Arrestations en série début 2025
De janvier à juillet 2025, quatre opérations coordonnées ont permis l’interpellation de neuf individus soupçonnés de trafic de trophées d’espèces intégralement protégées sur l’ensemble du territoire congolais.
Les descentes se sont déroulées à Dolisie, Owando et Impfondo, avec l’appui conjoint de la gendarmerie nationale et des agents des Eaux et Forêts, conformément à la loi 37-2008 sur la faune.
Parmi les saisies figurent des peaux de panthère, des ivoires d’éléphant et plusieurs kilos d’écailles de pangolin géant, espèce dont l’indice de pression humaine reste élevé selon l’Union internationale pour la conservation de la nature.
« Chaque pièce confisquée représente un animal vivant sauvé », souligne le colonel Auguste Moukassa, commandant de la brigade centrale de protection de la nature, insistant sur la dimension symbolique des prises.
Pour les autorités, ces coups de filet démontrent que le pays entend maintenir son rôle de rempart régional contre la criminalité faunique, un enjeu directement lié à la souveraineté de ses aires protégées.
Une stratégie judiciaire qui se précise
Sur les neuf suspects, huit ont été placés en détention provisoire et cinq condamnés à des peines d’emprisonnement ferme, confirmant la tendance à la sévérité observée depuis le renforcement du dispositif pénal en 2021.
Les dossiers sont désormais instruits par des magistrats référents, formés aux questions de biodiversité. Cette spécialisation réduit les délais de jugement et améliore la traçabilité des pièces à conviction, saluée par les ONG.
« La cohérence de la chaîne pénale est essentielle pour la dissuasion », rappelle la procureure Nadège Kebbi, évoquant l’usage croissant de la géolocalisation et de l’expertise ADN dans les enquêtes.
Les verdicts prononcés ŕ Owando et Dolisie comportent aussi des amendes substantielles, affectées au fonds national pour la biodiversité, mécanisme introduit par décret présidentiel pour financer la surveillance.
Le ministère de la Justice estime que l’effet combiné de l’incarcération et des sanctions financières limite la récidive, tout en envoyant un signal fort aux réseaux transfrontaliers.
Sociologie des réseaux de trafic
Les filières démantelées mêlent braconniers ruraux, intermédiaires urbains et commanditaires étrangers, formant une chaîne que les criminologues qualifient de « mosaïque opportuniste ».
La précarité économique dans certaines zones forestières explique en partie l’adhésion de chasseurs à ces circuits illicites, mais la valeur internationale des trophées crée surtout un marché hautement organisé.
Plusieurs flux logistiques convergent vers les ports de Pointe-Noire ou les frontières terrestres, profitant des tracés routiers hérités des années pétrolières et de la densité forestière qui rend les contrôles complexes.
Le sociologue Gérard Tchitembo note que « le trafic prospère là où l’État est physiquement présent mais symboliquement absent », soulignant un défi de gouvernance plutôt que de simple moyens matériels.
Les récentes arrestations montrent cependant que la coopération interservices réduit les angles morts administratifs, en mobilisant aussi les communes et les chefs de district pour un maillage plus serré.
Partenariat institutions-société civile
Pilote depuis 2008, le Projet d’Appui à l’Application de la Loi sur la Faune (Palf) fournit expertise juridique, formation et appui logistique aux forces de l’ordre, tout en gardant un statut d’assistance technique.
Ses coordinateurs élaborent des fiches d’alerte destinées aux radios communautaires, dont la diffusion en langues locales accroît l’acceptabilité sociale des mesures de répression.
« La médiatisation protège nos équipes en rendant chaque arrestation publique », déclare Rosalie Ngoma, chargée de communication du Palf, qui voit dans la transparence un antidote aux pressions locales.
Des campagnes scolaires itinérantes associent affiches et théâtre populaire pour rappeler que le pangolin ou la panthère constituent un patrimoine collectif, et non une réserve de revenus individuels.
Ce travail de sensibilisation s’appuie également sur les autorités traditionnelles, garantes des usages coutumiers de la faune, afin d’éviter la stigmatisation des communautés forestières.
Enjeux économiques et diplomatiques
La protection des éléphants et des grands singes nourrit le potentiel écotouristique des parcs d’Odzala-Kokoua ou de Nouabalé-Ndoki, marchés à haute valeur ajoutée pour l’hôtellerie locale.
La sécurisation de la faune renforce aussi l’attractivité des projets de crédits carbone basés sur la conservation des forêts, segment financier en plein essor sur les places de Londres et Singapour.
Sur la scène internationale, Brazzaville met en avant ses résultats dans les rapports CITES et lors des sommets africains sur le climat, argument clé pour négocier aides techniques et financements verts.
La collaboration avec le Gabon et le Cameroun autour du Complexe Tri-National de la Sangha illustre une diplomatie environnementale où la faune devient vecteur d’intégration sous-régionale.
Les bailleurs saluent cette convergence, à l’image de la Banque mondiale qui conditionne déjà certains décaissements à la baisse des indicateurs de braconnage.
Perspectives pour la biodiversité congolaise
Les scientifiques estiment que la population d’éléphants de forêt reste inférieure à 50 000 individus dans le Bassin du Congo, d’où l’urgence d’un contrôle renforcé des couloirs écologiques.
Le déploiement de drones thermiques et de capteurs acoustiques doit compléter, d’ici 2026, le dispositif humain, permettant de couvrir des zones jusqu’ici inaccessibles durant la saison des pluies.
Parallèlement, des programmes civiques encouragent les jeunes diplômés en biologie à effectuer leur service national dans les réserves, contribuant à une professionnalisation durable des métiers de la conservation.
Lors d’une visite sur le terrain, la ministre de l’Économie forestière, Rosalie Matondo, a rappelé que « la sauvegarde du capital naturel est un prérequis de notre modèle de développement à horizon 2030 ».
Les observateurs estiment que la combinaison de la répression, de l’éducation et de l’innovation technologique place le pays sur une trajectoire compatible avec les objectifs post-2025 de la Convention sur la diversité biologique.

