du Congo

L’atelier ASP-MIB n’a pas tout résolu, mais il a nommé l’invisible. En cartographiant une économie longtemps tenue à l’écart, il offre aux autorités congolaises une base solide pour décider. La donnée précède toujours la bonne politique.

Pour les forêts du bassin, l’enjeu dépasse les frontières nationales. Structurer le marché intérieur du bois, c’est protéger une ressource régionale qui concerne toute l’aire CEMAC. Brazzaville vient peut-être d’esquisser un modèle à suivre.

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