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Une recrudescence régionale inquiète les expert·es

Depuis la mi-juillet, l’archipel fluvial de Mbamou, face à Brazzaville, observe une augmentation de cas de choléra confirmés par la Direction générale de la santé. Ce foyer local s’imbrique dans un environnement épidémiologique déjà fragile, l’Angola, la République démocratique du Congo et la province de Cabinda faisant état de courbes similaires. Selon les projections de l’Organisation mondiale de la santé, la circulation accrue des marchandises et des personnes sur l’axe fluvial Congo-Oubangui accroît le risque d’une diffusion rapide. La situation, bien que maîtrisée à ce stade, invite à une vigilance collective, comme l’a rappelé le professeur Jean Rosaire Ibara lors d’un point presse le 26 juillet.

Comprendre la dynamique de propagation

Le Vibrio cholerae, bactérie halophile, prospère dans les eaux saumâtres et les réseaux d’adduction déficients. Son mode de transmission, essentiellement fécal-oral, trouve un terrain favorable dans les zones où les infrastructures d’assainissement demeurent sous tension. La saison des pluies, débutée plus tôt cette année, a inondé plusieurs quartiers périphériques de la capitale, favorisant des contaminations croisées entre puits domestiques et écoulements fluviaux. Ces paramètres hydrologiques se conjuguent à des mobilités différenciées : migrations intra-urbaines, commerce informel de denrées non réfrigérées et rituels communautaires autour de l’eau. La sociologue Nadia Banzouzi, de l’Université Marien-Ngouabi, souligne qu’« une bonne partie de la prévention passe par la compréhension des pratiques ordinaires liées à l’eau et à l’alimentation ».

Signes cliniques et impératif de prise en charge

Cliniquement, la pathologie se déclenche après une incubation de deux à six jours, puis se caractérise par des diarrhées aqueuses souvent comparées à de l’« eau de riz », conjuguées à des vomissements et à une asthénie majeure. La déshydratation rapide peut conduire à un état de choc hypovolémique si la réhydratation orale ou intraveineuse n’intervient pas dans les heures qui suivent. Les autorités sanitaires rappellent que les solutions de réhydratation et l’antibiothérapie de première ligne, disponibles dans les centres de traitement de Makélékélé et Talangaï, réduisent drastiquement la létalité, aujourd’hui contenue sous le seuil de 1 % à Brazzaville.

Prévention : l’hygiène comme rempart sociétal

Les recommandations officielles insistent sur le lavage systématique des mains au savon ou à la solution hydroalcoolique avant le repas, après usage des latrines ou le change d’un enfant. L’Agence congolaise de l’eau multiplie les stations de chloration mobile afin d’assurer, quartier par quartier, la distribution d’une eau potable contrôlée. Les ménages sont encouragés à faire bouillir l’eau de boisson pendant au moins une minute, à cuire les aliments au-delà de 70 °C, à laver soigneusement fruits et légumes et à proscrire la consommation de produits crus issus de chaînes d’approvisionnement non réfrigérées. Dans le même esprit, les communes rappellent l’interdiction de la défécation à l’air libre et accentuent la sensibilisation sur le stockage sécurisé des déchets.

Un dispositif gouvernemental sous surveillance internationale

Le gouvernement a déployé, sous l’égide du ministère de la Santé, quatorze équipes d’alerte et de riposte rapide, équipées de tests de diagnostic rapides et de stocks stratégiques de sels de réhydratation orale. À l’aéroport Maya-Maya et au port fluvial, des cordons sanitaires procèdent à des contrôles de température et à une information systématique des passagers. « Nous conjuguons approche curative et prévention communautaire dans un même élan, afin de contenir le foyer et d’éviter toute stigmatisation », indique le professeur Ibara. Cette stratégie, adossée au Plan national de développement sanitaire 2022-2026, bénéficie d’appuis logistiques de l’Unicef et de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge, confirmant la confiance que les bailleurs accordent à la coordination nationale.

Vers une coopération transfrontalière renforcée

L’épidémie actuelle rappelle l’interdépendance sanitaire des États riverains du fleuve Congo. Brazzaville et Kinshasa ont initié une surveillance concertée des points de passage officiels, complétée par un partage quotidien de données épidémiologiques. Parallèlement, l’Angola, par l’entremise du Centre africain de prévention et de contrôle des maladies, a proposé des exercices communs de simulation d’alerte. Ces démarches illustrent la volonté politique de transformer une crise sanitaire en levier de coopération régionale. Les observateurs diplomatiques estiment que la réussite de cette coordination renforcera la résilience institutionnelle et consolidera la stabilité socio-économique d’un espace fluvial crucial pour l’intégration africaine.

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