Un diagnostic attendu des réseaux invisibles
Sous les avenues haussées de Baobabs, Brazzaville dissimule un entrelacs de canalisations souvent inconnues de ceux qui les exploitent. L’héritage colonial, les extensions successives et des décennies de travaux ponctuels ont rendu la photographie souterraine presque illisible. Pour Juste Désiré Mondélé, ministre de l’Assainissement urbain, la maîtrise de cet univers souterrain conditionne désormais la qualité de vie citadine ainsi que la prévention des risques sanitaires et hydrologiques. « Il nous faut avoir la cartographie exacte pour pouvoir anticiper », a-t-il confié en marge de sa rencontre avec la délégation française (ACI, 30 juillet 2024).
La proposition faite par le groupe Nova Detect consiste précisément à effectuer ce relevé exhaustif, en agrégeant détection géophysique, imagerie 3D et gestion de données à haute résolution. Forte de quinze années d’expérience sur des villes françaises au tissu urbain comparable, l’entreprise estime pouvoir établir une base de données fondatrice pour le futur schéma directeur d’assainissement du Congo-Brazzaville.
Des solutions numériques pour une ville résiliente
L’innovation technologique constitue le cœur de la méthode Nova. L’outil Mappia, sur lequel s’appuient les ingénieurs, centralise les informations issues des capteurs pour produire des atlas dynamiques. Couplé à la start-up Mimo Detect, capable de tripler la vitesse de détection des fuites d’eau grâce à l’intelligence artificielle, le dispositif promet de réduire les pertes en réseau et de sécuriser les chantiers routiers. Chaque excavation pourra dès lors s’appuyer sur un modèle prédictif qui localise en temps réel conduites, câbles et regards.
En filigrane, c’est l’enjeu de la résilience urbaine qui se dessine. À l’heure où les épisodes pluviométriques extrêmes deviennent plus fréquents sur le bassin du Congo, la montée en compétence numérique des services municipaux devrait limiter les inondations chroniques, délester le budget de la réparation d’urgence et préserver la nappe phréatique.
Un partenariat public-privé sous le signe de la durabilité
Bien qu’au stade exploratoire, la coopération entre Brazzaville et Nova réunit déjà plusieurs stratèges financiers. L’Agence française de développement, pressentie comme partenaire structurant, pourrait mobiliser des instruments mixtes associant prêts concessionnels et subventions d’assistance technique. Le montage viserait à garantir la souveraineté des données tout en laissant à la partie congolaise la gouvernance opérationnelle du projet.
« Nous voulons nous tenir aux côtés du Congo comme de véritables partenaires, pas seulement comme prestataires », a insisté Olivier Aurojo, chef de la délégation et maire de Charly, soulignant une logique de transfert de technologie. Cette philosophie répond aux priorités fixées par le Plan national de développement 2022-2026, qui privilégie la création de valeur locale et la montée en gamme des compétences nationales.
Enjeux socio-économiques et diplomatiques d’une cartographie fiable
L’amélioration de l’accès à l’eau potable et la réduction des fuites pourraient, selon des projections internes au ministère, faire gagner jusqu’à un point de croissance supplémentaire au secteur urbain, en libérant des ressources budgétaires et en accroissant la productivité des ménages. Sur le plan social, une diminution des maladies hydriques renforcerait les indicateurs de santé publique, déjà en progrès depuis la mise en œuvre des programmes Eau pour Tous.
Sur le terrain diplomatique, l’initiative consolide la coopération franco-congolaise autour d’un chantier tangible, loin des seules déclarations d’intention. À l’heure où la compétition géopolitique pour les infrastructures urbaines s’intensifie sur le continent, Brazzaville choisit ainsi de diversifier ses partenariats tout en gardant la main sur le pilotage stratégique. Le président Denis Sassou Nguesso, qui avait fait de la modernisation des infrastructures un axe majeur lors de son discours de Ouesso, trouve ici un prolongement concret à ses orientations en matière de développement durable.
La vigilance demeure néanmoins de mise sur la gouvernance des données, sujet sensible partout où les smart cities se déploient. Les autorités congolaises entendent encadrer juridiquement la gestion des informations collectées, afin qu’elles servent prioritairement l’intérêt public et demeurent accessibles aux institutions académiques nationales. Cet équilibre entre ouverture et souveraineté sera déterminant pour la pleine acceptation du projet par la société civile.





