Un mouvement panafricain en pleine expansion
Créé en 2022 à Kinshasa, le Forum international de la jeunesse africaine pour le développement de l’Afrique, plus connu sous l’acronyme Fijada, est rapidement devenu une plate-forme de référence pour des milliers de jeunes leaders dispersés sur les deux rives du fleuve Congo.
Son président, Jonathan Lumbeya Masuta, défend l’idée d’une génération capable d’articuler audace entrepreneuriale, conscience écologique et responsabilité citoyenne. Il affirme : « Notre continent dispose d’un dividende démographique inestimable ; il nous appartient de transformer cette énergie en projets tangibles et mesurables ».
La table-ronde organisée le 12 août 2025 à Kinshasa, à l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse, a marqué un tournant. Les recommandations issues des débats, désormais connues sous l’intitulé « Accord vert de la jeunesse africaine », constituent la feuille de route que le Fijada diffuse.
Brazzaville, nouveau carrefour de la jeunesse
Du 23 au 24 août, Brazzaville a accueilli la délégation du Fijada, venue « sur la rive droite » vulgariser ces résolutions. La rencontre s’est déroulée sur l’Allée piétonne Charles-Ebina, non loin de l’Hôtel Saphir, symbole d’ouverture économique dans la capitale congolaise.
Des représentants du Conseil consultatif de la jeunesse, du système onusien et de plusieurs organisations locales ont pris part aux échanges, modérés par Barlain D. Atimakoa et supervisés par l’ancien député José Cyr Ebina. Les hymnes des deux États ont donné au rendez-vous un ton solennel.
Le moment fort fut l’installation officielle de Daniel Biangoud au poste de représentant du Fijada pour le Congo. Sa nomination illustre la stratégie de territorialisation du mouvement : favoriser une présence permanente dans chaque capitale pour assurer le suivi des programmes et l’évaluation de leur impact.
Les axes stratégiques issus de Kinshasa
Mme Deborah Bowa Baïke, ambassadrice du Fijada, a détaillé devant la presse les six piliers de l’Accord vert : éducation environnementale, entrepreneuriat écologique, accès aux technologies propres, participation aux décisions publiques, mobilisation communautaire et plaidoyer pour des politiques climatiques adaptées aux réalités africaines.
Selon l’économiste congolais Patrice Okoumba, invité ponctuel de la rencontre, « ces priorités s’alignent sur les objectifs du Plan national de développement et sur la vision de l’Agenda 2063 de l’Union africaine ». Leur convergence pourrait accélérer l’attraction d’investissements verts dans la sous-région.
Un programme de mentorat a également été officialisé. Des experts seniors du secteur privé accompagneront cent jeunes porteurs de projets verts sur douze mois, avec un suivi rigoureux. Le dispositif entend produire des preuves concrètes pour attirer des financements additionnels issus de partenariats publics-privés.
Convergences avec les priorités nationales
Le Congo-Brazzaville s’est engagé à renforcer l’économie verte à travers son Plan national climat. L’initiative du Fijada s’inscrit dans ce processus, sans remettre en cause les orientations gouvernementales. Au contraire, elle propose un relais social capable de populariser les politiques publiques auprès des jeunes.
L’échange sur la question des visas intra-africains a révélé un consensus : la mobilité constitue un levier de coopération Sud-Sud. Plusieurs participants ont salué les mesures récentes des autorités congolaises visant à simplifier les formalités pour les visiteurs africains participant à des programmes de formation.
Vers une diplomatie juvénile continentale
La délégation a exploré la distinction entre diplomatie et coopération. Jonathan Masuta plaide pour une « diplomatie juvénile », c’est-à-dire l’intégration des jeunes dans les négociations multilatérales. À ses yeux, cette inclusion renforce la légitimité des accords et évite le fossé générationnel souvent observé.
Dans son allocution de clôture, José Cyr Ebina a insisté sur la nécessité de préserver les valeurs culturelles africaines comme socle de cette diplomatie nouvelle. « La modernité ne doit pas rompre avec la tradition », a-t-il rappelé, citant l’exemple des communautés riveraines du fleuve.
Perspectives et enjeux pour 2026
Le Fijada souhaite organiser sa prochaine table-ronde à Brazzaville. Les services du représentant nouvellement installé ont déjà identifié des partenaires institutionnels, notamment le ministère en charge de la jeunesse et l’université Marien-Ngouabi, afin d’ancrer les débats dans le paysage académique local.
L’enjeu principal réside dans la matérialisation des recommandations. Un trophée symbolique, remis à Daniel Biangoud, rappelle l’obligation de résultats. Le rapport complet de Kinshasa servira de document de référence pour mesurer les avancées, avec un rapport intermédiaire prévu lors du deuxième trimestre 2026.
Les observateurs régionaux estiment que la dynamique lancée par le Fijada pourrait servir de matrice à d’autres initiatives intergénérationnelles. Les diplomates présents voient dans cette démarche une opportunité d’harmoniser les politiques environnementales entre les deux Congo, tout en consolidant la paix et la prospérité transfrontalière.
En toile de fond, le sommet des Trois Bassins forestiers prévu l’an prochain à Brazzaville offre une vitrine mondiale. Si la jeunesse se mobilise, elle pourrait peser dans les négociations globales sur le climat, en phase avec la trajectoire fixée par les autorités.




