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Un Chan au goût amer

Sous le soleil accablant de Bouaké, les Diables rouges du Congo ont refermé leur campagne du Chan 2024 sur une défaite 0-2 face au Nigeria. Au-delà du score, cette sortie précoce interroge la trajectoire d’un football national en quête de renaissance.

La phase de groupes s’achève avec deux points et aucune victoire, comme en 2022. Officiellement, l’objectif affiché restait la qualification pour les quarts. Cet horizon s’est brusquement éloigné après les frappes d’Anas Yusuf, puis d’Alimi, dans les ultimes minutes ivoiriennes.

Le Congo termine ainsi derrière le Soudan, le Sénégal et le Nigeria, une hiérarchie logique selon plusieurs techniciens africains. « Nos joueurs ont payé leur fébrilité dans les zones décisives », confie un entraîneur sénégalais, louant néanmoins « leur discipline tactique jusqu’à l’épuisement ».

Des circonstances sportives complexes

Avec seulement trois rencontres internationales disputées depuis janvier, le groupe manquait clairement de rythme. Les indicateurs physiques, collectés par le staff médical, ont confirmé une baisse d’intensité dès la soixantième minute, accréditant la thèse d’un déficit compétitif plutôt que d’un problème mental.

Au cours du premier match, un but annulé contre le Soudan pour un hors-jeu millimétrique a également pesé. La VAR, introduite pour cette édition, a joué son rôle, mais la frustration demeure chez les supporters qui voyaient là une occasion de lancer la dynamique.

L’échec face au Nigeria s’explique aussi par la profondeur de banc adverse. Les Super Eagles locaux ont pu injecter deux attaquants frais, tandis que l’encadrement congolais, confronté à des blessures musculaires, a dû improviser des repositionnements défensifs qui ont dilué l’impact offensif escompté.

La gestion des primes, réglée tardivement avant le dernier match, a fait couler beaucoup d’encre. La fédération évoque un simple contretemps bancaire. Les joueurs, eux, assurent que « tout a été réglé avant le coup d’envoi », refusant de se réfugier derrière cet épisode.

Enjeux structurels du football congolais

Cette élimination relance le débat sur la compétitivité du championnat national. Suspendu trois mois en 2023 pour raisons sanitaires, le calendrier n’a été complété qu’en juin, compressant la préparation. Les analystes plaident pour une refonte des dates afin d’éviter l’asphyxie des organismes avant les tournois.

Plus globalement, les centres de formation peinent à retenir les talents qui migrent tôt vers l’étranger. Cette hémorragie exige, selon l’économiste du sport Lydie Makosso, « un plan d’incitations fiscales pour les clubs et une sécurisation des carrières locales » afin de densifier la base compétitive.

Le ministère des Sports rappelle toutefois que la rénovation de trois stades régionaux est en cours, financée par une enveloppe public-privé d’environ 25 milliards de francs CFA. L’objectif est d’offrir aux équipes locales des pelouses homologuées et des installations médicales conformes aux standards de la CAF.

En parallèle, la fédération s’appuie sur des partenariats universitaires pour introduire la data-analyse dans les clubs élite. Un premier séminaire, animé par l’Insep, a formé vingt analystes vidéos. L’ambition est d’objectiver la sélection et d’acclimater les joueurs aux exigences tactiques contemporaines.

Réactions institutionnelles mesurées

À Brazzaville, le ton reste constructif. Le ministre Hugues Ngouélondélé a salué « la combativité d’un groupe en transition » avant d’annoncer la convocation rapide d’un audit technique. L’idée est de tirer des enseignements, sans tomber dans la stigmatisation, en vue des éliminatoires de la CAN 2025.

Du côté des dirigeants de clubs, la Ligue pointe un problème de mutualisation des ressources. « Nos meilleurs éléments disputent souvent deux compétitions parallèles », estime son président, appelant à une harmonisation des calendriers entre ligue nationale, championnats universitaires et tournois corporatifs afin d’alléger la charge.

Les supporters, pour leur part, ont accueilli les joueurs à l’aéroport Maya-Maya sans débordements, brandissant des banderoles où l’on pouvait lire « On bâtit ensemble ». Un signe de maturité qui tranche avec les scènes observées ailleurs sur le continent après des éliminations précoces.

Perspectives régionales et continentales

Malgré la sortie prématurée, certains voyants demeurent au vert. Le gardien Christ Illoki figure dans l’équipe-type de la phase de groupes publiée par la CAF. Son ratio de parades, supérieur à 80 %, atteste que des individualités émergent et peuvent constituer le socle d’une reconstruction.

À court terme, le staff parie sur deux fenêtres FIFA pour organiser des amicaux face à des adversaires classés dans le top 20 africain. L’objectif est de consolider les automatismes et de tester des jeunes issus du championnat U-17 qui vient de livrer une génération jugée prometteuse.

À moyen terme, les projecteurs se tournent déjà vers les Jeux africains 2027, où Brazzaville pourrait présenter une sélection majoritairement locale. Pour l’anthropologue du sport Jean-Claude Nganga, « le Chan doit être vu comme un laboratoire ». Reste à transformer l’expérience en capital social durable.

Sur le plan diplomatique, la tenue sans incident majeur du groupe D renforce la crédibilité du pays hôte vis-à-vis des instances internationales. Une participation congolaise compétitive, même écourtée, reste perçue comme un vecteur d’image positive pour la sous-région.

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