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Cités au bord de la rupture

Chaque saison s’étire un peu plus sur les collines rougeâtres de Brazzaville: pluies diluviennes, fissures, coulées de sable. Dans les quartiers périphériques, les familles déplacent leurs meubles d’année en année, chassées par les ravines et les inondations.

Lors d’une conférence-débat tenue le 6 octobre à Kintélé, étudiants, urbanistes et décideurs ont dressé le constat : l’architecture peut devenir un rempart, pour peu que l’investissement suive et que l’on redonne la priorité aux plans directeurs.

Le rôle clé de l’ISAUBTP

L’Institut supérieur d’architecture, d’urbanisme, de bâtiment et de travaux publics, plus connu sous l’acronyme ISAUBTP, a profité de la Journée mondiale de l’habitat pour replacer la question du logement décent au cœur du débat national et régional.

Ses chercheurs ont mis en avant des scénarios d’investissement gradué, évoquant des partenariats public-privé capables de produire 10 000 logements verts par an, avec toitures solaires, récupération d’eaux pluviales et matériaux locaux à faible empreinte carbone.

Brazzaville et Pointe-Noire, plans à réécrire

Les participants ont rappelé que les plans directeurs de Brazzaville et Pointe-Noire datent de l’époque coloniale, époque où la population n’atteignait pas un demi-million d’habitants et où la voiture individuelle se faisait rare.

Aujourd’hui, ces deux métropoles totalisent plus de trois millions d’âmes, coincées entre collines instables et lagunes, tandis que les grands axes routiers se prolongent sans égards pour les zones humides ou les couloirs d’écoulement des pluies.

La conférence recommande de réviser ces schémas en inscrivant des corridors verts, d’élargir les collecteurs d’eau et de sanctuariser les berges du fleuve Congo comme poumons et boucliers naturels contre les crues soudaines.

Le poids du climat

Selon le professeur Narcisse Malanda, la température moyenne du pays a augmenté de 0,07 % en cinquante ans, accentuant les épisodes de pluie de 20 % et multipliant les glissements de terrain dans les zones loties sans étude géotechnique.

Le Congo occupe désormais le 48e rang des États les plus vulnérables aux dérèglements climatiques et se classe 8e parmi les moins préparés, tandis que la croissance démographique avoisine 10 % par an, précise le même expert.

Architectes au front

Face à ce constat, les architectes congolais mobilisent leurs carnets de croquis sur les terrains sinistrés; ils y esquissent des maisons sur pilotis, des chaussées perméables et des toitures capables de stocker cinquante millimètres de pluie en une heure.

« Nous devons bâtir pour les ouragans de demain, pas pour la météo d’hier », insiste l’architecte Gisèle Obili, citant des projets pilotes menés à Makélékélé où des briques en latérite compressée ont réduit le coût des murs de moitié.

Voix des habitants

Dans le quartier Mbouono, Thérèse, couturière, confirme que chaque averse transforme la rue en torrent. « Nous avons perdu deux machines l’année dernière ; si les rigoles étaient curées, nous pourrions travailler sans craindre l’eau », confie-t-elle.

Des collectifs de jeunes proposent déjà du pavage artisanal en blocs perméables fabriqués à partir des déchets plastiques récupérés sur les berges; une initiative qui, selon l’ISAUBTP, pourrait absorber 15 % des sachets jetés chaque mois dans la capitale.

Comment y aller

Kintélé se rejoint en trente minutes de route depuis le centre de Brazzaville via la RN2; les bus publics s’arrêtent devant le campus universitaire, tandis que des taxis-brousse partent du rond-point Moungali toutes les heures pour un tarif modéré.

À savoir

La saison des pluies s’étend de novembre à mai; les visites de projets d’habitat se programment de préférence le matin, avant les averses, et prévoient des bottes ainsi qu’un imperméable léger.

Impact & solutions

La reconstruction des grands collecteurs, annoncée par les autorités, pourrait protéger 400 000 riverains des crues si elle s’accompagne d’un contrôle rigoureux des remblais et d’un relogement temporaire pendant les travaux, estiment plusieurs urbanistes.

À plus long terme, un fonds de résilience urbaine, alimenté par la taxe carbone naissante et les bailleurs multilatéraux, doit soutenir l’entretien régulier des drainages et la formation des artisans aux normes parasismiques et bioclimatiques.

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