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Une feuille de route inclusive pour le climat

Les dernières chaises se referment dans la salle du ministère, mardi soir, lorsque la ministre Arlette Soudan-Nonault déclare la validation officielle de la Contribution déterminée au niveau national 3.0, troisième feuille de route climatique de la République du Congo.

Au-delà de la technicité, la responsable salue un processus où ONG, chercheurs, femmes, jeunes et peuples autochtones siègent à la même table. « Personne ne doit rester au bord du chemin », glisse-t-elle, revendiquant un modèle participatif rarement atteint dans la sous-région.

Un budget de 8,92 milliards à mobiliser

Le document fixe des objectifs concrets : réduction d’au moins 48 % des émissions projetées d’ici 2030, relance massive des plantations et électrification plus propre. Pour y parvenir, l’État estime à 8,92 milliards de dollars les besoins, dont 80 % recherchés à l’international.

Cette somme impressionne, mais elle représente à peine 0,5 % des flux mondiaux vers l’action climatique. Brazzaville mise sur un cocktail d’aides publiques, de partenariats privés et de marchés carbone pour boucler l’enveloppe sans alourdir la dette publique déjà contenue.

Conforter le rôle de puits de carbone

Avec ses forêts équatoriales et ses tourbières géantes, le Congo absorbe bien plus de CO₂ qu’il n’en émet. La Cdn 3.0 entend consolider ce statut grâce à un suivi satellitaire accru, une lutte renforcée contre l’exploitation illégale et des projets pilotes d’agro-foresterie communautaire.

Le récent sommet de Belém, sur les berges de l’Amazone, a rappelé le rôle vital des bassins tropicaux. « Les forêts du Congo sont notre bouclier climatique, elles méritent la même attention que l’Amazonie », affirme le climatologue René Malonga, présent lors des discussions.

Accélérer grâce à l’article 6 de Paris

Brazzaville parie sur les volets 6.2 et 6.4 de l’Accord de Paris, qui autorisent les échanges de crédits carbone entre États et entreprises. Un mécanisme encore en rodage, mais capable, selon le ministère, de générer plus de 200 millions de dollars par an.

La ministre insiste : « Nous ne braderons pas nos puits. Chaque tonne vendue devra financer un projet concret chez nous, qu’il s’agisse de panneaux solaires, de routes rurales ou d’écoles. » Un comité national de supervision sera institué d’ici la mi-2024.

Foresterie: la Décennie prend racine

La proclamation par l’ONU de la Décennie pour l’afforestation et le reboisement, proposée par le Président Denis Sassou-Nguesso, offre un cadre planétaire. Elle devrait attirer des appuis techniques supplémentaires et inscrire la Cdn 3.0 dans une dynamique qui dépasse les frontières nationales.

Femmes, jeunes et peuples autochtones

Le document donne aux associations de femmes un rôle clé dans le suivi des projets, notamment la distribution de foyers améliorés en milieu rural. « Nous savons convaincre les ménages parce que nous gérons le bois de cuisson au quotidien », explique Josiane Mbou, coordinatrice d’un réseau local.

Chez les jeunes, un programme de pépinières scolaires est prévu: chaque lycée devra gérer mille plants avant la remise des diplômes. Les communautés autochtones, elles, obtiennent un droit de véto consultatif sur tout projet dans leurs terroirs ancestraux, un pas salué par leurs représentants.

Le secteur privé appelé en renfort

Les industriels forestiers et pétroliers présents dans le pays sont encouragés à réinvestir 1 % de leur chiffre d’affaires dans les projets Cdn. Des exonérations fiscales temporaires, adossées à des résultats mesurés, doivent rendre l’opération attractive sans peser sur le budget national.

Déjà, la Société nationale des pétroles du Congo a promis le financement d’un corridor vert reliant Pointe-Noire aux Plateaux. La chambre de commerce franco-congolaise annonce, elle, un fonds de garantie de dix millions d’euros pour soutenir les PME spécialisées dans la valorisation des déchets.

Comment y aller

Un vol régulier relie Paris, Addis-Abeba ou Casablanca à Brazzaville, porte d’entrée des visites terrain organisées par le ministère. Les sites pilotes les plus proches, dans la périphérie de Kintélé, se rejoignent en trente minutes de route. Des guides formés expliquent chaque étape de reboisement.

À savoir

La saison sèche, de juin à septembre, offre des pistes praticables pour se rendre sur les parcelles expérimentales. Les autorisations photo doivent être demandées auprès de la direction de la communication environnementale au moins deux semaines avant la mission.

Impact & solutions

Si elle atteint ses cibles, la Cdn 3.0 éviterait l’émission cumulative de 90 millions de tonnes de CO₂ et créerait vingt-cinq mille emplois verts d’ici 2030. Le contrôle indépendant, prévu tous les deux ans, permettra de corriger le tir et de maintenir la confiance.

Au-delà du climat, ces actions protègent la biodiversité du bassin du Congo, source d’eau, de pharmacopées locales et de séquestration naturelle. « Garder la forêt vivante, c’est garder nos cultures vivantes », résume le chef Mbendé, engagé dans un projet de cartographie participative.

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