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Brazza-la-verte, un surnom qui s’efface

Sous le regard du fleuve Congo, Brazzaville a longtemps brillé par ses avenues ombragées et ses bougainvillées flamboyantes. Les anciens se souviennent d’une ville-jardin dont la fraîcheur atténuait la chaleur équatoriale.

Depuis deux décennies, la poussée démographique, l’urbanisation rapide et l’usage massif de plastiques ont bouleversé ce tableau. Les marchés débordent désormais de sacs froissés que le vent pousse vers les caniveaux.

Au premier orage, ces déchets bouchent les drains et transforment les artères en rivières boueuses. Les habitants parlent avec amertume de « Brazza-la-Poubelle », un trait d’humour tristement réaliste.

Une septuagénaire lance l’alerte en vers

Touchée par ce spectacle, Saro, 75 ans, a couché sa colère et son espoir dans un poème confié à quatre proches : Itoua, Mboungou, Tati et Yakamambu. « Hier elle était belle, aujourd’hui elle implore nos bras », résume-t-elle dans sa missive.

Le texte circule sur WhatsApp et réunit rapidement plus de mille partages. « Ces vers nous parlent parce qu’ils ne condamnent pas, ils appellent à réparer », confie la photographe Diane Kodia, qui illustre chaque strophe par des clichés contrastant fleurs éclatantes et tas d’ordures.

Jeunes collectifs, startups, mairie : l’alliance inédite

À Makélékélé, le collectif Ma Rue Propre organise désormais des tournées hebdomadaires. Munis de gants recyclés, des dizaines de bénévoles trient déchets organiques et plastiques pour les remettre à GreenLoop, une startup locale de valorisation.

GreenLoop transforme les bouteilles en pavés de trottoir. « Chaque tonne récupérée couvre dix mètres carrés ; notre rêve est de paver tout le marché Total », explique son cofondateur Junior Okou.

La mairie centrale soutient l’initiative en fournissant des bennes et en exemptant de taxes les transporteurs partenaires. Le maire, Dieudonné Bantsimba, voit là « un modèle où citoyen, entreprise et administration avancent ensemble pour le bien de tous ».

Impact & solutions

Depuis janvier, douze points noirs identifiés par l’Agence municipale de salubrité affichent une baisse de 40 % des déchets visibles, selon le dernier rapport Semaines Propres.

Les jardins publics rouvrent progressivement : place de la Gare, les familles pique-niquent sous les flamboyants, symbole d’un changement tangible. Les équipes de terrain plantent simultanément des arbres pour absorber le CO₂ et renforcer l’ombre urbaine.

À moyen terme, un projet de compostage des restes de marché vise à fournir de l’engrais aux maraîchers de Djiri. « Transformer le problème en ressource », martèle la biologiste Léa Moundélé, consultante du programme.

À savoir avant de jeter

Dans la capitale, jeter un sac plastique sur la voie publique est passible d’une amende allant jusqu’à 10 000 FCFA, rappelle la campagne radios portée par le ministère de l’Environnement.

Les points de collecte agréés affichent désormais des horaires prolongés, de 6 h à 20 h, pour s’adapter aux rythmes des travailleurs. Chacun peut y déposer plastique, verre et piles usagées sans frais.

Comment y aller et voir la mobilisation

Les visiteurs peuvent rejoindre Makélékélé en taxi collectif depuis le centre-ville pour 500 FCFA. Les sessions de nettoyage se tiennent chaque samedi dès 7 h 30, rendez-vous devant l’église Saint-Pierre.

Photographes et curieux sont invités à venir équipés de gants et d’un sac réutilisable. Ils repartent souvent avec une image forte : celle d’habitants fiers de rendre à Brazzaville son visage de cité-jardin.

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