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Un grand ménage urbain à Poto-Poto et Bacongo

À l’aube du 4 décembre, les camions-bennes ont investi les artères centrales de Poto-Poto puis de Bacongo, escortés par un cordon policier. Le ministre de l’Assainissement urbain Juste Désiré Mondélé a lancé, mégaphone à la main, une nouvelle phase de déguerpissement visant kiosques sauvages et épaves.

Sous les bâches arrachées se révélaient trottoirs longtemps confisqués par l’informel. Les passants, d’abord surpris, saluaient l’espace retrouvé. « Cette fois, on voit le ciel », lâche Mireille, vendeuse de pagnes relogée au marché voisin, tandis que les ouvriers posaient des rubans de signalisation.

Des mois de dialogue avant le passage des bulldozers

La mairie rappelle que ce coup d’éclat n’est pas improvisé. Depuis juin, une équipe sillonne les quartiers pour expliquer le bien-fondé de l’opération, proposer des étals réglementés et dresser un inventaire des commerces mobiles. Près de 1 800 propriétaires ont signé un formulaire de relocalisation.

Pourtant, chaque lever de rideau voyait revenir les étals en quinconce et les kiosques de mobile money posés sur la chaussée. « Nous avons privilégié la pédagogie, mais la résilience de l’incivisme nous oblige à agir », confie un cadre de la Direction de l’assainissement.

Les kiosques de mobile money, apparus à chaque coin de rue ces dernières années, figuraient parmi les constructions ciblées. Leur démantèlement, effectué en présence d’huissiers, vise aussi à assainir le paysage financier informel et à rapprocher les opérateurs des normes de cybersécurité exigées.

La sécurité routière au cœur des attentes

Au-delà de la propreté, l’enjeu est sécuritaire. Les rues Jean-Félix-Tchicaya et Boko ont enregistré plusieurs collisions entre taxis et piétons, liées à la réduction de visibilité. Drostan Goma, riverain de Poto-Poto, résume l’inquiétude : « Vendre au ras du bitume, c’est risquer un drame ».

Selon les chiffres communaux, six accidents corporels ont été évités depuis que la berge d’étalage a disparu sur cent mètres. Le ministère mise sur un couloir piéton dégagé pour favoriser la marche et désengorger les bus, un objectif qui rejoint les engagements nationaux pour la mobilité durable.

Pourquoi les marchés officiels peinent à séduire

Reste le casse-tête du marché Bernard Kolélas, flambant neuf mais clairsemé. L’intérieur climatisé offre eau, sanitaires et vidéosurveillance ; l’extérieur, lui, bénéficie d’un flux permanent de clients pressés. « On chasse aujourd’hui, ils reviennent demain », soupire un agent municipal en disposant des barrières.

Plusieurs vendeuses reconnaissent la qualité du bâtiment mais pointent le coût du ticket journalier et l’absence de signalétique pour attirer la clientèle à l’étage. Le collectif d’usagers réclame un accompagnement commercial : animation, éclairage nocturne et dessertes de bus adaptées aux heures de pointe.

La ville, le fleuve et la propreté

L’opération s’inscrit dans un chantier plus vaste : rendre la capitale plus respirable, de ses trottoirs jusque sur les berges du fleuve Congo. La suppression des épaves réduit les rejets d’huiles usagées, tandis que la libération des caniveaux évite les inondations saisonnières, rappelle l’Agence municipale d’hygiène.

Ces actions locales complètent le programme national Ville propre , qui encourage le tri sélectif et l’embellissement participatif. La Coordination jeunesse verte a déjà mobilisé cinq écoles pour repeindre les murs libérés de Poto-Poto avec des fresques célébrant les mangroves et la faune du bassin.

Comment y aller

Poto-Poto et Bacongo se rejoignent facilement en bus n°1 depuis la gare centrale ; descendre à l’arrêt Marché-Total. Les taxis-ketch identifiables par leur bande verte ne peuvent plus stationner sur les trottoirs, mais les nouvelles aires de délestage sont fléchées à chaque carrefour.

À savoir

Les commerçants relocalisés doivent présenter une attestation délivrée par la mairie pour accéder aux nouveaux étals. L’horaire officiel d’installation débute à 5 h 30. Les sanctions pour occupation illégale varient de 10 000 à 25 000 francs CFA, amende payable au guichet unique de l’arrondissement.

Impact & solutions

Depuis 2019, la qualité de l’air est mesurée rue Mbochis par une station partenaire de l’OMS. Les premières analyses post-opération indiquent une baisse de 12 % des particules liées aux activités de cuisson sur trottoir. Le ministère envisage d’étendre l’action à Ouenzé et Talangaï.

Les organisations de quartier plaident pour un fonds de microcrédit dédié à la modernisation des stands, afin d’éviter le retour au bitume. Le cabinet Mondélé étudie la création d’un label Commerce urbain responsable, qui offrirait un loyer réduit aux vendeurs respectant les normes environnementales.

Dans les écoles, des ateliers d’éducation civique expliquent désormais aux enfants la différence entre espace public et espace marchand. « Nous formons les ambassadeurs de la ville propre de demain », souligne la directrice de l’école Plateau 1, heureuse de récupérer un trottoir pour les sorties.

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