Brazzaville mise sur une relance partenariale
La diplomatie économique belge connaît un nouvel élan : une délégation de chefs d’entreprises est attendue à Brazzaville et à Pointe-Noire en octobre. L’annonce, faite par le chargé d’affaires a.i Alexandre Gianasso, illustre la vitalité du dialogue entre Bruxelles et le Congo.
Cette mission constitue la première étape opérationnelle après la visite à Oyo du vice-Premier ministre belge Maxime Prévot, reçu par le président Denis Sassou Nguesso. Les deux capitales veulent transformer la convergence politique affichée en retombées économiques tangibles, selon les diplomates.
Le Royaume s’affiche déjà comme troisième exportateur vers le Congo et neuvième importateur des biens congolais. L’objectif consiste à hisser ces classements grâce à une accélération des échanges, tout en positionnant la Belgique comme guichet d’accès européen aux produits et projets brazzavillois.
Des secteurs clés dans la ligne de mire belge
Les entreprises annoncées couvrent l’énergie, le transport, la logistique, la santé et le numérique. Ces créneaux résonnent avec la stratégie de diversification engagée par Brazzaville pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures, stimuler l’emploi local et développer des services à forte valeur ajoutée.
Dans l’énergie, des acteurs wallons spécialisés dans les réseaux intelligents envisagent des joint-ventures avec la Société nationale d’électricité pour moderniser la distribution. L’objectif est de limiter les pertes techniques tout en facilitant l’intégration d’énergies renouvelables, sujet prioritaire lors des COP successives.
Le port de Pointe-Noire, pivot sous-régional, attire les logisticiens flamands. Ils examinent la possibilité d’un terminal sec connecté au port pour fluidifier la chaîne d’approvisionnement du corridor Pointe-Noire-Brazzaville-Bangui, pierre angulaire du programme de la Communauté économique des États d’Afrique centrale.
Dans la santé, un consortium d’hôpitaux universitaires belges étudie un partenariat public-privé pour renforcer les plateaux techniques de l’hôpital de référence de Talangaï. Les discussions portent sur la télémédecine, la maintenance biomédicale et la formation continue des personnels congolais.
Un timing géopolitique favorable
Le calendrier de la mission n’est pas anodin. Alors que plusieurs bailleurs multilatéraux annoncent une reprise de l’aide budgétaire après les réformes macro-financières menées à Brazzaville, la présence belge peut servir de catalyseur pour d’autres capitaux européens encore hésitants.
Selon l’économiste Paul Mabiala, l’entrée en scène d’acteurs belges envoie « un signal de confiance sur la gouvernance et la stabilité réglementaire ». Ce climat est conforté par l’adoption du Plan national de développement 2022-2026, qui simplifie les procédures d’enregistrement des sociétés.
Le volet géopolitique n’est pas négligé. La Belgique, siège des institutions européennes, dispose d’un effet relais au sein des agences de financement comme la Banque européenne d’investissement, susceptible de co-garantir des projets dans les infrastructures vertes défendues par le Congo lors du One Forest Summit.
Vers une dynamique de co-investissement durable
Les autorités congolaises insistent sur le caractère mutuellement bénéfique des investissements. « Il ne s’agit plus d’extractions de rentes, mais de co-création de valeur », résume une source gouvernementale. D’où la préférence accordée aux projets intégrant transfert de compétences et quotas de sous-traitance locale.
Pour sécuriser ces partenariats, le ministère des Finances finalise un guichet unique de facilitation. Le dispositif, inspiré du modèle rwandais, offrira en ligne les immatriculations, les exonérations douanières prévues par le code des investissements et un mécanisme d’arbitrage accéléré en cas de litige.
Côté belge, les entreprises pourront mobiliser Credendo pour l’assurance-export et la Société belge d’investissement pour des financements concessionnels. Cette architecture réduit le coût du capital, un enjeu majeur dans un environnement où les taux mondiaux restent sous tension depuis la pandémie.
Les analystes soulignent cependant que la réussite dépendra de la capacité à connecter les PME congolaises aux chaînes de valeur européennes. Des programmes de coaching et de certification ISO devraient être annoncés durant la visite, afin de satisfaire aux exigences phytosanitaires et logistiques du marché européen.
Enjeux et attentes des décideurs congolais
À Brazzaville, le patronat accueille positivement la démarche belge. Le président de l’Union patronale, Patrice Pouya, estime que « la complémentarité technologique et le pragmatisme flamand peuvent accélérer la montée en gamme de nos industries agroalimentaires et manufacturières, essentielles pour absorber la croissance démographique urbaine ».
Du côté syndical, l’accent est mis sur l’emploi qualifié. Les centrales demandent l’insertion de clauses sociales garantissant des formations diplômantes. Le ministère du Travail prévoit d’intégrer ces dispositions dans les conventions de partenariat afin de prévenir les tensions observées par le passé dans l’exploitation minière.
La communauté diplomatique, quant à elle, observe avec intérêt ce rapprochement nord-sud intra-francophone. Plusieurs chancelleries voient dans la démarche belgo-congolaise un laboratoire de coopération plus horizontale, susceptible d’inspirer d’autres États africains désireux de diversifier leurs partenariats au-delà des anciennes puissances tutélaires.
En octobre, la dizaine de firmes belges auront donc 72 heures pour convertir les prospectives en protocoles d’accord. Brazzaville espère que cette séquence marquera le début d’une décennie d’échanges renforcés, à même d’ouvrir un nouvel épisode de croissance partagée entre les deux pays.
Une commission mixte suivra l’exécution des accords et dressera un bilan semestriel.




