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Un pari sanitaire de dix ans

Le ministre de l’Assainissement urbain, Juste Désiré Mondelé, a posé le décor : « L’assainissement, c’est la base même du bien-être ». Sous son impulsion, le Congo se dote pour la première fois d’un plan national de nettoyage et de gestion des déchets couvrant 2025 à 2035.

Le document cible d’abord la réduction des maladies hydriques et respiratoires, encore responsables de milliers de consultations chaque année. Les ingénieurs estiment qu’une baisse de 60 % des foyers d’infection est envisageable si la collecte des ordures atteint tous les quartiers.

Outre l’aspect sanitaire, la feuille de route veut restaurer l’esthétique urbaine. Les avenues seront régulièrement balayées, les caniveaux curés avant la saison des pluies et les marchés dotés de stations de tri. L’État promet une continuité budgétaire sur dix exercices.

Brazzaville, ville pilote et vitrine

Capitale et laboratoire, Brazzaville absorbe 40 % de l’enveloppe. Dans les arrondissements de Makélékélé et Moungali, des dépôts sauvages jalonnent encore les ruelles sablonneuses. Les premiers bulldozers y entreront dès janvier pour dégager 120 hectares de déchets historiques.

Augustin Benazo, élu de la Lékoumou, applaudit l’approche graduelle : « Sans orientation précise, les fonds se dispersent. Ce plan nous oblige à viser les points noirs d’abord ». Les étudiants de l’Institut national des travaux publics suivront les chantiers comme travaux pratiques.

Le plan prévoit aussi des espaces verts tampons. Le front de fleuve bénéficiera d’une ceinture arborée de deux kilomètres afin de filtrer les poussières, offrir de l’ombre et créer une promenade pour les familles. Les architectes y voient déjà un futur poumon touristique.

Gouvernance et financements verts

La réussite dépendra d’une gouvernance partagée. Quinze communes signeront des contrats-objectifs avec l’État, qui libérera les subventions en fonction d’indicateurs trimestriels : tonnage collecté, taux de réutilisation, campagnes de sensibilisation menées.

Pour sécuriser les budgets, Brazzaville compte sur la Banque africaine de développement et l’Unicef. Leur appui couvrira l’achat de matériel roulant, la formation de 2 000 agents et la mise en place d’un système SIG destiné à géolocaliser les poubelles pleines.

Les autorités souhaitent également attirer le secteur privé. Des exonérations fiscales de cinq ans sont offertes aux entreprises prêtes à transformer le plastique en pavés ou le biodéchet en compost. Ces produits devront réintégrer le marché local, bouclant la boucle circulaire.

Population témoin : la bataille de l’éducation

Les meilleurs camions ne suffisent pas si les sacs finissent toujours dans les caniveaux. À Talangaï, des médiateurs recrutés dans les associations de quartier frappent déjà aux portes pour expliquer les nouveaux calendriers de collecte.

L’école devient l’autre front. Un module « Ville propre » arrive dans les programmes du primaire ; les enfants apprendront à différencier un déchet organique d’un métal recyclable. « Ce sont eux qui influenceront les parents », assure la pédagogue Clémentine Mbemba.

Des radios communautaires diffuseront chaque semaine des messages en lingala et en kituba pour toucher les marchés périphériques. Les autorités misent sur ce maillage linguistique afin que personne ne se sente exclu de l’effort collectif.

Impact & solutions

En dix ans, les auteurs du plan tablent sur un gain de deux ans d’espérance de vie urbaine, grâce à la chute des diarrhées et des crises d’asthme. L’Agence congolaise de transition écologique mesurera chaque semestre la qualité de l’air et des eaux.

Les données serviront à ajuster les solutions : renforcer les camions là où les volumes explosent, développer des mini-usines de compostage à proximité des marchés, ou encore implanter des bornes à chaleur solaire pour stériliser les déchets médicaux.

À savoir

Le coût global, encore non divulgué, sera ventilé entre budget national, prêts concessionnels et dons internationaux. Un comité de transparence publiera chaque année un rapport financier, disponible en ligne et en mairie, pour rassurer partenaires et riverains.

Le texte réglementaire précise que jeter un sac dans la rue sera puni d’une amende équivalente à deux jours de salaire minimum. Les premiers procès-verbaux sont attendus après une période de tolérance de six mois, le temps d’installer les bacs publics.

Comment y aller

Brazzaville est desservie par l’aéroport Maya-Maya, à quinze minutes du centre. Les visiteurs intéressés par les chantiers écologiques peuvent demander un laissez-passer auprès de la mairie centrale. Des circuits pédestres longent déjà le fleuve, futurs témoins d’une capitale plus propre.

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