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Tribunaux du fleuve : deux dossiers brûlants

Mi-octobre 2025, les salles d’audience d’Owando et d’Impfondo se sont remplies d’un public curieux. Deux prévenus y répondent d’accusations graves : avoir transporté et tenté de vendre des trophées d’espèces intégralement protégées.

Ces procédures, rares par leur médiatisation, montrent la détermination des autorités judiciaires à assécher des filières qui rongent la biodiversité congolaise.

Circuit clandestin de l’ivoire démantelé

Le premier dossier démarre le 29 novembre 2024 dans une ruelle d’Owando. Les gendarmes épinglent un homme portant trois défenses d’éléphanteaux soigneusement emmaillotées dans un sac d’engrais.

D’après l’enquête, la marchandise venait d’Etoumbi, à trois cent kilomètres, transportée de nuit par taxi-brousse. « Il espérait toucher deux millions de francs », confie un enquêteur sous couvert d’anonymat.

Griffes, peaux et écailles à la barre

À Impfondo, c’est une commerçante réputée pour ses pagnes qui est arrêtée le 25 août 2025. Dans sa malle, les agents découvrent deux peaux de panthère, quatre kilos d’écailles et vingt-trois griffes de pangolin géant.

La prévenue affirme avoir agi « par nécessité ». Le procureur rétorque que le pangolin est l’espèce la plus braconnée du pays, un symbole à protéger absolument.

Des peines qui montent en puissance

La loi congolaise prévoit jusqu’à cinq ans de prison et cinq millions de francs CFA d’amende pour ce type de délits. Depuis 2022, les juges prononcent de plus en plus souvent le maximum prévu.

Maître Nzaba, avocat au barreau de Brazzaville, estime que « la sévérité récente envoie un signal fort aux réseaux criminels régionaux ».

PALF et gendarmerie : tandem antifraude

Les deux opérations ont été montées par la gendarmerie et le Service des eaux et forêts, avec l’appui technique du Projet d’appui à l’application de la loi sur la faune sauvage, le PALF.

Créé en 2008, ce programme forme les enquêteurs, numérise les scellés et suit les dossiers jusqu’au jugement, limitant les fuites habituelles.

Effets domino sur les écosystèmes

Perdre deux jeunes éléphants signifie perdre demain des semeurs de graines qui entretiennent les clairières naturelles. La disparition d’une panthère libère des populations de rongeurs et bouleverse la chaîne alimentaire.

Conserver ces espèces, c’est maintenir l’équilibre des forêts qui stockent du carbone et régulent le climat régional.

Éclosion d’initiatives locales

À Owando, des élèves du lycée Nganga-Éboune ont lancé une radio scolaire pour sensibiliser contre le braconnage. Ils diffusent en langue mbochi et français des messages simples : « Un éléphant vivant vaut plus qu’une défense ».

À Impfondo, des piroguiers proposent désormais des excursions d’observation responsable. Chaque touriste verse 1 000 francs à un fonds villageois dédié à la surveillance communautaire.

Regards des communautés riveraines

Félix, pêcheur à Mokengué, reconnaît que « l’éléphant attire des chercheurs et de l’emploi ». Il soutient les patrouilles mixtes, mais réclame des alternatives économiques fiables.

De son côté, Mama Suzanne, artisane, vend des bijoux en graines d’okoumé plutôt qu’en écailles. « On peut gagner sa vie sans toucher aux espèces sacrées », assure-t-elle.

Impact & solutions

Le renforcement des contrôles routiers et fluviaux a fait baisser de 20 % les saisies d’ivoire entre 2023 et 2025, selon le ministère de l’Économie forestière.

Pour maintenir l’élan, ONG et autorités testent la géolocalisation des plaques d’immatriculation suspectes et déploient des bornes de dénonciation anonyme dans les marchés périphériques.

À savoir

La République du Congo classe l’éléphant de forêt, la panthère et le pangolin géant comme espèces intégralement protégées. Toute possession est interdite, même en souvenir.

Les tentatives de corruption d’agent de contrôle constituent un délit distinct, punissable jusqu’à deux ans d’emprisonnement.

Comment y aller

Owando est accessible par la route nationale 2 depuis Brazzaville en quinze heures ou par vol hebdomadaire domestique de deux heures.

Impfondo se rejoint par avion ou par le fleuve Oubangui au départ de Brazzaville. Les voyageurs doivent se munir de leur carnet de vaccination et respecter les zones de conservation.

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